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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405689

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405689

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantACT AVOCATS ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête du SIVU de la Vallée de l'Asse et des communes associées, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2024 supprimant un poste de professeur des écoles à l'école de Bras d'Asse. Le tribunal a jugé que cette suppression, relevant d'une mesure d'organisation du service à caractère réglementaire, n'avait pas à être motivée. Il a également estimé que les dispositions invoquées du code de l'éducation, notamment l'article L. 212-3, n'étaient pas méconnues et qu'aucune erreur manifeste d'appréciation n'était établie. En conséquence, la demande d'annulation a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 juin et 23 juillet 2024, le syndicat intercommunal à vocation unique de la Vallée de l'Asse, la commune de Bras d'Asse, la commune d'Estoublon, la commune de Saint Julien d'Asse, la commune de Saint Jeannet, Mesdames B D, C F et M. E A, représentés par Me Cubaud-Mahut, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 en tant que l'inspecteur d'académie, directeur académique des services de l'éducation nationale du département des Alpes de Haute-Provence supprime l'emploi d'un professeur des écoles au sein de l'école de Bras d'Asse (04270) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 212-3, L. 113-1 et D. 211-9 du code de l'éducation, porte atteinte au droit à l'éducation et crée une rupture d'égalité des chances pour les élèves concernés ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, le rectorat de l'académie d'Aix-Marseille, représenté par son recteur en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

L'instruction a été close le 26 août 2024 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- l'ordonnance n° 2405690 du 25 juin 2024 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a rejeté la demande de suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- et les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) de la vallée de l'Asse s'est vu confier, par les communes de Bras d'Asse, Estoublon, Saint Julien d'Asse et Saint Jeannet, la gestion et l'entretien de l'école la Voie romaine située sur le territoire de la commune de Bras d'Asse. Par leur requête, ce syndicat, ces communes, Mme B D, Mme C F et M. E A demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du recteur de l'académie d'Aix-Marseille du 19 mars 2024, portant carte scolaire, en tant qu'il supprime un emploi de professeur des écoles, au sein de cet établissement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision de supprimer un emploi de professeur des écoles constitue une mesure d'organisation du service qui présente le caractère d'un acte réglementaire, et n'a donc pas à être motivée. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation de l'arrêté en litige est inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-3 du code de l'éducation : " Dans les départements dont le territoire comprend des zones de montagne délimitées conformément à l'article 3 de la loi n° 85-30 du 9 janvier 1985 relative au développement et à la protection de la montagne, la mise en œuvre de la carte scolaire permet l'identification des écoles publiques ou des réseaux d'écoles publiques qui justifient l'application de modalités spécifiques d'organisation scolaire, notamment en termes de seuils d'ouverture et de fermeture de classe, au regard de leurs caractéristiques montagnardes, de la démographie scolaire, de l'isolement, des conditions d'accès et des temps de transports scolaires () ". Aux termes de l'article L. 113-1 du même code : " Dans les classes enfantines ou les écoles maternelles, les enfants peuvent être accueillis dès l'âge de deux ans révolus dans des conditions éducatives et pédagogiques adaptées à leur âge visant leur développement moteur, sensoriel et cognitif, précisées par le ministre chargé de l'éducation nationale () Il est organisé en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales ou de montagne et dans les régions d'outre-mer. / Dans ces classes et ces écoles, les enfants de moins de trois ans sont comptabilisés dans les prévisions d'effectifs d'élèves pour la rentrée. Les enfants de moins de six ans peuvent être scolarisés dans des classes réunissant des enfants relevant de l'enseignement préélémentaire et élémentaire () ". Et aux termes de l'article D. 211-9 de ce code : " Le nombre moyen d'élèves accueillis par classe et le nombre des emplois par école sont définis annuellement par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, compte tenu des orientations générales fixées par le ministre chargé de l'éducation, en fonction des caractéristiques des classes, des effectifs et des postes budgétaires qui lui sont délégués, et après avis du comité technique départemental ".

4. D'une part, les dispositions des articles L. 113-1 et D. 113-1 du code de l'éducation n'instituent pas un droit pour les enfants de moins de trois ans à être accueillis dans les écoles et classes maternelles mais se bornent à indiquer au service public de l'enseignement que, lorsque cet accueil peut être organisé, il doit l'être en priorité dans les écoles et classes maternelles situées dans un environnement social défavorisé. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des seules données produites par les requérants sur les taux de chômage et de diplômés, moins favorables qu'au niveau national, s'agissant des communes de Bras d'Asse, de Saint-Julien d'Asse et d'Estoublon, que l'école de la Voie romaine s'insérerait dans un " environnement social défavorisé " au sens et pour l'application de l'article L. 113-1 du code de l'éducation. En outre, les requérants n'établissent pas davantage que la situation de l'établissement caractériserait un isolement géographique de ce dernier, ni les communes faisant partie du SIVU. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de droit tenant à l'absence de prise en compte du critère de l'environnement social défavorisé prévu par les mêmes dispositions, ni qu'il méconnaît les dispositions des articles L. 212-3 et D. 212-9 du code de l'éducation.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des données chiffrées avancées par le recteur, non contredites sur ce point, que les effectifs scolaires du regroupement pédagogique intercommunal auquel appartient la commune de Bras d'Asse ont diminué de façon continue entre 2021 et l'arrêté en litige. Ainsi, le nombre d'élèves inscrits dans l'école de Bras d'Asse s'élevait à 74 élèves en 2021, 69 élèves en 2022 et 62 élèves en 2023, correspondant pour cette dernière année à un taux d'encadrement de 15,5 élèves par classe pour quatre classes. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que l'effectif prévisionnel d'élèves du premier degré ayant vocation à être scolarisés dans l'école à la rentrée 2024 aurait dû prendre en considération la scolarisation en toute petite section d'élèves de moins de trois ans, la réalité d'une telle projection n'est pas établie par les requérants et ne constitue, ainsi qu'il a été rappelé au point 4, pas une obligation légale. Ainsi, pour la rentrée 2024, le préfet fait valoir sans être sérieusement contesté que l'effectif prévisionnel escompté est de 61 élèves, soit une baisse de dix-huit pour cent en quatre ans. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'indice de position sociale des élèves de l'école en cause correspond à 108,11 pour l'année 2023, au-dessus de la moyenne départementale, qui est de 104,36 pour cette même année. Enfin, s'il est constant que s'agissant du taux d'encadrement, la moyenne départementale est inférieure à la moyenne nationale, le recteur fait valoir sans être contredit que l'école accueillera, nonobstant l'hypothétique scolarisation de quelques enfants de moins de trois ans, au maximum 20,33 élèves par classe à la rentrée 2024, soit un chiffre inférieur à la moyenne nationale de 2023, fixée à 21,5 élèves par classe. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision en litige porte atteinte au droit à l'éducation.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité et d'équité territoriale doit également être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté en litige en ses dispositions relatives au retrait de l'emploi d'un professeur des écoles au sein de l'école de Bras d'Asse.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions des requérants tendant à leur application et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du Syndicat intercommunal à vocation unique de la vallée de l'Asse et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au syndicat intercommunal à vocation unique de la vallée de l'Asse, à la commune de Bras d'Asse, à la commune d'Estoublon, à la commune de Saint-Julien d'Asse, à la commune de Saint-Jeannet, à Mme B D, à Mme C F, à M. E A, à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au rectorat de l'académie d'Aix-Marseille.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. Ollivaux

La présidente,

Signé

M. Lopa DufrénotLe greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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