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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405775

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405775

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 6 juin 2024 et le 29 août 2024, M. A B, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- sa notification présente un caractère déloyal, dès lors qu'il lui a été notifié après une convocation de la préfecture à un rendez-vous ;

- il a été pris sans vérification de la régularité du collège de médecins de l'OFII, en violation de l'injonction du tribunal rendue par jugement du 30 novembre 2023, et en violation des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lopa Dufrénot.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né le 10 février 1995, a sollicité, le 16 août 2022, son admission au séjour en qualité d'étranger malade, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 juillet 2023, la préfète des Hautes-Alpes a rejeté sa demande en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par un jugement du 30 novembre 2023, le tribunal a annulé, pour vice de procédure, cet arrêté du 13 juillet 2023 et enjoint à la préfecture des Hautes-Alpes de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B, dans un délai de deux mois. Convoqué pour un rendez-vous en préfecture le 4 juin 2024, le requérant s'est vu notifier au guichet, le même jour, un nouvel arrêté du 5 avril 2024, par lequel le préfet des Hautes-Alpes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté préfectoral.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il a été statué sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par le requérant par une décision de rejet du 26 juillet 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".

4. L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la régularité de la procédure implique, pour respecter les prescriptions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que, préalablement à l'avis rendu par le collège de médecins, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin de l'OFII, doit être transmis à ce collège et que le médecin auteur du rapport médical ne siège pas au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à ce dernier de s'assurer que cet avis a été rendu conformément à ces règles procédurales. En cas de contestation sur ce point devant le juge administratif, il appartient à l'autorité administrative d'apporter les éléments qui permettent l'identification du médecin qui a rédigé le rapport au vu duquel le collège de médecins a émis son avis et, par suite, le contrôle de la régularité de la composition du collège de médecins

6. Comme exposé au point 1, par un jugement du 30 novembre 2023, le tribunal a annulé un précédent arrêté préfectoral portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, édicté le 13 juillet 2023 à l'encontre de M. B à la suite de sa demande de titre de séjour " étranger malade ", au motif qu'il n'était pas établi que le médecin ayant rédigé le rapport au vu duquel l'avis du collège des médecins de l'OFII avait été rendu n'appartenait pas à ce collège, en l'absence de production par l'autorité préfectorale de document permettant d'identifier ce médecin et vérifier qu'il n'avait pas siégé dans le collège de médecins ayant émis un avis sur la situation médicale de M. B. Le tribunal a estimé que l'arrêté préfectoral du 13 juillet 2023 précité méconnaissait les dispositions des articles R. 425-11 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et enjoint à l'administration de procéder à un nouvel examen de la situation du requérant dans un délai de deux mois. Il résulte des termes mêmes de ce jugement qu'il lui appartenait, à tout le moins, de saisir de nouveau le collège des médecins de l'OFII, au nombre duquel ne devait pas prendre part le médecin ayant rédigé le rapport initial, sous réserve de l'évolution de l'état de l'intéressé.

7. Or, il ressort des pièces du dossier que, en dépit de l'injonction qui lui a été faite de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement du 30 novembre 2023 précité, le préfet des Hautes-Alpes s'est borné, comme suite à la relance du conseil du requérant, à convoquer l'intéressé en préfecture le 4 juin 2024 afin de lui notifier l'arrêté du 5 avril 2024 en litige. Ainsi, alors qu'un certificat médical établi le 31 juillet 2023 par un praticien hospitalier du service gastro-entérologie du centre hospitalier de Gap indique qu'il est fort probable que le traitement de M. B contre l'hépatite B ne soit pas disponible dans son pays d'origine, les termes mêmes de l'arrêté contesté, dont la chronologie des motifs est au demeurant incohérente, démontrent que l'autorité préfectorale s'est abstenue de réexaminer la situation de M. B, sans même que soit sollicité un nouvel avis du collège de médecins de l'OFII, dans les conditions et selon la procédure prévues aux articles R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté du 5 avril 2024 est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et de celle fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, implique seulement que le préfet des Hautes-Alpes procède au réexamen de la situation du requérant. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2r : L'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 avril 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Hautes-Alpes et à Me Gilbert.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au préfet des Bouches-du-Rhône et au centre de rétention administrative de Marseille.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistés de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

M. LOPA DUFRENOT L'assesseure la plus ancienne,

signé

A. NIQUET

Le greffier,

signé

P. GIRAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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