mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2405880 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LENDOM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 juin 2024, M. A B, représenté par Me Lendom, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 4 juin 2024 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a ordonné le prolongement de son placement à l'isolement au sein du centre pénitentiaire des Baumettes ;
3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire d'ordonner sa réintégration dans le régime de la détention ordinaire dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 130 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au profit de son conseil, par application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il existe une présomption d'urgence en matière d'isolement ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision car elle méconnait les articles R 213-18 et R 213-30 du Code pénitentiaire, les principes du contradictoire et des droits de la défense
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- la présomption d'urgence doit être en l'espèce renversée, compte tenu de la nécessité de prévenir les risques de trouble à l'ordre public et au regard du comportement et surtout du profil pénitentiaire du détenu qui s'avère dangereux ;
- il ressort du profil pénal et du comportement du détenu que son placement à l'isolement constitue la mesure la plus adapté pour assurer le bon ordre et le maintien de la sécurité au sein de l'établissement.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 9 juillet 2024, à 11h43, M. A B, représenté par Me Lendom, fait valoir que :
- le juge d'instruction n'a pas jugé utile de placer l'intéressé à l'isolement ;
- il vit mal son placement à l'isolement ;
- l'administration reconnait que d'autres mesures avaient été envisagées, tel l'encellulement individuel ;
- la DISP ne démontre pas avoir tout tenté ni ne fait état de diligences accomplies permettant de conclure à l'impossibilité d'un encellulement individuel.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 9 juillet 2024, à 10h00, en présence de Mme Ibram greffière d'audience, M. Pecchioli a lu son rapport et Me Lendom a répliqué aux écritures du ministre de la Justice soutenant notamment que la condition d'urgence était établie, que le danger envers son client n'existait plus ayant été transféré dans un autre établissement pénitentiaire, qu'aucune violence n'a été commise depuis son transfert, qu'aucun élément nouveau et récent n'apparaît dans la décision en litige, que son client se désocialise et développe des problèmes psychologiques importants en lien avec son isolement.
La clôture d'instruction a été reportée à 15h ce jour.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, écroué depuis le 5 août 2022 et incarcéré au centre pénitentiaire de Marseille depuis le 15 septembre 2023, demande la suspension de l'exécution de la décision du 4 juin 2024 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a ordonné le prolongement de son placement à l'isolement au sein du centre pénitentiaire des Baumettes.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgences (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la suspension de la décision en litige :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. Aux termes de l'article L 521-2 du code de justice administrative " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
4. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. Le placement à l'isolement n'affecte pas l'exercice des droits prévus par les dispositions de l'article L. 6, sous réserve des aménagements qu'impose la sécurité. () ". Il résulte de cette disposition que le placement à l'isolement est une décision administrative pour laquelle la position judiciaire du juge d'instruction ne saurait interférer. Il convient de préciser que l'autorité judiciaire intervient seulement pour donner son avis dans le cadre d'un prolongement supérieur à un an.
5. Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d'office à l'isolement une personne détenue ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire, portent en principe, sauf à ce que l'administration pénitentiaire fasse valoir des circonstances particulières, une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s'il estime remplie l'autre condition posée par cet article.
6. Il résulte de l'instruction que pour justifier d'une situation d'urgence, M. B soutient que la condition d'urgence est présumée remplie s'agissant des décisions de placement à l'isolement. Lors de l'audience le conseil de M. B fait aussi valoir, au soutien de la condition de l'urgence, que sa mise à l'isolement entraine, par voie de conséquence, sa désocialisation et le développement de problèmes psychologiques. Il fait aussi valoir que le danger envers son intégrité physique n'existe plus ayant été transféré dans un autre établissement pénitentiaire et qu'il n'a commis aucune violence depuis son transfert. Il ajoute enfin qu'aucun élément nouveau et récent n'apparaît dans la décision en litige et que l'encellulement individuel aurait dû être envisagé. Pour renverser la présomption d'urgence, le Garde des Sceaux, ministre de la justice, fait valoir dans ses écritures que le placement à l'isolement de M. B a été pris au regard de circonstances particulières liées à la fois au comportement et au profil pénal du requérant mais aussi à la nécessité de préserver l'ordre public et la sécurité de l'établissement. Il ressort, tout d'abord, des pièces produites, que M. B, qui purgeait une peine d'emprisonnement, a été mis en examen et placé sous mandat de dépôt criminel pour avoir dans la nuit du 8 au 9 septembre 2023, commis, par violence, menace, contrainte ou surprise, un acte de pénétration sexuelle ou tout acte bucco-génital sur son codétenu en introduisant un objet dans son anus alors que la victime était ligotée et frappée, avec cette circonstance que les faits ont été précédés, accompagnés ou suivis de tortures ou d'actes de barbarie, en l'espèce, en assénant à la victime des coups de poêle à la tête, des coups de poing à la tête et à l'ensemble du corps, en urinant sur la victime, en lui demandant de manger des excréments, en frottant son sexe en érection sur les fesses et le corps de la victime ainsi que sur son visage, en lui demandant de lui faire une fellation et pour avoir diffusé les images de ces faits. Il ressort, ensuite, des pièces produites que depuis son incarcération le 5 août 2022 le parcours carcéral de M. B est émaillé d'incidents disciplinaires récurrents : M. B a, tout d'abord, dû être transféré d'urgence de la maison d'arrêt de Draguignan, où il a agressé une surveillante, au centre pénitentiaire de Luynes le 27 octobre 2022, établissement où il a été mis en examen pour avoir commis les faits susmentionnés. Transféré au centre pénitentiaire des Baumettes, M. B a de nouveau fait l'objet de nombreux incidents disciplinaires, essentiellement pour des faits de tapage, de dégradation du mobilier et découverte d'objets interdits en détention. Il ressort de ces éléments et notamment du comportement habituellement transgressif de M. B que le changement d'établissement ou l'encellulement individuel ne permet pas de faire disparaître les risques pesant sur son entourage tant en ce qui concerne le personnel pénitentiaire que ses co-détenus.
7. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'administration pénitentiaire justifie de circonstances particulières tenant à la personnalité et à la dangerosité de M. B relativement précises, actuelles et récurrentes renversant la présomption d'urgence. Le souci de préserver le bon ordre au sein de l'établissement pénitentiaire et de prévenir tout risque sur ses co-détenus et sur le personnel pénitentiaire, au regard de son comportement, s'opposent à ce que l'urgence, qui s'apprécie globalement eu égard aux intérêts en présence, soit retenue.
8. Il résulte de ce qui précède qu'en l'état de l'instruction, la condition d'urgence n'est pas satisfaite. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, l'une des deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité n'étant pas remplie, il y a lieu, de rejeter les conclusions de M. B aux fins de suspension de l'exécution de la décision en litige ainsi que les conclusions d'injonction, d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Lendom et au Garde des sceaux, ministre de la Justice.
Fait à Marseille, le 9 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
J.-L. PECCHIOLI
La République mande et ordonne à la garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026