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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405940

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405940

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405940
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBRUGGIAMOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juin 2024 et le 5 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Bruggiamosca, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer une

autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente du jugement à intervenir ;

4°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté en litige ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé, est entaché d'erreurs de fait ainsi que d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation familiale, en ce qu'il réside depuis plusieurs années France, qu'il est le père d'un enfant français dont il s'occupe au quotidien et à l'entretien et à l'éducation duquel il participe ;

- son droit à être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits de l'Union européenne a été méconnu en l'absence de communication du procès-verbal d'audition, ce qui ne permet pas de vérifier quels ont été les éléments transmis par le requérant au préfet, si tant est que cette audition a bien eu lieu.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charbit pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Charbit, magistrate désignée

- les observations de Me Bruggiamosca, représentant M. B.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 12 décembre 1990, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Enfin, aux termes de l'article 9 de la même convention : " les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé, non titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français, déclarait être père d'un enfant français dont il ne justifiait pas contribuer à l'entretien et l'éducation et n'établissait pas l'ancienneté de sa relation de couple avec une ressortissante française.

7. Il est constant que M. B est le père d'un enfant français, Adam B, né le 16 décembre 2022, qu'il a reconnu selon l'extrait d'acte de naissance produit, le 19 décembre 2022. Si le préfet soutient que le requérant ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, il ressort des pièces du dossier et notamment des justificatifs de domicile, aux deux noms, que M. B, justifie d'une communauté de vie avec la mère de l'enfant, ce dernier ainsi qu'un enfant né d'une précédente union de la mère, à tout le moins depuis le mois de décembre 2023. Si les facultés contributives de M. B ne sont pas démontrées, en revanche, il ressort des pièces du dossier et notamment des témoignages concordants et des photographies que M. B participe aux besoins de l'enfant en fonction de ses capacités et vit au quotidien avec lui. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par les stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 juin 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône lui faisant obligation de quitter le territoire. Par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination doit également être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, implique seulement que le préfet réexamine la situation de M. B au regard du motif d'annulation retenu. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

10. M. B étant provisoirement admis à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que

Me Bruggiamosca, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bruggiamosca de la somme globale de 1 300 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 300 euros lui sera directement versée.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 12 juin 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de M. B, dans un délai de deux mois, à compter de la notification du jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Bruggiamosca la somme de 1 300 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Claire Bruggiamosca et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. CharbitLa greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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