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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405980

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405980

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405980
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 26 juin 2024, M. A B, représenté par Me Colas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- la décision est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il justifie d'une résidence habituelle en France depuis l'année 2014 et qu'il a remis son titre de séjour spécial ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation de ses liens privés et professionnels avec la France, en méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 au regard de la durée de sa présence en France et de sa situation de travailleur salarié durant sept années ;

- l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur une décision de refus de titre de séjour illégale ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le délai de départ volontaire n'est pas motivé ;

- le préfet s'est cru tenu de fixer un délai de départ volontaire d'un mois, méconnaissant l'étendue de sa compétence ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'un tel délai sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gonneau,

- et les observations de Me Colas pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 mai 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande d'admission au séjour présentée par M. B, ressortissant turc, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. M. B est entré en France au mois de septembre 2014 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant et s'est vu délivré des titres de séjour en cet qualité de 2015 à 2018. Il a également obtenu un titre de séjour mention " étudiant en recherche d'emploi " valable jusqu'au 5 novembre 2019. M. B a travaillé à temps plein du 15 mai 2017 au mois de mai 2024 en qualité de secrétaire ou assistant au sein du consulat de Turquie à Marseille, sous couvert, à partir de l'année 2022, d'un titre de séjour spécial délivré par le ministre des affaires étrangères. Il ressort notamment de ces éléments, et également de l'ensemble des pièces du dossier, que M. B, à la date de la décision attaquée, résidait habituellement en France depuis le mois de septembre 2014. Par suite, en relevant que M. B est entré pour la dernière fois en France le 28 août 2022 et qu'il ne justifie pas du caractère habituel et ininterrompu de sa résidence en France, le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur de fait susceptible, au regard des dispositions précitées, d'avoir eu une influence sur le sens de la décision par laquelle il a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B. Dès lors, cette décision doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. B à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure.

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ". Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé () ".

5. La présente décision implique que le préfet des Bouches-du-Rhône réexamine la demande de M. B et qu'il délivre à celui-ci une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B dans un délai de cinq jours à compter de la notification du présent jugement et de prendre une nouvelle décision au regard de ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

6. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B dans un délai de cinq jours à compter de la notification du présent jugement et de prendre une nouvelle décision après réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Delzangles, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

É. Devictor

Le président, rapporteur

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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