jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2406175 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BELOTTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Belotti, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans ;
2°) de condamner l'État à lui verser 1 450 euros en réparation de ses préjudices ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Belotti sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les stipulations du h) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence valable dix ans ;
- elle justifie de huit années de résidence régulière ininterrompue en France ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'illégalité fautive de cette décision est à l'origine d'un préjudice matériel à hauteur de 450 euros et d'un préjudice moral d'un montant de 1 000 euros.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Simeray a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B épouse C, ressortissante algérienne, est entrée en France le 16 mai 2016 avec son mari et leurs trois enfants nés en Algérie. Elle a donné naissance à leur quatrième enfant en 2017, en France. Elle a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour valables du 14 septembre 2016 au 31 juillet 2019 en raison de l'état de santé de deux de ses quatre enfants. Le 21 juin 2019, elle a sollicité le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour en qualité de parents d'enfant malade. Par un arrêté du 17 décembre 2019, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté cette demande. Par un arrêt n° 21MA00094 du 25 mars 2021, la cour administrative d'appel de Marseille a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". En exécution de cette décision, le préfet des Bouches-du-Rhône a délivré un certificat de résidence algérien valable du 29 mars 2021 au 28 mars 2022 à l'intéressée. Par un courrier du 1er février 2022, réceptionné le 4 février 2022, la requérante a sollicité du préfet des Bouches-du-Rhône un changement de statut et la délivrance d'un certificat de résidence algérien valable dix ans sur le fondement des stipulations du h) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Toutefois, le préfet lui a délivré un certificat de résidence algérien valable du 29 mars 2022 au 28 mars 2023. Le 1er février 2023, elle de nouveau sollicité un changement de statut et la délivrance d'un certificat de résidence algérien valable dix ans, ce qui a donné lieu à la délivrance d'un certificat de résidence valable du 8 juin 2023 au 7 juin 2024. Par un courrier du 9 avril 2024 réceptionné le 15 avril 2024, elle a renouvelé sa demande de changement de statut et la délivrance d'un certificat de résidence algérien valable dix ans. Le préfet lui a délivré un certificat de résidence valable du 17 mai 2024 au 16 mai 2025. Par un courrier du 31 mai 2024, auquel il n'a pas été répondu, l'intéressée a demandé au préfet des Bouches-du-Rhône le versement de la somme de 1 450 euros en réparation des préjudices matériel et moral subis par elle et son mari. Mme C demande au tribunal d'annuler la décision implicite lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans révélée par la délivrance d'un certificat de résidence valable du 17 mai 2024 au 16 mai 2025 et de condamner l'État à lui verser 1 450 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () h) Au ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", lorsqu'il remplit les conditions prévues aux alinéas précédents ou, à défaut, lorsqu'il justifie de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France () ".
3. Il n'est pas contesté que Mme C était titulaire, à la date de sa demande, d'un certificat de résidence algérien d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'elle a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour valables du 12 octobre 2016 au 31 juillet 2019 puis d'une carte de résident valable du 29 mars 2021 au 28 mars 2022, renouvelée chaque année, la dernière étant valable jusqu'au 16 mai 2025. Si la période de résidence régulière de Mme C a été interrompue du 31 juillet 2019 au 29 mars 2021, il résulte de ce qui a été dit au point 1 que cette interruption résulte de l'édiction par le préfet des Bouches-du-Rhône de l'arrêté du 17 décembre 2019 refusant le renouvellement du titre de séjour de la requérante, lequel a été annulé par la cour administrative d'appel de Marseille le 25 mars 2021. Cette période ne saurait donc être prise en compte pour l'appréciation du respect des conditions posées par les stipulations du h) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Ainsi, à la date de la décision attaquée, la requérante justifiait de presque huit années de résidence régulière ininterrompue en France. Il en résulte que le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les stipulations précitées en refusant de délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans à Mme C et que la décision attaquée doit, par suite, être annulée.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Le refus illégal de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger qui en a fait la demande constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'État à son égard, pour autant qu'il en soit résulté pour lui un préjudice direct et certain. Mme C est donc fondée à rechercher la responsabilité de l'État en raison de l'illégalité fautive de la décision implicite de rejet du préfet des Bouches-du-Rhône née le 17 mai 2024.
5. Aux termes de l'article L. 436-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception des autorisations provisoires de séjour, la délivrance et le renouvellement d'un titre de séjour donnent lieu à la perception d'une taxe dont le montant est fixé à 200 euros () ". Aux termes de son article L. 436-7 : " Sans préjudice des taxes prévues aux articles L. 436-1 à L. 436-5 et L. 436-6, la délivrance, le renouvellement, le duplicata ou le changement d'une carte de séjour ou d'un titre équivalent prévu par les traités ou accords internationaux sont soumis à un droit de timbre d'un montant de 25 euros ".
6. Mme C demande, en réparation de son préjudice matériel, le versement de la somme correspondant au montant de la taxe et du droit de timbre qu'elle a été contrainte d'acquitter, en application des articles précités, pour le renouvellement de sa carte de résident valable un an, soit 225 euros, ce que ne contredit pas le préfet, qui n'a pas défendu. Ce préjudice résulte directement de l'absence de délivrance d'un certificat de résidence algérien valable dix ans. Par suite, il y a lieu de condamner l'État à lui verser cette somme.
7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de Mme C en condamnant l'État à lui verser la somme de 500 euros.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser 725 euros à Mme C.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Le présent jugement implique, eu égard au motif d'annulation retenu, que le préfet de des Bouches-du-Rhône délivre un certificat de résidence algérien valable dix ans à Mme C dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme à Me Belotti, conseil de Mme C, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite du préfet des Bouches-du-Rhône du 17 mai 2024 rejetant la demande de Mme C de délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans est annulée.
Article 2 : L'État est condamné à verser la somme de 725 euros à Mme C.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, de délivrer un certificat de résidence valable dix ans à Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. SimerayLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026