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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2406187

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2406187

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2406187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2024, Mme B A, ressortissante ivoirienne représentée par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hétier-Noël pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, magistrate désignée ;

- les observations de Me Gilbert, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que ceux exposés dans ses écritures ;

- et les observations de Mme A.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 13 avril 1987, a fait l'objet d'un arrêté en date du 29 mai 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). ".

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des certificats médicaux produits dont il n'est pas contesté qu'ils aient été transmis au préfet avant la date de la décision attaquée, que Mme A souffre d'une hépatite B et rencontre par ailleurs des problèmes cardiaques et gastro-entériques nécessitant un suivi médical qui a débuté peu après le 2 décembre 2022, date à laquelle elle déclare être arrivée sur le territoire français. Mme A est par ailleurs suivie pour un trouble de stress posttraumatique nécessitant une prise en charge et un suivi psychiatrique régulier ainsi qu'une prise en charge médicamenteuse. A cet égard, la mesure d'éloignement litigieuse ne mentionne pas l'état de santé de la requérante et ne fait référence qu'au rejet de sa demande d'asile et aux articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si le préfet des Bouches-du-Rhône fait valoir que Mme A ne justifie pas d'un état de santé nécessitant des soins ne pouvant être dispensés ailleurs qu'en France et qu'elle n'a pas demandé un titre de séjour en qualité d'étranger malade, il n'en demeure pas moins que sa situation médicale pour laquelle un suivi est effectué en France depuis le début de l'année 2023, aurait dû faire l'objet d'un examen particulier. Par ailleurs, la circonstance que sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'OFPRA et de la CNDA ne dispensait pas le préfet d'examiner si son état de santé pouvait faire l'objet d'un traitement approprié disponible dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'a apporté aucune précision ni versé aux débats aucune pièce utile permettant de s'assurer qu'il aurait effectivement procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A s'agissant de son état de santé, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de la situation de Mme A à ce titre doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 29 mai 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Au regard du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet des Bouches-du-Rhône procède à un nouvel examen de la situation de Mme A dans un délai d'un mois. Dès lors, il y a lieu de l'y enjoindre.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gilbert, conseil de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et sous réserve de l'admission définitive de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à celle-ci d'une somme de 900 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 29 mai 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 900 euros à Me Gilbert, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Gilbert et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Hétier-NoëlLe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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