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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2406403

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2406403

mardi 3 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2406403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10eme Chambre
Avocat requérantSCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille annule l'arrêté du maire d'Eguilles du 17 mai 2024 qui s'opposait à la déclaration préalable pour l'installation d'un relais de radiotéléphonie de 12 mètres. La requête des sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France est jugée recevable. Le tribunal estime que le projet, bien que situé en dehors des parties urbanisées, constitue un équipement collectif nécessaire au sens de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, et que sa faible emprise au sol (5,50 m² sur une parcelle de 3 011 m²) ne fait pas obstacle à l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière. La solution retenue est donc l'annulation de l'arrêté d'opposition.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté n° DP 013 032 24 00082 en date du 17 mai 2024 par lequel le maire de la commune d’Eguilles s’est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Cellnex France relative à l’installation d’un relais de radiotéléphonie de type treillis d’une hauteur de 12 mètres et accueillant six antennes et un faisceau hertzien sur une parcelle cadastrée section BN n° 57 située Lieudit Le Boullidou ouest ;

2°) d’enjoindre au maire de la commune d’instruire à nouveau la déclaration préalable déposée le 2 mai 2024 et d’y statuer dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :
- la décision attaquée n’est pas suffisamment motivée ;
- le projet est compatible avec l’exercice d’une activité agricole, pastorale ou forestière notamment compte tenu de sa faible emprise au sol et ne méconnaît pas l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2025, la commune d’Eguilles, représentée par Me Piasecki, conclut au rejet de la requête, et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Bouygues Télécom la somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

La clôture de l’instruction a été prononcée au 23 décembre 2025 par une ordonnance en date du 16 décembre 2025.

Vu l’ordonnance n° 2409601 du juge des référés du tribunal administratif de Marseille et les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de Mme Houvet,
- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° DP 013 032 24 00082 en date du 17 mai 2024, le maire de la commune d’Eguilles s’est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Cellnex France relative à l’installation d’un relais de radiotéléphonie de type treillis d’une hauteur de 12 mètres et accueillant six antennes et un faisceau hertzien sur une parcelle cadastrée section BN n° 57 située Lieudit Le Boullidou ouest. Par leur requête, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France demandent au tribunal d’annuler cette décision.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Si la commune fait valoir que la requête est irrecevable en raison d’un défaut d’intérêt pour agir, aucun élément ou argument n’est développé dans ses écritures en ce sens et sa fin de non-recevoir doit nécessairement être rejetée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. Aux termes de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme : « En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ». Aux termes de l’article L. 111-4 de ce code : « Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : (…) 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; (…) ».
4. Il ressort des pièces du dossier que la commune d’Eguilles était soumise au règlement national d’urbanisme à la date de la décision attaquée. Une antenne-relais de radiotéléphonie constitue une construction nécessaire à un équipement collectif au sens de l’article L. 111-4 précité. Or, il n’est pas établi que le projet d’antenne en litige, dotée d’un pylône de 12 mètres de hauteur sur un terrain laissé à l’état naturel et comportant plusieurs arbres, ferait obstacle à l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel le pylône sera implanté, alors que l’emprise au sol sera très limitée, d’environ 5,50 m² sur une parcelle de 3 011 m² et qu’aucune activité forestière n’est établie. Par suite il entre dans le champ des exceptions prévues par cet article à l’interdiction de principe fixée par l’article L. 111-3 précédemment cité sur laquelle est fondée la décision en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme doit donc être accueilli.

5. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, aucun autre moyen n’apparaît susceptible, en l’état du dossier, de fonder l’annulation de l’arrêté contesté.

Sur la substitution de motifs demandée par la commune :

6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. En vertu de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme, lorsqu’un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l’autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu’il n’est pas légalement possible, au vu du dossier et de l’instruction de la demande de permis, d’accorder le permis en l’assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d’une nouvelle demande, permettraient d’assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l’administration est chargée d’assurer le respect. Les risques d’atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants du projet pour lequel le permis est sollicité que ceux que l’opération projetée peut engendrer pour des tiers.
8. Si la commune se prévaut de la méconnaissance de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme au titre de la « prise en compte légitime des risques naturels », elle ne précise pas la nature des risques encourus, et se borne à indiquer que les requérants n’apportent aucun élément technique permettant d’établir la compatibilité du projet avec les prescriptions du PPRN. Elle n’établit pas, par ces seuls éléments, l’existence de risques naturels devant faire obstacle au projet d’implantation. Par suite, et en l’absence d’autres éléments, la substitution de motifs sollicitée ne peut être accueillie.
9. Il résulte de ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander l’annulation de l’arrêté du 17 mai 2024.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

10. L’exécution du présent jugement implique, comme le demandent les sociétés requérantes, que la déclaration préalable soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au maire d’Eguilles de procéder à ce réexamen et de statuer à nouveau sur la demande dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit besoin, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais de l’instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de d’Eguilles une somme globale de 1 800 euros au titre des frais exposés par les sociétés requérantes. Les dispositions de cet article s’opposent en revanche à ce qu’une quelconque somme soit versée à la commune à ce titre.




DECIDE :











Article 1er : L’arrêté en date du 17 mai 2024 par lequel le maire de la commune d’Eguilles s’est opposé à la déclaration préalable déposée le 2 mai 2024 par la société Cellnex France est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire d’Eguilles de procéder à une nouvelle instruction de la demande de déclaration préalable et de prendre une nouvelle décision dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : La commune d’Eguilles versera une somme globale de 1 800 euros aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions des requérantes sont rejetées pour leur surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France et à la commune d’Eguilles.


Délibéré après l'audience du 12 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Salvage, président,
- M. Juste, premier conseiller,
- Mme Houvet, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2026.



La rapporteure,

signé

HOUVETLe président,

signé

F. SALVAGE


La greffière,

Signé
S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.



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