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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2406904

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2406904

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2406904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGARCIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, M. B A représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure, lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant cinq ans et a procédé à son inscription au système d'information Schengen (SIS);

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à Me Garcia sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- la requête est recevable dès lors que la décision attaquée lui a été notifiée en l'absence d'interprète en langue arable de sorte qu'il n'a pas pu intenter un recours contre celui-ci dans le délai de quarante-huit heures prévu par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de sérieuses garanties de représentation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il représente ;

- elle est disproportionnée au regard de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut à l'irrecevabilité de la requête et au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requête a été enregistrée tardivement et que le requérant, qui parle français, n'avait nul besoin d'un interprète lors de la notification de la décision attaquée ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Devictor pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devictor, magistrate désignée,

- les observations de Me Garcia, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

- les observations de M. B A, avec l'assistance de M.Amrani, interprète en langue arabe, qui indique que sa femme et son enfant se trouvent en Italie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité algérienne, demande l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur ce territoire pour une durée de cinq ans et a procédé à son inscription au système d'information Schengen (SIS).

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant ". L'article L. 614-6 du même code prévoit que : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. / Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. " et aux termes de l'article L. 613-4 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II. ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait été notifiée à M. A avec l'assistance d'un interprète, la fiche de notification de la décision attaquée ne comportant aucune mention relative à l'intervention d'un interprète, ni que l'intéressé aurait été informé qu'il pouvait recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, ainsi que le prévoient les dispositions précitées. Si le préfet soutient que le requérant parle français et n'avait donc nul besoin d'un interprète, il ressort des pièces du dossier que la fiche pénale ne mentionne pas la langue principale parlée par M. A et que la décision de placement en centre de rétention administrative du 11 juillet 2024 et la fiche mentionnant les droits en rétention administrative ont été notifiées par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe. Dans ces conditions, le délai de recours contentieux de quarante-huit heures ne peut être opposé à M. A. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet des Bouches-du-Rhône, tirée de la tardiveté de la requête, doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble

6. L'arrêté attaqué vise les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment les articles L. 611-1, L. 612-2 et suivant, L. 612-6 et suivant ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne les motifs ayant conduit le préfet à délivrer à M. A une obligation de quitter le territoire français à savoir le fait qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. L'arrêté comporte également les motifs ayant conduit le préfet à refuser au requérant un délai de départ volontaire à savoir que son comportement constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 27 février 2024 par le tribunal correctionnel de Marseille à six mois d'emprisonnement pour des faits d'exhibition sexuelle et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Enfin, l'arrêté mentionne les motifs qui ont conduit le préfet à délivrer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans notamment le fait que M. A déclare être entré en France en 2022, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et que sa présente sur le territoire représente une menace pour l'ordre public ainsi qu'il a été dit. L'arrêté attaqué indique ainsi de manière suffisamment précise les motifs de fait et de droit pour lesquels le préfet a pris les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit être écarté.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. A n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision attaquée. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit donc être écarté. [0]

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : ()8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ()".

9. Si M. A fait valoir que son identité est connue et qu'il pourrait être hébergé le temps d'organiser son départ, il ressort de l'arrêté attaqué que la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire a été motivée par le fait que son comportement représente une menace à l'ordre public et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'il ne présente pas de garantie de représentation suffisantes, étant démuni de passeport en cours de validité et ne justifiant pas d'un lieu de résidence effective. Or, M. A n'établit ni même n'allègue posséder un passeport en cours de validité, ni disposer d'un logement, ni encore ne pas représenter une menace pour l'ordre public alors qu'au demeurant il a été condamné le 27 février 2024 par le tribunal correctionnel de Marseille à six mois d'emprisonnement. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. En l'espèce, M. A, qui a déclaré être entré en France en 2022, ne justifie pas de l'ancienneté de séjour dont il se prévaut, ne justifie pas davantage la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France alors qu'au demeurant, il déclare que sa femme et son enfant se trouvent en Italie. De plus, si M. A fait valoir qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public dès lors que les faits pour lesquels il été condamné le 27 février 2024 par le tribunal correctionnel de Marseille sont isolés, il apparaît que ces faits d'exhibition sexuelle et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique sont toutefois d'une particulière gravité. Par ailleurs, M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui ferait obstacle à une interdiction de retour sur le territoire français. Au regard de ces éléments, le préfet n'a n'a ps entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en prononçant une interdiction de retour d'une durée de cinq ans, durée qui n'apparait pas disproportionnée au regard des conséquences sur sa vie personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E:

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Lu en audience publique le 18 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E.Devictor

Le greffier,

Signé

R.Machado

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N°2406904

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