lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2406959 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | OUCHIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 et 25 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Ouchia, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 3 juin 2024, notifié le même jour, portant retrait de sa carte de résidente, obligation de la restituer et ordonnant sa reconduite à la frontière ;
2°) de ne pas faire droit aux conclusions aux fins de non-lieu du préfet, son arrêté du 23 juillet 2024 ne précisant pas à quelle date elle sera mise en possession d'une autorisation provisoire de séjour, ni quelle sera la durée de cette autorisation, ni si elle sera assortie d'une autorisation de travail, alors que la carte de résident ouvre des droits plus importants à sa titulaire ;
3°) à titre subsidiaire, si l'arrêté du 3 juin 2024 n'était pas suspendu dans son intégralité, d'ordonner au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 48 h suivant le prononcé de la décision et sous astreinte de 100 euros par jour à compter de ce délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que :
* l'arrêté en litige retire à l'intéressée son titre de séjour de 10 ans mention réfugiée valable jusqu'au 14 mars 2028 ;
* elle est mère de deux enfants mineurs nés en 2022 dont elle a la garde et exerce l'autorité parentale ;
* un jugement du 23 mai 2024 du juge de l'application des peines l'a admise au régime de la libération conditionnelle à compter du 3 juin 2024 et a suspendu l'exécution de la peine d'interdiction du territoire français définitive prononcée par le tribunal correctionnel de Marseille le 27 octobre 2022 et confirmée par la cour d'appel d'Aix-en-Provence le 6 novembre 2023 pendant la durée des mesures d'assistance et de contrôle prévues à l'article 732 du code de procédure pénale ;
* elle dispose d'un logement social où vivent ses enfants et dont elle assume le loyer ;
- la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté est également satisfaite, dès lors que :
* l'arrêté en litige a été pris par une autorité ne disposant pas de la compétence territoriale ;
* il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il a été édicté avant l'expiration du délai de 15 jours qui lui a été octroyé par le préfet pour qu'elle puisse lui faire part de ses observations alors qu'il l'informait qu'il envisageait de procéder au retrait de son titre de séjour ;
* il méconnait les dispositions de l'article R. 432-3-2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde, l'intéressée disposant du statut de réfugiée politique, qui ne lui a pas été retiré, et d'une carte de résidente dont le préfet n'a pas tenu compte ;
* cet arrêté ne pouvait être édicté alors que la mesure d'interdiction judiciaire du territoire français a été suspendue et est susceptible d'être relevée ;
* il est entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation de la requérante, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que l'intéressée est résidente sur le territoire français depuis 10 ans ce qui implique que le retrait de son titre de séjour devait être précédé d'un avis de la commission du titre de séjour ;
* elle a suivi plusieurs formations et a honoré ses rendez-vous auprès de France-Travail ;
* elle a fixé ses attaches familiales en France avec la présence de ses deux enfants en France ;
* l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant étant donné que ses enfants ont la nationalité nigériane et ne peuvent repartir dans ce pays alors qu'elle est réfugiée politique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que par un arrêté du 23 juillet 2024, d'une part, il a retiré l'article 3 de l'arrêté du 3 juin 2024 qui informe l'intéressée que l'interdiction du territoire français prononcée son encontre entrainait de plein droit sa reconduite à la frontière et, d'autre part, il va lui délivrer un titre provisoire de séjour pendant la durée de la suspension de l'interdiction judiciaire du territoire français.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- les requêtes n° 2406948 et n° 2407190 par lesquelles Mme B demande l'annulation de l'arrêté attaqué ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Houvet pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A l'audience publique du 29 juillet 2024 à 15 heures, en présence de Mme Martinez, greffière d'audience, ont été entendus :
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Houvet, juge des référés ;
- les observations de Me Ouchia, représentant Mme B, présente, qui a renouvelé en les développant ou les précisant les moyens de la requête ;
- le préfet des Bouches-du Rhône n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B demande la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône lui a retiré sa carte de résident, l'a obligée à la restituer et a ordonné sa reconduite à la frontière.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (). ". Aux termes de l'article R. 222-1 de ce code : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 3 Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () ".
3. Par un arrêté du 23 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a retiré l'article 3 de l'arrêté du 3 juin 2024 informant Mme B que l'interdiction du territoire français prononcée son encontre entrainait de plein droit sa reconduite à la frontière et annonce qu'il va lui délivrer un titre provisoire de séjour pendant la durée de la suspension de l'interdiction judiciaire du territoire français. Cet arrêté ne retire donc pas entièrement l'arrêté du 3 juin 2024 qui conserve pour partie un objet. En outre, le préfet n'établit pas avoir délivré le titre provisoire. Par suite, les conclusions de sa requête n'ont pas perdu leur objet, et il y a toujours lieu d'y statuer.
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence doit en principe être constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
5. En l'espèce, s'agissant d'un retrait de titre de séjour, la condition d'urgence est remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :
6. Le moyen tiré du défaut de prise en compte par le préfet du jugement du juge de l'application des peines du 23 mai 2024 qui a admis la requérante au régime de la libération conditionnelle à compter du 3 juin 2024 et a suspendu l'interdiction judicaire de séjour sur le territoire français définitive prononcée à son encontre par le tribunal correctionnel de Marseille le 27 octobre 2022, confirmée par la cour d'appel d'Aix-en-Provence le 6 novembre 2023, pendant la durée des mesures d'assistance et de contrôle prévues à l'article 732 du code de procédure pénale et alors que sa qualité de réfugiée a été reconnue par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 15 mars 2018 est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de retrait en litige jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. La présente décision implique que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à la requérante, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois l'autorisant à travailler, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
9. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 3 juin 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à Mme B, dans un délai de sept jours à compter de la mise à disposition de l'ordonnance au greffe du tribunal, une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 29 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé
A. HOUVET
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026