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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2407140

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2407140

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2407140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantVINCENSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, Mme A C veuve B, représentée par Me Vincensini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de séjour :

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- dès lors qu'elle était la conjointe d'un ressortissant français, il ne peut être invoqué que sa situation personnelle ne justifie pas qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé pour quitter le territoire national.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 septembre 2024 à 12h00.

Mme C veuve B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C veuve B, ressortissante algérienne née le 3 octobre 1951, a sollicité le 10 novembre 2023 son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 18 avril 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C veuve B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Mme C veuve B, entrée en France le 26 avril 2023 sous couvert d'un passeport d'une validité de dix ans jusqu'au 7 juin 2025 revêtu d'un visa C de 90 jours à entrées multiples portant la mention " famille D ", valable du 5 février au 4 août 2023, délivré par les autorités consulaires françaises à Alger, déclare, au demeurant sans l'établir, s'y être continûment maintenue depuis lors, soit, en tout état de cause, depuis seulement près d'un an à la date de l'arrêté attaqué. Son mari, M. B, né en 1943, qu'elle avait épousé le 6 octobre 1986 en Algérie et qui était Français par décret de réintégration du 16 avril 2015, est décédé le 17 octobre 2022. Le couple a eu trois enfants, nés en Algérie en 1987, 1988 et 1990. La requérante se prévaut de sa qualité de veuve d'un ressortissant français. Toutefois, si son passeport, dont une copie seulement partielle est produite au dossier, atteste qu'elle a effectué quelques séjours ponctuels en France entre 2016 et 2020 sous couvert d'un précédent visa de court séjour portant la mention " famille D " et y est également entrée en février 2023, elle n'établit ni même n'allègue y avoir vécu durablement aux côtés de son époux, de sorte qu'elle ne justifie pas de l'ancienneté et de la stabilité d'une potentielle vie privée et familiale sur le territoire national. A cet égard, si elle soutient que du fait du décès de son époux, elle n'a pu obtenir de titre de séjour, elle ne fait état d'aucune circonstance qui l'aurait empêchée, si tel était alors son souhait, d'obtenir, du vivant de son mari, un titre de séjour en qualité de conjointe D, document qu'elle n'allègue au demeurant pas même avoir sollicité. En outre, alors qu'elle ne fait état d'aucune autre attache familiale en France, il est constant qu'elle n'est pas dépourvue de telles attaches en Algérie, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses trois enfants, majeurs, de nationalité algérienne. Enfin, si Mme C veuve B, qui est âgée de 73 ans, hébergée chez un tiers et bénéficiaire de l'aide médicale de l'Etat, fait valoir qu'elle perçoit une pension de réversion du chef de son défunt époux, au titre du régime général de l'assurance retraite et au titre du régime de retraite complémentaire ARRCO, cette circonstance ne lui confère aucun droit particulier au séjour en France, étant précisé que le bénéfice de cette prestation d'assurance vieillesse n'est pas subordonné à une condition de résidence sur le territoire national. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour litigieuse n'a pas porté au droit de Mme C veuve B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, à le supposer soulevé, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante doit également être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Ces dispositions donnent à l'autorité administrative la faculté, soit de décider à titre exceptionnel d'accorder à l'étranger un délai de départ volontaire supérieur à trente jours en raison de la situation personnelle de l'intéressé, soit au contraire de refuser, par une décision motivée, de lui accorder un délai de départ volontaire si les conditions légales d'un tel refus sont remplies. Dès lors, la décision par laquelle le préfet accorde à l'étranger un délai de trente jours pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne saurait, eu égard à son objet et ses effets, être regardée comme ayant le caractère d'une décision défavorable que dans l'hypothèse où l'étranger avait saisi le préfet d'une demande tendant à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ou fait état de circonstances tenant à sa situation personnelle de nature à justifier que lui soit accordé un tel délai, à titre exceptionnel.

5. Mme C veuve B soutient que dès lors qu'elle était la conjointe d'un ressortissant français, il ne peut être invoqué que sa situation personnelle ne justifie pas qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé pour quitter le territoire national. Ce faisant, la requérante doit être regardée comme invoquant l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait, selon elle, la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire qui lui a été imparti pour se conformer à la mesure d'éloignement en litige. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas à l'intéressée, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C veuve B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C veuve B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C veuve B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à Me Vincensini.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

F. Gaspard-TrucLa présidente-rapporteure,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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