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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2407429

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2407429

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2407429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVINCENSINI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour à M. B. Le juge a estimé que la condition d'urgence était présumée et qu'il existait un doute sérieux sur la légalité de la décision, le préfet n'ayant pas justifié du refus de délivrance du récépissé prévu aux articles R. 431-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a enjoint au préfet de délivrer ce récépissé dans un délai de cinq jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Vincensini, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'hypothèse où, à la date à laquelle il serait statué sur la présente requête, il n'aurait pas été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un récépissé de dépôt de demande de renouvellement de son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, de lui délivrer dans le délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, le récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour prévu par les articles R 431-12 et R 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser soit à Me Vannina Vincensini en cas d'admission provisoire ou définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à la part contributive de l'État au bénéfice de l'aide juridictionnelle ; soit, en l'absence d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle même provisoire, à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un récépissé de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour, le plaçant ainsi dans une situation où il n'est pas en mesure de justifier de la régularité de sa présence sur le territoire ;

- il existe des doutes sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle a bien été adressée par voie postale dans le délai de deux mois avant l'expiration du titre de séjour dont il a demandé le renouvellement et alors que la demande de renouvellement d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ne peut avoir lieu sur la plateforme de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) ;

- par ailleurs, le refus de délivrance d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour comportant une autorisation de travail méconnaît les dispositions des articles R 431-12 et R 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- la requête, enregistrée le 24 juillet 2024 sous le n°2407428, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision implicite attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Journoud, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 5 août à 14 heures 30.

A été entendu, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Romelli, greffière d'audience, le rapport de Mme Journoud, juge des référés, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1977, déclare être entré en France en 2001. Il a obtenu en 2008 un certificat de nationalité française par filiation paternelle, son père étant français. Toutefois, ce certificat a été invalidé par un jugement du Tribunal de Grande Instance de Marseille du 26 avril 2017, au motif que le lien de filiation paternelle n'était pas établi. Le 28 mars 2022, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. B a demandé l'annulation de cet arrêté qui a été annulé par un jugement du 25 janvier 2023 et le tribunal de Céans a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " à l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Après la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour valable du 9 février au 8 mai 2023, M. B s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 9 mars 2023 au 8 mars 2024.

2. Par courrier recommandé avec accusé de réception reçu le 12 janvier 2024 en préfecture, l'intéressé a présenté une demande de renouvellement de ce titre de séjour. En parallèle il a également présenté une demande de renouvellement via l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), par erreur en qualité d'étranger malade, et une confirmation de dépôt a été émise le 22 janvier 2024. Par un courrier du 28 février 2024 le dossier que M. B avait adressé par voie postale pour le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " lui a été retourné sans enregistrement. En parallèle un formulaire de certificat médical a également été mis à sa disposition sur l'ANEF le 29 mars 2024. M. B qui souhaitait renouveler son titre mention " vie privée et familiale " et non étranger malade n'a pas adressé ledit formulaire à l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de sorte que la demande introduite sur l'ANEF a fait l'objet d'une clôture le 28 mai 2024 en l'absence de diligences. M. B a néanmoins ré adressé par voie postale sa demande de renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale ", qui a été reçue le 17 avril 2024 par la préfecture des Bouches-du-Rhône. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un récépissé de dépôt de demande de renouvellement de son titre de séjour.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

5. Lorsque l'acte administratif objet du litige n'est pas susceptible de recours, cette irrecevabilité affecte tant la demande d'annulation de cet acte que la demande tendant à sa suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Il résulte de ces dispositions que le silence gardé pendant quatre mois sur une demande de délivrance de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet.

7. S'il est constant qu'une requête prématurée en annulation peut être régularisée en cours d'instance, du seul fait de la naissance de la décision administrative en litige avant que le juge ne statue, il ne saurait nécessairement en être de même en référé suspension, dans l'hypothèse où, précisément, la décision en litige n'est pas née et la requête en annulation est encore irrecevable, à la date à laquelle l'ordonnance est rendue.

8. Il résulte de l'instruction que M. B a saisi le préfet des Bouches-du-Rhône de sa demande de renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale " à trois reprises. D'abord par courrier du 12 janvier 2024, reçu le jour-même, puis par voie numérique sur l'ANEF sur un fondement différent, et enfin par courrier du 16 avril 2024, reçu le 17 avril suivant. Il est constant que le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'enregistrer la première demande de renouvellement par un courrier du 28 février 2024 et a clôturé la deuxième sur l'ANEF le 28 mai 2024 en l'absence de diligences. Toutefois, il est également constant qu'à la date de la présente ordonnance, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas explicitement ni implicitement rejeté la troisième demande dont il a été saisi par voie postale. En application des dispositions précitées, une décision de refus implicite naîtra le 17 août 2024. Dans ces circonstances, en l'absence de décision administrative née, la présente requête est prématurée et, par suite, irrecevable.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Vannina Vincensini et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 6 août 2024.

La juge des référés,

signé

Ludivine Journoud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2407429

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