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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2407499

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2407499

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2407499
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOSMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 24 juillet, le 3 août et le 18 septembre 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Cosma, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, si l'arrêté devait être annulé pour un motif de forme, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Cosma en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- en l'absence de production d'une délégation de signature régulièrement publiée, l'arrêté devra être annulé pour incompétence ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le préfet a commis plusieurs erreurs de fait en indiquant qu'elle était entrée en France dans des circonstances indéterminées, que ses enfants étaient en situation irrégulière sur le territoire et qu'elle conservait des attaches familiales dans son pays d'origine ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et R. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a également a également commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir de régularisation ;

- il a également commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'emporte l'arrêté sur sa situation personnelle ;

- le préfet a également méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C sont infondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Gonneau et les observations de Me Cosma représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne, a sollicité le 13 novembre 2023 son admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 18 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité. Mme C en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 9 août 2024, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423 22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412 1 () ". Aux termes de l'article R. 423-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 423-23, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier : / 1° La réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France ; / 2° La justification de ses attaches familiales dans son pays d'origine ;/ 3° La justification de ses conditions d'existence en France ; / 4° La justification de son insertion dans la société française appréciée notamment au regard de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Mme C, ressortissante géorgienne âgée de quarante-quatre ans, est entrée en France au cours de l'année 2017, accompagnée de son époux et de leurs quatre enfants et justifie résider en France depuis lors. Ses trois enfants majeurs disposent d'une carte de séjour temporaire, dont deux vivent au domicile du couple et sont à leur charge, en sus de leur enfant mineur, scolarisé en France depuis l'année 2020. Enfin Mme C a créé une entreprise individuelle de services. Dans ces conditions, elle est fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu son droit à mener une vie privée et familiale normale, garanti par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les décisions par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire doivent être annulées.

5. La présente décision implique, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à Mme C une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". Il y a par suite lieu de l'y enjoindre, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

6. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cosma, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement de la somme de 1 000 euros à Me Cosma.

D É C I D E :

Article 1er : Mme C n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de titre de séjour de Mme C et l'a obligée à quitter le territoire français est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " à Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve que Me Cosma renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1 000 euros à Me Marie Cosma, avocate de Mme C, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, à Me Marie Cosma et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président-rapporteur,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. SimerayLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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