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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2407689

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2407689

lundi 26 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2407689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantATGER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision du 6 juin 2024 par laquelle le préfet des Hautes-Alpes a refusé de délivrer une carte de résident "réfugié" à Mme C, ressortissante afghane. Le juge a admis l'urgence, caractérisée par la privation des droits sociaux et l'impossibilité d'insertion, et a retenu un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande sous un mois et de délivrer un récépissé autorisant le travail dans un délai de 48 heures.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me A, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 6 juin 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a refusé de lui délivrer une carte de résident portant la mention " réfugié ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de lui délivrer une carte de résident portant la mention " réfugié " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans cette attente, de lui remettre une date de rendez-vous afin de lui délivrer un récépissé de sa demande ou une attestation de prolongation portant la mention " a demandé la délivrance de son titre de séjour - reconnu réfugié - autorise son titulaire à travailler " dans un délai de 48 heures suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte du montant précité ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient :

- en raison de la suspension des droits sociaux dont elle bénéficiait et de l'impossibilité d'entamer des démarches d'insertion sociale, elle justifie de l'urgence requise ;

- l'insuffisance de motivation de la décision attaquée, le défaut d'examen personnalisé de sa situation, l'incompétence de l'auteur de cette décision et la méconnaissance de l'article L. 424- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont des moyens de nature à faire naître un doute quant à la légalité de la décision en cause.

Le préfet des Hautes-Alpes auquel la procédure a été communiquée n'a pas défendu.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 31 juillet 2024 sous le numéro 2407688 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Romelli, greffière d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu les observations de Me A représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens qu'elle développe.

Le préfet des Hautes-Alpes n'était pas représenté à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C née le 14 septembre 2003, de nationalité afghane, a sollicité auprès du préfet des Hautes-Alpes, en dernier lieu, sur le site de l'ANEF, la délivrance d'une carte de résident. Par décision du 6 juin 2024, telle que révélée par la consultation de ce site, le préfet a procédé à la clôture de sa demande. Mme C demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Considérant qu'aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Il résulte de l'instruction que Mme C, née le 14 septembre 2003, de nationalité afghane, est entrée en France où résident ses parents, auxquels a été reconnu le statut de réfugié, sous couvert d'une carte de résident de dix ans, délivrée respectivement les 20 décembre 2021 et 5 août 2023, ainsi que ses frères et sœurs, sous couvert d'un titre de même nature et durée. Mme C a présenté le 1er août 2023, une demande de titre de séjour et a été mise en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler du 9 octobre 2023 jusqu'au 7 avril 2024. Sa nouvelle demande de délivrance de carte de résident enregistrée sur le site internet dédié, à la suite de la reconnaissance du statut de réfugié le 8 février 2024, a fait l'objet d'une mesure de clôture, le 6 juin 2024. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard au statut ainsi reconnu, à la suspension de ses droits à l'assurance maladie et de l'impossibilité d'engager des démarches d'insertion sociale, notamment l'apprentissage de la langue française, nonobstant son accompagnement social, Mme C justifie de l'existence d'une situation d'urgence.

6. En l'état de l'instruction, compte tenu des observations orales présentées au cours de l'audience et des pièces du dossier, le moyen soulevé à l'appui de la requête de Mme C, tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision dont la suspension de l'exécution est demandée.

7. Il résulte de tout ce qui précède Mme C est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du préfet des Hautes-Alpes du 6 juin 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif conduisant à la suspension de l'exécution de la décision attaquée, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de procéder à l'enregistrement de la demande de carte de résident de Mme C, de procéder à son examen et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de sa demande l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Comme mentionné au point 1, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et sous réserve de l'admission définitive de

Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à

Me A, conseil de Mme C, de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée directement à la requérante.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du préfet des Hautes-Alpes du 6 juin 2024 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes de procéder à l'enregistrement de la demande de certificat de résident de Mme C, de procéder à son instruction et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de sa demande autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 900 euros à Me A en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous les réserves énoncées au point 3 de la présente décision. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, la somme de 900 euros lui sera versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, au ministre de l'Intérieur et de l'Outre-mer et à Me Lucie A.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Alpes.

Fait à Marseille, le 26 août 2024.

La juge des référés,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et de l'Outre-mer ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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