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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2408010

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2408010

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2408010
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGILBERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. A, ressortissant afghan, visant à suspendre la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 19 juin 2024 lui supprimant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le juge a d'abord refusé l'aide juridictionnelle provisoire, estimant que M. A ne remplissait pas la condition de résidence habituelle en France requise par la loi du 10 juillet 1991. Sur le fond, la solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais la décision s'inscrit dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 août 2024, M. B A, représenté par

Me Gilbert, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 19 juin 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a supprimé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dues aux demandeurs d'asiles à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, si l'aide juridictionnelle provisoire ne lui était pas accordée, à lui-même en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence de sa situation est caractérisée dès lors qu'il est dans une situation de grande précarité, contraint de vivre dans la rue ou hébergé chez un compatriote et souffre d'une pathologie et de troubles psychiques graves.

-la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il ne peut être regardé comme en fuite et en ce qu'il est vulnérable ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 7 août 2024, sous le n°2408007 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Journoud pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ressortissant afghan, né le 15 novembre 1999 a sollicité le bénéfice de l'asile en France le 21 avril 2023. Il a été placé en procédure dite Dublin pour être transféré aux autorités suédoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le 18 décembre 2023, l'OFII, lui a notifié une décision de cessation de versement des conditions matérielles d'accueil. Par ordonnance n°2401793 du 19 mars 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Céans a ordonné la suspension de la décision du 18 décembre 2023 et a enjoint au directeur général de l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A jusqu'à l'intervention du jugement au fond, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de ladite ordonnance. L'OFII a rétabli le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A au mois de mai 2024. Après avoir adressé à l'intéressé une décision d'intention de suspension des conditions matérielles d'accueil du 31 mai 2024, l'OFII a de nouveau mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. A par une décision du 19 juin 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 10 juillet 1991 : " () Les personnes de nationalité étrangère résidant habituellement en France sont également admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Toutefois, l'aide juridictionnelle peut être accordée à titre exceptionnel aux personnes ne remplissant pas les conditions fixées à l'alinéa précédent, lorsque leur situation apparaît particulièrement digne d'intérêt au regard de l'objet du litige ou des charges prévisibles du procès. L'aide juridictionnelle est accordée sans condition de résidence aux étrangers lorsqu'ils sont mineurs, témoins assistés, mis en examen, prévenus, accusés, condamnés ou parties civiles, lorsqu'ils bénéficient d'une ordonnance de protection en vertu de l'article 515-9 du code civil ou lorsqu'ils font l'objet de la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, ainsi qu'aux personnes faisant l'objet de l'une des procédures prévues aux articles L. 222-1 à L. 222-6, L. 312-2, L. 511-1, L. 511-3-1, L. 511-3-2, L. 512-1 à L. 512-4, L. 522-1, L. 522-2, L. 552-1 à L. 552-10 et L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou lorsqu'il est fait appel des décisions mentionnées aux articles L. 512-1 à L. 512-4 du même code. Devant la Cour nationale du droit d'asile, elle est accordée aux étrangers qui résident habituellement en France ".

3. M. A, de nationalité afghane, qui ne réside pas de manière habituelle et régulière en France, ne remplit pas la condition de résidence posée par les dispositions rappelées ci-dessus. Par ailleurs, il ne fait pas l'objet de l'une des procédures, énumérées par ces dispositions, pour lesquelles la condition de résidence à laquelle l'octroi de l'aide juridictionnelle à un étranger est normalement subordonné, n'est pas opposable. Enfin, l'intéressé ne justifie pas davantage entrer dans le champ d'application des dispositions dérogatoires des 3èmes et 4èmes alinéas de l'article 3 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, ses conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée. Enfin, aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision, M. A soutient qu'il est dans une situation d'extrême précarité et atteint d'une pathologie et de troubles psychiques graves qui ont notamment donné lieu à son hospitalisation la veille de son transfert vers la Suède organisé le 16 novembre 2023. Toutefois, il ressort de la décision litigieuse que l'OFII a, une nouvelle fois, mis un terme aux conditions matérielles d'accueil de l'intéressé le 19 juin 2024, au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de fournir les éléments utiles à l'instruction de sa demande. Il est constant que M. A, qui n'apporte aucun élément concernant ses conditions d'existence depuis cette date ou les démarches qu'il aurait entreprises auprès des autorisés depuis le 19 juin 2024 et la réception de cette nouvelle décision, a également attendu le 7 août 2024, soit plus d'un mois et demi après avoir reçu la notification de cessation des conditions matérielles d'accueil émise par l'OFII, pour saisir le juge des référés. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas de l'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter les conclusions à fin de suspension et d'injonction formées par M. A ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Flora Gilbert.

Fait à Marseille, le 9 août 2024.

La juge des référés,

signé

L. Journoud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

La greffière.

N°2408010

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