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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2408447

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2408447

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2408447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP D'AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille a rejeté la requête de Mme D, ressortissante ghanéenne, contestant le refus d’entrée sur le territoire au titre de l’asile et la décision de réacheminement. Le juge a estimé que la requérante avait été informée de la liste des associations pouvant l’assister lors de l’entretien avec l’OFPRA, écartant ainsi le moyen tiré de la violation de son droit à la présence d’un tiers. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 531-15 et R. 351-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2024, Mme C D, représentée par Me Kouevi, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 21 août 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé sa demande d'entrée sur le territoire au titre de l'asile et ordonnant son réacheminement vers tout pays où il sera légalement admissible ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

- elle a été dans l'impossibilité d'exercer son droit à la présence d'un tiers lors de l'entretien avec l'agent de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;

- la décision refusant sa demande d'entrée sur le territoire méconnaît les dispositions de l'article R. 213-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute d'une information suffisante ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses propos n'étaient ni inconsistants, ni incohérents, ni trop généraux ;

- la décision fixant le pays de renvoi, contrevient aux stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le magistrat désigné a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Kouyat, substituant Me Kouevi pour Mme D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens :

- et celles de Mme D, assistée de M. B, interprète en langue anglaise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A se disant Mme C D, ressortissante ghanéenne née le 19 juin 1987, a été contrôlée par les services de la police aux frontières munie d'un passeport falsifié. Elle a sollicité l'asile le 20 août 2024. L'OFPRA a émis un avis de non admission le 21 août 2024. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de la décision du 21 août 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme D, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 531-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile peut se présenter à l'entretien personnel accompagné soit d'un avocat, soit d'un représentant d'une association de défense des droits de l'homme, d'une association de défense des droits des étrangers ou des demandeurs d'asile, d'une association de défense des droits des femmes ou des enfants ou d'une association de lutte contre les persécutions fondées sur l'identité de genre ou l'orientation sexuelle. Les conditions d'habilitation des associations et les modalités d'agrément de leurs représentants par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sont fixées par décret en Conseil d'Etat. Seules peuvent être habilitées les associations indépendantes à l'égard des autorités des pays d'origine des demandeurs d'asile et apportant une aide à tous les demandeurs. L'avocat ou le représentant de l'association ne peut intervenir que pour formuler des observations à l'issue de l'entretien ". Aux termes de l'article R. 351-1 du même code : " Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la liste des associations susceptibles de venir en aide aux demandeurs d'asile lui a été remis le 20 août 2024 à 11 heures. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir avoir été privée de la possibilité d'exercer son droit à la présence d'un tiers au cours de l'entretien, faute de disposer d'une connexion internet en zone d'attente.

5. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, Mme D a reçu les informations requises par les dispositions précitées lors de l'entretien du 20 août 2024 à 10 heures 30 avec l'officier de police judiciaire de la police aux frontières, assistée d'un interprète en langue anglaise. Le moyen tiré du défaut d'information qui entacherait la décision doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. " et de l'article L. 352-2 du même code : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées à l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article. Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration. ". Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que le ministre de l'intérieur peut rejeter la demande d'asile présentée par un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque ses déclarations et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les menaces de persécutions alléguées par l'intéressé au titre de l'article 1er A. (2) de la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés.

7. Il ressort des déclarations faites par l'intéressée à l'officier de protection de l'OFPRA lors de l'entretien du 21 août 2024 que Mme D s'est déclarée bisexuelle et avoir entamé au début de l'année 2024 une relation avec une femme, laquelle l'a surprise avec un homme en juillet 2024 et a ensuite dénoncé son orientation sexuelle aux autorités. Elle a ainsi affirmé recevoir des menaces et craindre pour sa sécurité. Toutefois, les déclarations de Mme D ont été peu étayées par des éléments personnalisées et convaincant concernant son orientation sexuelle et la relation qu'elle aurait entretenue pendant six mois avec une autre femme et sont peu plausibles relativement aux circonstances de la dénonciation aux autorités par sa partenaire de son orientation sexuelle. Interrogée lors de l'audience, la requérante a maintenu ses déclarations. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de Mme D et sans méconnaître l'article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non-refoulement, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande de l'intéressée d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu'elle serait réacheminée vers tout pays dans lequel elle serait légalement admissible. Il s'ensuit que le ministre de l'intérieur a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à Mme D l'entrée en France au titre de l'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 21 août 2024. Par voie de conséquence, la requête de l'intéressée doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Mme C D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Kouevi au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2024.

Le magistrat désigné

Signé

A. E

Le greffier

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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