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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2408448

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2408448

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2408448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPREZIOSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 août 2024, M. C D, représenté par Me Prezioso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, pendant la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice à titre provisoire de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été informé de son droit de déposer une demande de titre de séjour pour d'autres motifs que la demande d'asile ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 décembre 2024.

Par une décision du 6 septembre 2024, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant géorgien né le 9 juillet 1983, déclare être entré en France le 11 août 2021 et s'y être maintenu continuellement depuis. Sa demande d'asile a été rejetée en procédure accélérée le 18 février 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il a formé une demande de réexamen et le 3 mai 2023, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après le rejet de sa demande de réexamen par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, le 30 octobre 2023, refus confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 29 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône, par un arrêté du 22 juillet 2024, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 septembre 2024, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant à obtenir l'aide juridictionnelle à titre provisoire, qui a perdu son objet.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée du 22 juillet 2024 a été signé par M. A E, adjoint au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation, accordée par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n° 13-2024-03-22-00005 du 22 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 13-2024-075 du même jour, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit dès lors être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. M. D ne peut utilement invoquer les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 qui ont été abrogées depuis le 1er janvier 2016 et auxquelles se sont substituées les dispositions citées au point précédent du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, la décision contestée vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1 4° dont elle fait application. Elle expose, par ailleurs, avec suffisamment de précision, les éléments déterminants de la situation personnelle et familiale du requérant et les suites données à ses demandes d'asile. Dans ces conditions, cette décision comporte de manière suffisamment précise, circonstanciée et non stéréotypée, les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 311-6 du code des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont reprises à l'article L. 431-2 du même code à compter du 1er mai 2021 : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour () ".

7. M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'était plus en vigueur à la date de l'arrêté attaqué. Il ne peut davantage se prévaloir de la méconnaissance par l'obligation de quitter le territoire français contestée des dispositions reprises à l'article L. 431-2 du même code, l'information prévue par ce texte ayant pour seul objet de limiter le délai dans lequel il est loisible au demandeur d'asile de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement. Au surplus et en tout état de cause, le requérant ne conteste pas que, ainsi que le relève le préfet en défense, il a effectivement été informé de la faculté dont il disposait de présenter une demande de titre de séjour pour d'autres motifs que l'asile lors qu'il s'est présenté aux services de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande de réexamen de sa demande d'asile formée par M. D a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 29 février 2024. Le préfet des Bouches-du-Rhône pouvait ainsi à bon droit obliger l'intéressé à quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En se bornant, d'une part, à soutenir de manière peu circonstanciée qu'il disposerait de nouveaux éléments de nature à étayer le bien-fondé de ses craintes en cas de retour en Géorgie et à motiver une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile, et, d'autre part, à faire état de liens familiaux en France, il n'établit pas que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

10. Il ressort des termes de la décision contestée que celle-ci comprend une motivation en droit et en fait de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée à l'égard de M. D. Le préfet des Bouches-du-Rhône, après avoir mentionné les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a retenu à cet égard que l'intéressé est entré en France le 11 août 2021 à l'âge de 38 ans, qu'il ne justifiait pas d'une insertion socio-professionnelle notable et qu'il ne disposait pas de fortes attaches familiales en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'interdiction de retour ne peut qu'être écarté. M. D ne démontre pas davantage, en faisant état sans aucune précision ni pièce venant au soutien de cette allégation, de la présence de deux de ses enfants sur le territoire français, que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Si M. D fait valoir qu'il bénéficie de liens familiaux importants sur le territoire français, où vivraient son ex-épouse et deux de leurs enfants et qu'il entretient une vie commune avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour. Toutefois, il ne justifie pas de sa vie commune alléguée avec Mme B, ressortissante géorgienne titulaire d'une carte de séjour valable jusqu'au 16 février 2027. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie aucunement de la présence alléguée en France de son ex-épouse et de deux de ses enfants, à défaut de tout élément circonstancié sur ce point, et il n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Enfin, M. D ne démontre pas d'insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision contestée portant interdiction de retour pour une durée d'un an n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point précédent, et eu égard à la faible ancienneté du séjour du requérant sur le territoire français, inférieure à trois années à la date de l'arrêté en litige, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision d'interdiction de retour d'une durée d'un an d'une erreur d'appréciation. La circonstance, au demeurant non établie, qu'il disposerait de garanties de représentation demeure à cet égard sans influence.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de M. D à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Rodolphe Prezioso et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Le Mestric, première conseillère,

- Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2025.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

F. Le MestricLa présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

Le greffier

signé

C. Alves

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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