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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2408461

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2408461

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2408461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMAGNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 août et 17 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Magnan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " auto-entrepreneur ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " entrepreneur / profession libérale " sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour par le travail ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de sa demande et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- méconnaît le décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 prévoyant l'entrée en vigueur le 15 juillet 2024 de l'article L. 911-1 modifié du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle mentionne un délai de recours contentieux de trente jours et non d'un mois;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 6 alinéa 1-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'accord franco-algérien ne prévoit pas de condition de ressources pour les auto-entrepreneurs et qu'il remplit par ailleurs les conditions prévues par l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux métiers en tension ;

- méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 6 alinéa 1-5 de l'accord franco-algérien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 et le décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Magnan, représentant M. A.

Une note en délibéré enregistrée le 9 janvier 2025 a été présentée pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 24 mai 1987, déclare être entré en France le 3 août 2018, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, et s'y être maintenu continuellement depuis. Le 20 décembre 2023, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " auto-entrepreneur ". Par un arrêté du 31 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté contesté du 31 juillet 2024 vise les textes applicables à la situation de l'intéressé, notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique par ailleurs les principales circonstances de fait relatives à la situation personnelle de M. A, et rappelle notamment qu'il a présenté une demande d'admission au séjour en qualité d'auto-entrepreneur et qu'il réside en France avec son épouse en situation irrégulière et leurs enfants mineurs. Cet arrêté comporte ainsi de manière suffisamment précise, circonstanciée et non stéréotypée, l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, si la mention des voies et délais de recours figurant à l'article 4 de l'arrêté fait état d'un délai de recours contentieux de " trente jours " devant le tribunal administratif pour le contester, alors que les dispositions de l'article L. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entrées en vigueur à compter du 15 juillet 2024 en vertu du décret du 2 juillet 2024, prévoient désormais que ce délai de recours est d'une durée d'un mois, cette circonstance n'a d'effet que sur le délai de recours contentieux, et demeure en tout état de cause sans incidence sur la légalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination contenues dans l'arrêté. Le moyen tiré de l'erreur commise par le préfet au regard de ces dispositions ne peut dès lors qu'être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5° Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. A soutient qu'il justifie de l'intensité et la stabilité des liens personnels et familiaux qu'il entretient sur le territoire français depuis six ans, il ressort toutefois des pièces du dossier que son épouse, de même nationalité que lui, se trouve elle-même en situation irrégulière en France et le requérant ne démontre pas d'obstacle à ce que la vie de la cellule familiale se reconstitue en Algérie avec les deux enfants du couple nés en 2018 et 2022, alors même que sa fille aînée est scolarisée en France depuis trois ans. Par ailleurs, M. A n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, où résident notamment ses parents. Enfin, les circonstances que le requérant a créé une auto-entreprise de livraison de repas en février 2021 et qu'il établit facturer des prestations de livraison depuis novembre 2021 ne suffisent pas à justifier d'une insertion sociale et professionnelle particulièrement notable en France. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a méconnu ni les stipulations précitées de l'article 6 alinéa 1-5 de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France. Ainsi, M. A ne peut utilement invoquer les dispositions, qui ne lui sont pas applicables, de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui fixent les conditions de délivrance des cartes de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale " aux étrangers exerçant en France une activité non salariée. Pour la même raison, il ne peut davantage invoquer utilement, en tout état de cause, une méconnaissance par le préfet des dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile introduites par la loi du 26 janvier 2024 et relatives à l'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants étrangers ayant exercé une activité professionnelle salariée figurant dans une liste de métiers et zones caractérisées par des difficultés de recrutement.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord. / c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ; () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ".

9. Il résulte des stipulations précitées de l'accord franco-algérien que la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 5 ou de l'article 7 de cet accord est subordonnée à la détention d'un visa de long séjour. Par suite, à supposer que M. A ait entendu soutenir qu'il remplissait les conditions de délivrance d'un certificat de résidence pour l'exercice d'une activité professionnelle autre que salariée prévues par l'accord franco-algérien, il ne conteste pas en tout état de cause le motif opposé sur ce point par le préfet dans l'arrêté contesté et tiré de ce qu'il ne justifie pas détenir le visa de long séjour requis, ce motif suffisant à justifier la décision de refus de séjour au regard de ces stipulations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 5 et 7 de l'accord franco-algérien ne peut qu'être écarté.

10. En sixième lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

11. Pour refuser de délivrer à M. A un certificat de résidence, le préfet des Bouches-du-Rhône a notamment considéré qu'il ne faisait valoir aucun motif exceptionnel ni considérations humanitaires justifiant en l'espèce l'exercice de son pouvoir de régularisation. Si le requérant se prévaut, ainsi qu'il a été dit au point 6, de la création d'une auto-entreprise de livraison de repas inscrite au registre du commerce et des sociétés et produit des factures de ses prestations, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à la nature et à la durée de cette activité professionnelle et à l'ensemble des éléments dont il fait état, que le préfet aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en n'exerçant pas son pouvoir de régularisation. La circonstance qu'un aïeul du requérant décédé en 1944 ait combattu au sein de l'armée française ne saurait non plus caractériser par elle-même l'existence d'une telle erreur manifeste.

12. En septième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les énonciations ne constituent que des orientations générales adressées aux préfets pour la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation.

13. En huitième lieu, s'agissant de la décision fixant le pays de destination pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, M. A n'établit pas l'existence d'obstacles à ce que sa vie familiale avec son épouse dans la même situation que lui au regard du séjour en France, et leurs enfants de nationalité algérienne, se poursuive en Algérie, ainsi qu'il a été dit au point 6. Les circonstances tirées de ce que ses enfants nés en 2018 et 2022 soient nés en France et que sa fille aînée soit scolarisée en France depuis trois ans ne sauraient suffire à caractériser un tel obstacle. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination, qui n'a ni pour effet, ni pour objet, de séparer les enfants du requérant de leurs parents, aurait été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant aux termes duquel " dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte. Il en va de même de ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, alors au demeurant qu'il n'établit ni même ne soutient avoir formé une demande d'aide juridictionnelle pour la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Marie-Christine Magnan et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Le Mestric, première conseillère,

- Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2025.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

F. Le MestricLa présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

Le greffier,

signé

C. Alves

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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