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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2408630

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2408630

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2408630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantVINCENSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 août et 26 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Vincensini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il méconnaît les stipulations de l'alinéa 7 de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'alinéa 5 de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 décembre 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Salvage, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 29 mars 2002, déclare être entré en France le 16 décembre 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa d'une validité de quatre-vingt-dix jours et s'y être maintenu continuellement depuis. Il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des stipulations de l'alinéa 7 de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dont il a obtenu le renouvellement jusqu'au 1er janvier 2024. Le 27 octobre 2023, il en sollicite le renouvellement. Par arrêté du 17 juillet 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône le lui a refusé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968: " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7° au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical adressé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que M. B souffre, depuis 2015, d'une myopathie de Duchenne pour laquelle il consulte depuis 2017 et qui a conduit, en mars 2022, septembre 2023 et avril 2024, à des hospitalisations. Cette affection se traduit, à terme, par une dégénérescence de l'ensemble des muscles de l'organisme avec atteinte cardiaque, qui nécessite un suivi régulier neurologique et génétique. En outre, il est atteint d'une arthrodèse dorso-lombaire depuis 2019. S'il n'est pas contesté que, comme le retient d'ailleurs l'avis du collège des médecins de l'OFII en date du 7 mars 2024, son état de santé nécessite une pris en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le requérant n'établit pas, par les pièces qu'il produit, notamment un extrait d'un rapport médical du centre hospitalo-universitaire d'Oran du 3 novembre 2019, trop ancien pour relater la situation existante à la date de l'arrêté en litige, qu'il ne pourrait pas bénéficier, à ce jour, d'un traitement adapté dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les stipulations de l'alinéa 7 de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En outre, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'alinéa 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est inopérant à l'encontre d'une décision portant refus de renouvellement de séjour fondée sur un certificat de résidence algérien pour raisons de santé.

5. Si M. B, entré régulièrement en France en 2016, a obtenu un certificat de résidence algérien en qualité d'étranger malade et en a sollicité le renouvellement dont le dernier expirait le 1er janvier 2024, il n'apporte d'autres éléments que le suivi de sa scolarité sur le territoire lui permettant d'obtenir son brevet en 2019 et un baccalauréat technologique en 2022. Toutefois, ces circonstances ne lui donnent pas vocation à s'installer durablement sur le territoire. En outre, s'il se prévaut de la résidence régulière de sa mère et son frère, il n'apporte aucun élément permettant de venir au soutien de cette allégation, son père et le reste de sa famille demeurant dans son pays d'origine où il a passé l'essentiel de son existence. Dès lors, et au regard de l'absence de toute insertion socio-professionnelle, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris, et n'a, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation () ".

7. Il résulte de ces dispositions que le délai de trente jours, accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français, constitue le délai de droit commun susceptible d'être accordé. Il ne ressort notamment pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait demandé au préfet des Bouches-du-Rhône de bénéficier d'une prolongation de ce délai. M. B n'est ainsi pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône en lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours, compte tenu de ce qui a été dit précédemment concernant les éléments relatifs à sa vie privée et familiale et à sa santé, aurait méconnu les dispositions précitées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président-rapporteur,

Mme Fayard, conseillère,

M. Guionnet Ruault, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. FAYARD

Le président-rapporteur,

Signé

F. SALVAGE

La greffière,

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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