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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2408826

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2408826

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2408826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantVALOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2024, et un mémoire, enregistré le 11 décembre 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Valois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les frais irrépétibles dont il appartiendra au tribunal de fixer le montant en équité, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- il est justifié de la persistance de la communauté de vie avec son époux ;

- elle a été prise en violation de l'article " L. 313-11 7° " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ; en effet, en vertu de la jurisprudence du Conseil d'Etat, 28 juillet 2000, Diaby, n° 213584, en matière de reconduite à la frontière, transposable aux recours à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français, elle ne pouvait faire l'objet d'une telle mesure dès lors qu'elle remplit les conditions requises pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de l'article " L. 313-11 7° " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- l'obligation de quitter le territoire fixant le pays de destination en litige revient à décider qu'elle sera reconduite dans son pays d'origine, l'Algérie, n'étant pas admissible dans un autre pays.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 décembre 2024.

Par un courrier du 13 décembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par Mme C épouse B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dès lors qu'elles ne sont pas chiffrées.

Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 17 août 2002, a épousé le 23 août 2021 en Algérie M. B, de nationalité française, né le 17 juin 1997. Le mariage a été transcrit dans les registres de l'état civil français le 4 avril 2022. Après son entrée en France le 2 juillet 2022 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C d'une validité de 90 jours portant la mention " famille D ", elle a bénéficié de la délivrance d'un premier certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjointe D sur le fondement des stipulations du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 valable du 20 janvier 2023 au 19 janvier 2024 dont elle a sollicité le renouvellement le 24 décembre 2023. Par un arrêté du 28 août 2024 dont la requérante demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français / () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ".

3. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence d'un an qui avait été délivré à Mme C épouse B en sa qualité de conjointe D sur le fondement des stipulations précitées du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet des Bouches-du-Rhône a estimé que les documents produits par l'intéressée à l'appui de sa demande étaient peu probants et ne permettaient pas d'établir la persistance de la communauté de vie en France avec son époux de nationalité française, en précisant que ce dernier était étudiant en Roumanie, que le passeport de la requérante faisait état d'un cachet d'entrée dans ce pays le 25 septembre 2022, d'un cachet de sortie le 1er août 2023 et d'un cachet d'entrée en France le même jour après la délivrance d'un visa de retour le 19 mai 2023 par l'ambassade de France à Bucarest. Mme C, qui soutient justifier de la réalité de la communauté de vie avec son époux, doit être regardée comme se prévalant de la violation des stipulations précitées du dernier alinéa de l'article 6 du même accord.

4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante justifie de la persistance d'une communauté de vie effective avec son époux, sans qu'y fasse obstacle la circonstance non contestée et au demeurant antérieure à la demande de renouvellement de titre de séjour que l'intéressée ait vécu du 25 septembre 2022 au 1er août 2023 en Roumanie aux côtés de son mari qui y poursuivait des études de médecine, étant précisé que depuis son retour en France, le couple réside à Marseille, hébergé chez la mère de M. B. Par suite, en ayant refusé de faire droit à la demande de renouvellement du certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " qui lui avait été délivré en sa qualité de conjointe D sur le fondement des stipulations précitées du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu celles du dernier alinéa de ce même article 6.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

7. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'annulation par le présent jugement de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, que le préfet des Bouches-du-Rhône fasse droit à la demande de renouvellement de certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " présentée par Mme C épouse B en sa qualité de conjointe D. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à ce renouvellement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique également nécessairement que, par application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme C épouse B soit, dans cette attente, munie d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Dès lors qu'elles ne sont pas chiffrées, les conclusions présentées par Mme C épouse B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 août 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, de procéder au renouvellement du certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " de Mme C épouse B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille et à Me Valois.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

F. Gaspard-Truc

La présidente-rapporteure,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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