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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409170

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409170

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409170
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantTHOME HEITZMANN SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024, la SCI Les Marchés Méditerranéens, représentée par Me Labetoule, demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre l'établissement public Euroméditerranée d'interrompre immédiatement tout travaux sur les parcelles cadastrées section 901 A, n° 95 et 98, sise 130 chemin de la Madrague-Ville, sous astreinte de 50 000 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public Euroméditerranée la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction est compétente ;

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'Euroméditerranée poursuit les travaux sur des parcelles dont la SCI va redevenir propriétaire ;

- la démolition des biens immobiliers sur les parcelles en causes porterait atteinte au droit de recours effectif et au droit de propriété ;

- cette atteinte est grave et manifestement illégale dès lors que la poursuite des travaux a pour seul objet et, à tout le moins, pour effet d'empêcher toute restitution des biens litigieux.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2024, l'établissement public Euroméditerranée, représenté par Me Thomé, conclut :

1°) à titre principal :

- au rejet de la requête ;

- à la mise à la charge de la SCI Les Marchés Méditerranéens de la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que l'injonction de suspendre les travaux :

- soit limitée à l'emprise bâtie des parcelles lesquelles est situé le bâti conservé, correspondant à l'emprise figurant en vert sur le plan produit par lui en pièce n°1,

- ne porte pas sur la partie non bâtie des parcelles cadastrées section 901 A n° 95 et n° 98 situées 130 chemin de la Madrague-Ville à Marseille (emprise figurant en jaune sur le plan produit par lui en pièce n°1), sur laquelle aucun bâtiment n'existe,

- soit limitée dans le temps, jusqu'à l'intervention de la décision du juge de l'expropriation des Bouches-du-Rhône statuant sur la demande de constatation de perte de base légale de l'ordonnance d'expropriation et sur la demande de restitution de son bien présentées par la requérante.

Il soutient que :

- il n'y a aucune urgence ni atteinte grave et manifestement illégale à des libertés fondamentales dès lors qu'il ne poursuit aucuns travaux sur les parcelles cadastrées section 901 A n° 95 et 98 sises 130 chemin de la Madrague-Ville à Marseille ;

- si le juge des référés ne partage pas cette position, l'injonction prononcée ne devrait porter que sur le bâti conservé et être limitée jusqu'à l'intervention de la décision du juge de l'expropriation statuant sur le recours en constatation de perte de base légale de l'ordonnance d'expropriation et la demande de restitution de ses biens engagé par la requérante, pour laquelle une audience est prévue au mois de décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 septembre 2024 en présence de Mme Boislard, greffière, ont été entendus :

- le rapport de M. Trottier, juge des référés ;

- les observations de Me Labetoule, pour la SCI Les Marchés Méditerranéens, qui reprend l'argumentation de la requête et ajoute que l'urgence doit s'apprécier de manière pragmatique, dans les ordonnances précédentes, le juge des référés a mentionné qu'Euroméditerranée avait indiqué que l'immeuble était déjà détruit et que des travaux urgents de sécurité devaient être entrepris, le juge de l'expropriation a accordé un renvoi d'audience en décembre, le passage piéton sécurisé existait déjà et il n'y a pas de raison de lancer l'aménagement du site qui s'est accéléré depuis le mois d'août, ce n'est pas parce qu'aucun travaux n'est en cours qu'il n'y en aura pas dans les prochains jours et on peut se demander pourquoi aménager la parcelle non bâtie qui doit être également restituée.

- et les observations de Me Claveau, substituant Me Thomé, pour l'établissement public Euroméditerranée qui reprend l'argumentation du mémoire en défense et ajoute que les précédentes ordonnances tenaient compte de la situation antérieure à la décision du Conseil d'Etat et ne signifient pas que des travaux ont ou vont commencer, il n'a pas l'intention de procéder à la démolition du bâti qui va être restitué, les palissades ne sont là que pour sécuriser les lieux, notamment le cheminement piéton, la demande subsidiaire se justifie pour pouvoir continuer à emprunter le passage pour effectuer les travaux sur d'autres parcelles jusqu'à la décision du juge de l'expropriation.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet des Bouches-du-Rhône a, par un arrêté du 27 février 2017, déclaré d'utilité publique les travaux de réalisation de la zone d'aménagement concerté (ZAC) dite " littorale ", sur le territoire de la commune de Marseille. Par un autre arrêté du même jour, il a déclaré cessibles, au profit de l'établissement public d'aménagement Euroméditerranée, les immeubles dont l'acquisition était nécessaire à cette opération. La société civile immobilière (SCI) Les Marchés méditerranéens, propriétaire des parcelles cadastrées section 901 A, n° 95 et 98, a fait appel du jugement du tribunal administratif de Marseille du 18 octobre 2019 qui a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté de cessibilité en tant qu'il déclarait cessibles lesdites parcelles. Par un arrêt avant-dire droit du 8 décembre 2020, la cour administrative d'appel de Marseille, estimant que la déclaration d'utilité publique avait été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière en raison d'un vice entachant l'avis émis par l'autorité environnementale, a ordonné un supplément d'instruction tendant à la production, par la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, d'un nouvel avis de l'autorité environnementale. Par un arrêt du 22 février 2022, la cour a annulé le jugement du tribunal administratif de Marseille et, dans la mesure précisée ci-dessus, l'arrêté de cessibilité attaqué. Par une décision du 25 juillet 2022, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a annulé les arrêts de la cour administrative d'appel de Marseille des 8 décembre 2020 et 22 février 2022 et renvoyé l'affaire à cette cour. Par un arrêt du 5 juin 2023, la cour administrative d'appel de Marseille a, de nouveau, annulé le jugement du tribunal administratif de Marseille et, dans la mesure précisée ci-dessus, l'arrêté de cessibilité attaqué, en considérant que le vice retenu n'avait pas été régularisé et n'était plus susceptible de l'être. Le Conseil d'Etat a, le 14 juin 2024, rejeté les pourvois en cassation formés contre cet arrêt. La SCI Les Marchés méditerranéens demande au juge des référés d'enjoindre à l'établissement public Euroméditerranée d'interrompre immédiatement tout travaux sur les parcelles cadastrées section 901 A, n° 95 et 98.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Il résulte de l'instruction que le juge de l'expropriation a sursis à statuer sur la demande de la SCI Les Marchés méditerranéens de restitution des parcelles cadastrées section 901 A, n° 95 et 98 et, après un renvoi d'audience, a fixé en décembre 2024 la prochaine audience devant se prononcer sur la demande à la suite de la décision du Conseil d'Etat du 14 juin 2024. Si la SCI Les Marchés méditerranéens craint que la pose de palissade autour de sa parcelle annonce l'imminence de travaux de destruction de l'immeuble bâti se trouvant encore sur les parcelles, il est constant qu'aucun commencement de travaux n'a effectivement commencé à cet endroit. Ainsi ses conclusions tendant à " interrompre tout travaux ", a fortiori dans le délai de quarante-huit heures, ne peuvent qu'être rejetées. Toutefois, dans l'hypothèse où de tels travaux seraient effectivement sur le point de débuter ou débuteraient ultérieurement, il est loisible à la société requérante de saisir à nouveau le juge des référés qui se prononcera à brefs délais.

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'établissement public d'aménagement Euroméditerranée qui ne présente pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la SCI Les Marchés méditerranéens la somme de 1 000 euros au titre des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SCI Les Marchés méditerranéens est rejetée.

Article 2 : La SCI Les Marchés méditerranéens versera à l'établissement public d'aménagement Euroméditerranée la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Les Marchés Méditerranéens et l'établissement public Euroméditerranée.

Fait à Marseille, le 17 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. Trottier

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef

Le greffier

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