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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409177

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409177

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10eme Chambre
Avocat requérantPACCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Paccard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est encore entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle, laquelle justifiait la délivrance d'un titre de séjour au regard de son admission exceptionnelle par le travail ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être déclarée illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est aussi entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 octobre 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de de M. Pecchioli, président rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant guinéen né le 11 novembre 1992, déclare être entré en France en 2018 et s'y être maintenu continuellement depuis. Il a présenté, le 8 décembre 2020, une demande d'asile auprès des services de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 décembre 2020, rejet qui a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 juin 2021. Le 26 décembre 2023, M. B a sollicité du préfet des Bouches-du-Rhône la délivrance d'un titre de séjour portant la mention salariée. Par un arrêté du 12 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, L'arrêté attaqué a été signé par M. A D, qui bénéficiait, en sa qualité d'adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, par un arrêté n°13-2024-03-22-00005 du préfet de ce département du 22 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à cet effet. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. En l'espèce, M. B, qui est en couple et père de trois enfants, affirme résider habituellement en France depuis 2018 et avoir recentré l'ensemble de ses intérêts privés en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa femme, ses trois enfants, ses deux parents ainsi que ses deux frères résident en Guinée, son pays d'origine. Par ailleurs, les documents qu'il produit pour attester de sa résidence habituelle en France depuis 2018 sont peu nombreux, peu diversifiés et à faible valeur probante, constitué seulement de courriers de l'Assurance Maladie, de quelques certificats et documents médicaux, pour les années 2022 à 2024, ainsi que de bulletins de salaire. Le préfet des Bouches-du-Rhône qui n'a pas porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale aux buts en vue desquels il a été pris, n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Si M. B se prévaut de sa bonne insertion professionnelle en faisant valoir son expérience d'intérimaire depuis le 9 février 2022 en tant de manutentionnaire auprès de la société Feel Interim, d'une formation " employé logistique " effectuée en janvier 2024 et de l'obtention un certificat d'aptitude à la Conduite en sécurité R489 des chariots automoteurs de manutention à conducteur porté, ces éléments, pour lesquels le préfet a souligné que l'intéressé ne justifiait pas des compétences et qualifications professionnelles nécessaires pour occuper l'emploi de préparateur de commandes, ne peuvent être regardés comme constitutifs de motifs exceptionnels justifiant une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par ailleurs, au regard de ce qui a été énoncé au point 8 sur la situation personnelle de M. B, et alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, il ne fait valoir aucune circonstance humanitaire ou motif exceptionnel justifiant une admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent par conséquent être écartés.

7. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 4 et 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent l'être également.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pecchioli, président,

M. Juste, premier conseiller,

Mme Houvet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

L'assesseur le plus ancien,

Signé

C. JUSTE

Le président-rapporteur,

Signé

J-L. PECCHIOLI

La greffière,

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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