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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409313

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409313

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMAGNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, M. D C alias E demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2024 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;

2°) d'annuler son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de lui communiquer les pièces du dossier sur la base desquelles les décisions attaquées ont été prises ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- la décision d'interdiction du territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ollivaux pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et a informé les parties que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'inscription au fichier SIS comme dirigées contre une décision inexistante, et entendu :

- les observations de Me Plantin pour M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et formule de nouvelles conclusions à l'encontre de la décision d'éloignement, et soulève des moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et celles de M. C assisté de Mme B, interprète en langue arabe.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant algérien né le 16 juin 2004 à Oran, alias M. D E, né le 14 juin 2003 en Algérie, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet des Bouches-du-Rhône, du dossier :

3. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

4. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen () ".

5. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ce signalement sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'éloignement :

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A F, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en sa qualité de sous-préfet de l'arrondissement d'Istres, par un arrêté n°13-2023-10-10-00005 du préfet de ce département du 10 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence, qui manque en fait, doit être écarté.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire. S'il fait état de la présence de deux de ses frères en France, et indique à l'audience avoir été hébergé chez l'un d'entre eux à son retour en France, il ne l'établit pas. En outre, il ne justifie pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de son enfant qui résiderait selon ses indications à l'audience avec sa mère en Belgique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

10. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. L'arrêté contesté vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, mentionne le fait que M. C déclare être entré en France en 2017 mais ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit au point 7, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, nonobstant la présence de deux de ses frères en France, alors qu'en revanche, célibataire et ne justifiant pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de son enfant, il ne justifie pas davantage être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où réside l'essentiel de sa famille. Il est en outre constant que M. C a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement du 21 juin 2021, non exécutée. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône a suffisamment motivé sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français. En outre, alors que M. C ne justifie, contrairement à ce qu'il soutient, d'aucun motif humanitaire, et à supposer même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, ce que l'autorité préfectorale n'était pas tenue d'indiquer dès lors qu'elle n'a pas fondé l'interdiction de retour litigieuse sur une menace de ce type, les moyens d'erreur de droit, d'erreur d'appréciation et de disproportion invoqués doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2024 présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C alias E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C alias D E et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 24 septembre 2024.

La magistrate désignée

Signé

J. Ollivaux

La greffière

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

1

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