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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409338

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409338

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP BOREL & DEL PRETE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024 le préfet des Bouches-du-Rhône demande au juge des référés de suspendre le permis de construire tacite n° PC 013 018 23 N 0027 en date du 6 janvier 2024 par lequel le maire de la commune de Cabannes a autorisé

M. A à construire une maison individuelle et deux garages en zone A du PLU, révélé par le certificat de permis tacite en date du 20 mars 2024.

Il soutient que sont propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué les moyens tirés de la méconnaissance :

- des dispositions de l'article A2 du PLU, en l'absence de nécessité d'une présence permanente sur l'exploitation ;

- des règles applicables en zone R 1 du PPRI, pour le même motif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Hequet, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le déféré, au fond, et ainsi la présente requête, sont irrecevables, au motif de l'incompétence des auteurs du recours gracieux du 17 mai 2024, du recours contentieux et de la requête en référé ;

- le déféré est tardif et ainsi irrecevable, le délai ouvert au préfet pour formuler son recours gracieux étant échu à la date où il a été exercé ;

- il n'existe pas de doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le déféré préfectoral n° 2409337

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Salvage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de M. Salvage ;

- les observations de Mme D pour le préfet des Bouches-du-Rhône qui persiste dans ses écritures, et en réponse au mémoire en défense soutient que la requête est recevable, les signataires des recours et des requêtes étant bien compétents en vertu de délégations de signature qui vont être produites, et le déféré n'étant pas tardif, le contrôle de légalité ne s'étant vu transmettre le dossier de permis que le 21 mars 2024.

- les observations de Me del Prete pour la commune de Cabannes.

La clôture de l'instruction a été différée au 8 octobre à 14 H.

Des pièces complémentaires ont été produites par la commune de Cabannes à 11H04, par le préfet des Bouches-du-Rhône à 11H30 et un mémoire pour M. A à 12h47.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet des Bouches du Rhône doit être regardé comme demandant la suspension du permis de construire tacite n° PC 013 018 23 N 0027 en date du 6 janvier 2024 par lequel le maire de la commune de Cabannes a autorisé M. A à construire une maison individuelle, révélé par un certificat de permis tacite en date du 20 mars 2024.

Sur la recevabilité du déféré préfectoral et de la requête en suspension :

2. En premier lieu, par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 10 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, Mme B, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité de sous-préfète d'Arles d'une délégation à l'effet de signer notamment le recours gracieux adressé à la commune de Cabannes à fin de retrait de l'acte en litige, dans le cadre du contrôle de légalité. De même, Mme Plaza, secrétaire générale adjointe, bénéficiait d'une délégation de signature par un arrêté du 16 octobre 2023 et a pu régulièrement signer les requêtes en déféré et en référé suspension.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission () ". Parmi les actes mentionnés par l'article L. 2131-2 de ce code figure, au 6° : " Le permis de construire et les autres autorisations d'utilisation du sol et le certificat d'urbanisme délivrés par le maire ". L'article R. 423-23 du code de l'urbanisme fixe à deux mois le délai d'instruction de droit commun pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle. L'article R. 424-1 du même code prévoit que, à défaut d'une décision expresse dans le délai d'instruction, le silence gardé par l'autorité compétente vaut permis de construire. Aux termes de l'article L. 424-8 du code de l'urbanisme : " Le permis tacite et la décision de non-opposition à une déclaration préalable sont exécutoires à compter de la date à laquelle ils sont acquis ".

4. S'il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire tacite est exécutoire dès qu'il est acquis, sans qu'il y ait lieu de rechercher s'il a été transmis au représentant de l'Etat, ces dispositions ne dérogent pas à celles de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, en vertu desquelles le préfet défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission et que figurent au nombre de ces actes les permis de construire tacites. Une commune doit être réputée avoir satisfait à l'obligation de transmission dans le cas d'un permis de construire tacite, si elle a transmis au préfet l'entier dossier de demande, en application de l'article R. 423-7 du code de l'urbanisme. Le délai du déféré court alors de la date à laquelle le permis est acquis ou, dans l'hypothèse où la commune ne satisfait à l'obligation de transmission que postérieurement à cette date, à compter de la date de cette transmission.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction et des éléments fournis par les parties à l'audience et à son issue que le dossier de demande de permis de construire n'a pas été communiqué au contrôle de légalité et que le préfet n'a ainsi eu connaissance du permis tacite qu'à l'occasion de la transmission du certificat de permis tacite en sous-préfecture d'Arles le 21 mars 2024. Il s'ensuit que le recours gracieux en date du 17 mai 2024 a pu régulièrement interrompre le délai de recours contentieux. Dès lors, la fin de non-recevoir soulevée par le pétitionnaire ne saurait être accueillie.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 554-1 du code de justice administrative :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3ème alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales ci-après reproduit : / " Art. L.2131-6, alinéa 3.- Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. ".

7. L'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune autorise seulement les constructions à usage d'habitation quand elles sont directement nécessaires à l'exploitation agricole. En outre, la zone orange du PPRI de la basse vallée de la Durance autorise uniquement la " création de constructions nécessaires au maintien d'une activité agricole existante à condition qu'elles soient exclusivement destinées au remisage du matériel agricole roulant et de l'ensemble des accessoires d'attelage ou de stockage des foins et des récoltes " ainsi que " la création ou l'extension des constructions nécessaires à l'exploitation agricole ou forestière ".

8. En l'espèce, le pétitionnaire a une activité de maraichage. En l'état de l'instruction, les moyens tirés d'une méconnaissance des dispositions de l'article A2 du règlement du PLU et de celles de la zone orange du PPRI de la basse vallée de la Durance sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution des effets de la décision en litige jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, verse à M. A quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution du permis de construire en litige est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation de cette décision.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet des Bouches du Rhône, à la commune de Cabannes et à M. C A.

Fait à Marseille, le 8 octobre 2024.

Le président,

Signé

F. SALVAGE

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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