mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2409443 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, complétée par un mémoire enregistré le 7 octobre 2024 et des pièces produites le 8 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Poncelet, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la délibération du 2 août 2024 par laquelle le conseil municipal de la commune de Rognac a supprimé un poste de directeur territorial et quatre postes d'attachés territoriaux et modifié en conséquence le tableau des effectifs ;
2°) de condamner la commune de Rognac à lui verser une provision pour frais de justice d'un montant de 7 000 euros ;
3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 1 800 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- il y a urgence à suspendre l'exécution de la délibération contestée dès lors que les procédures de licenciement pour suppression de poste sont en cours notamment en ce qui la concerne ;
- la délibération préjudicie en outre aux intérêts publics que constituent le bon fonctionnement des institutions communales, la préservation des agents publics contre le harcèlement, la protection des lanceurs d'alerte prévue par la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016, l'intérêt des deniers publics et celui des habitants de la commune à l'approche de nouvelles élections provoquées par la démission de conseillers municipaux ;
Sur le doute sérieux entachant la légalité de la délibération :
- l'avis du comité social territorial a été recueilli irrégulièrement dès lors que ses membres ont été convoqués tardivement, qu'ils n'ont pas reçu de documents relatifs à la suppression des postes non mentionnée à l'ordre du jour, et que le procès-verbal n'a pas été signé par le secrétaire-adjoint ;
- les conseillers municipaux n'ont pas reçu d'informations suffisantes sur la suppression des postes en violation des articles L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;
- la délibération est entachée d'erreur de fait, les emplois supprimés correspondant à un besoin persistant notamment en matière de finances, et la commune recrutant d'ailleurs de nouveaux agents pour y répondre ;
- la délibération est entachée de détournement de pouvoir et de procédure dès lors que la commune entend en réalité procéder à son licenciement pour motif disciplinaire ;
- la commune méconnaît l'article 10-1 de la loi du 9 décembre 2016 relative à la protection des lanceurs d'alerte ;
Sur la demande de provision :
- l'article 10-1 de la loi du 9 décembre 2016 permet l'allocation au lanceur d'alerte d'une provision pour frais de justice à raison de la nécessité de se protéger de mesures de représailles.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 et 9 octobre 2024, la commune de Rognac, représenté par Me Gouard-Robert, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1600 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la délibération n'emporte aucune conséquence immédiate sur la situation de la requérante ;
- aucun des moyens n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la délibération contestée ;
- les conclusions indemnitaires présentées à fin d'octroi d'une provision sont irrecevables dans le cadre d'une instance de référé-suspension.
Vu :
- la requête n° 2409442 par laquelle Mme B demande l'annulation de la délibération en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le décret n° 2021-571 du 10 mai 2021 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Hameline, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Marquet, greffière d'audience, Mme Hameline a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Poncelet, représentant Mme B, et celles de la requérante, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens. Elle fait valoir en outre que : la commission consultative paritaire doit à nouveau se réunir le 10 octobre 2024 pour rendre un avis sur son licenciement ; le poste qu'elle occupait au service des finances, supprimé par la délibération contestée, figure toujours sur le nouvel organigramme établi le 28 juin 2024 ;
- et les observations de Me Gouard-Robert représentant de la commune de Rognac, qui persiste dans les fins et moyens de ses écritures en défense.
Les parties ont été avisées le 8 octobre 2014 à l'issue de l'audience que la clôture de l'instruction, différée en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, était fixée au 9 octobre 2024 à 16h30.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. La commune de Rognac a recruté Mme A B, en vertu d'un contrat à durée indéterminée signé le 21 décembre 2023, pour occuper un emploi d'attaché territorial chargé de mission au service des finances à compter du 8 janvier 2024. Un incident l'a opposée à la maire de Rognac le 27 février 2024, à la suite duquel elle a été placée du 7 mars au 8 mai 2024 en congé de maladie reconnu imputable au service par la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône. Le 12 mars 2024, elle a adressé un signalement au procureur de la République d'Aix-en-Provence concernant les finances de la commune, et a ultérieurement demandé à bénéficier des dispositions de la loi du 9 décembre 2016 relatives à la protection des lanceurs d'alerte. A sa reprise de fonctions le 13 mai 2024, elle a été affectée par décision verbale au service financier de la direction des services techniques et soutient n'avoir pas été mise à même d'exercer effectivement les fonctions correspondantes. Le 8 juillet 2024, la commune lui a proposé d'être mise à disposition du centre communal d'action sociale, proposition qu'elle a refusée. Par une délibération du 2 août 2024, adoptée après consultation du comité social territorial le 28 juin 2024, le conseil municipal de Rognac a décidé de supprimer un poste de directeur territorial et quatre postes d'attaché territorial dont l'emploi d'attaché " occupé par un agent contractuel au service des finances ". Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette délibération.
Sur les conclusions à fin de suspension de la délibération du 2 août 2024 :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Si la délibération du 2 août 2024 a pour objet de supprimer cinq emplois de catégorie A et ne constitue pas par elle-même une mesure individuelle, il résulte de l'instruction et notamment de la lettre adressée par l'autorité territoriale à Mme B le 7 août 2024 portant convocation à un entretien de licenciement le 27 août 2024, ainsi que du courrier de la commune du 9 août 2024 saisissant la commission consultative paritaire, que la suppression par la délibération du poste d'attaché contractuel au service des finances fonde directement la mesure de licenciement de l'intéressée envisagée à brève échéance pour " suppression du poste eu égard à la disparition du besoin de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent " en application des dispositions de l'article 39-3 du décret du 15 février 1988, la commune indiquant par ailleurs qu'elle a déjà exclu la possibilité d'un reclassement en application des mêmes dispositions. Il est en outre constant que si la commission consultative paritaire convoquée le 12 septembre 2024 pour se prononcer sur le projet de licenciement de Mme B n'a pu rendre d'avis faute de quorum, une nouvelle réunion de la commission a été fixée à cet effet au 10 octobre 2024. Dans ces conditions et au vu de l'ensemble des circonstances précédemment rappelées au point 2, alors même que la requérante n'exerce plus effectivement les missions afférentes au poste supprimé à la date à laquelle elle a saisi le juge des référés, elle doit être regardée comme établissant que l'exécution de la délibération en litige est de nature à porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation constitutive d'une situation d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par la requérante et tirés, d'une part, du caractère insuffisant de l'information des conseillers municipaux sur la délibération soumise au vote en violation de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, et, d'autre part, du détournement de procédure entachant la délibération contestée en tant qu'elle supprime le poste d'attaché territorial occupé par un agent contractuel au sein de la direction des finances, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
6. Il résulte de ce qui précède que, les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la délibération du conseil municipal de Rognac du 2 août 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin de versement d'une provision en application de l'article 10-1 III. A de la loi du 9 décembre 2016 :
7. Aux termes de l'article 10-1 de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique : " () III.-A.- En cas de recours contre une mesure de représailles mentionnée au II, dès lors que le demandeur présente des éléments de fait qui permettent de supposer qu'il a signalé ou divulgué des informations dans les conditions prévues aux articles 6 et 8, il incombe à la partie défenderesse de prouver que sa décision est dûment justifiée. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. Dans les mêmes conditions, le demandeur peut demander au juge de lui allouer, à la charge de l'autre partie, une provision pour frais de l'instance en fonction de la situation économique respective des parties et du coût prévisible de la procédure ou, lorsque sa situation financière s'est gravement dégradée en raison du signalement ou de la divulgation publique, une provision visant à couvrir ses subsides. Le juge statue à bref délai (). Le juge peut décider, à tout moment de la procédure, que cette provision est définitivement acquise ".
8. Il n'entre pas dans les attributions du juge administratif des référés saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'ordonner le versement d'une provision. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce que soit mise à la charge de la commune de Rognac le versement à Mme B d'une provision d'un montant de 7 000 euros en application des dispositions précitées de l'article 10-1 III. A de la loi du 9 décembre 2016 ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées comme irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Rognac une somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que la somme que demande la commune de Rognac à ce titre soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la délibération du conseil municipal de la commune de Rognac du 2 août 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à l'annulation de cette décision.
Article 2 : La commune de Rognac versera une somme de 1 000 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la commune de Rognac.
Fait à Marseille, le 15 octobre 2024.
La juge des référés,
Signé
M.-L. Hameline
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026