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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409494

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409494

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des effets de l'arrêté en date du 19 juin 2024 par lequel le maire de la commune de Salon-de-Provence s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 29 mai 2024 pour l'installation d'antennes de téléphonie mobile sur le toit d'un bâtiment situé 551, avenue du 22 août 1944 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune :

- à titre principal, de lui délivrer une décision de non-opposition dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire de réinstruire sa déclaration préalable en prenant une décision dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'urgence, cette circonstance se déduit :

- de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du réseau national et du territoire de la commune défenderesse par le réseau de téléphonie mobile ;

- de ses intérêts propres tenant au respect des engagements pris envers l'ARCEP ;

- de ce que les objectifs de couverture par les réseaux 3G, 4G et même 5G ne sont pas encore atteints ;

S'agissant de la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- le maire a commis une double erreur de droit, en opposant les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme alors qu'il convenait d'appliquer celles de l'article 11 du règlement de la zone UE du plan local d'urbanisme qui posent des exigences qui ne sont pas moindres que celles de l'article R. 111-27 ; en tout état de cause, il a fait une inexacte application de l'ensemble de ces dispositions dès lors que la parcelle d'assiette du projet ne s'inscrit dans aucun périmètres protégé, qu'elle s'inscrit en revanche dans une zone artisanalo-commerciale occupée par des bâtiments à l'esthétique et aux qualités architecturales banales et qui est le siège d'installations techniques appartenant à d'autres opérateurs ; elle a par ailleurs retenu pour son projet des antennes de petite taille en les recouvrant d'un film miroir afin de minimiser leur impact visuel.

- le motif tiré de l'absence d'insertion dans l'environnement est illégal et révèle une erreur d'appréciation, en l'absence d'un environnement particulier et d'une atteinte à l'environnement existant : en effet, le projet se situe

- la décision de rejet du recours gracieux est entachée des mêmes illégalités.

S'agissant des conclusions d'injonction :

- la décision attaquée devant s'analyser en une décision de retrait illégale, TDF est fondée à demander que le maire de lui délivre un certificat attestant d'une décision de non-opposition tacite née le

- si le tribunal considérait que cette décision porte opposition à la déclaration préalable, TDF est fondée à demander qu'il soit enjoint au maire de lui délivrer un arrêté de non-opposition, alors que la situation de fait n'a pas évolué depuis le dépôt du dossier de déclaration préalable et qu'aucun motif ne s'oppose à la délivrance de l'autorisation.

Le mémoire enregistré le 11 octobre 2024, à 14 heures 08, présenté par la commune de Salon-de-Provence, représentée par Me Gouard-Robert, n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2408307.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 octobre 2024 à 14 heures, en présence de M. Alloun, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Hogedez, juge des référés ;

- les observations de Me Candelier pour la société Free Mobile, qui a renouvelé, en les développant ou les précisant, les moyens de la requête ;

- et les observations de Me Gouard-Robert, pour la commune de Salon-de-Provence, qui a fait valoir que :

- la signataire de la décision en litige dispose d'une délégation de signature qui a été régulièrement affichée en mairie et transmise en préfecture ;

- l'arrêté a été rendu au visa des deux articles, R.111-27 du code de l'urbanisme et UE 11 du plan local d'urbanisme ;

- l'implantation des antennes est projetée sur une parcelle située aussi, dans sa partie Sud, dans un petit lotissement composé de maisons individuelles, alors que la zone d'activités évoquée par la requérante est située du côté Nord ;

- la société requérante n'a pas cherché à mutualiser son installation avec celles des autres opérateurs, implantées à proximité.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

2. Il résulte de l'instruction que la société Free Mobile a déposé, le 29 mai 2024, une déclaration préalable de travaux portant sur l'implantation d'une station relais, composée d'antennes de téléphonie mobile et de modules techniques d'activation, sur le toit d'un bâtiment situé 551, avenue du 22 août 1944 ; à Salon-de-Provence. Par arrêté du 19 juin 2024, dont la société requérante demande la suspension de l'exécution des effets, le maire de cette commune a fait opposition à cette déclaration.

En ce qui concerne l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Eu égard, d'une part, à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et à l'objet même de la décision attaquée qui fait obstacle à la réalisation de travaux destinés au renforcement du réseau et, d'autre part, à la circonstance que la partie de territoire sur laquelle les installations doivent être implantées n'est couverte par les réseaux de la société requérante que de manière imparfaite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

5. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, la commune de Salon-de-Provence s'est fondée sur la circonstance que le projet méconnaîtrait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme communal. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'illégalité de ce motif, révélant une inexacte application de ces dernières dispositions, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun des autres moyens n'est de nature à faire naître un tel doute sérieux.

7. Les deux conditions requises par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution des effets de l'arrêté du 19 juin 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. En l'état de l'instruction et eu égard au motif présidant à la suspension de l'arrêté en litige, la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au maire de Salon-de-Provence de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non-opposition à déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. La commune de Salon-de-Provence étant partie perdante à la présente instance, il y a lieu de mettre à sa charge la somme de 1 500 euros, à verser à la société Free Mobile sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des effets de l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le maire de la commune de Salon-de-Provence s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation de cet arrêté.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Salon-de-Provence de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non-opposition à déclaration préalable à la société Free Mobile dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Salon-de-Provence versera à la société Free Mobile une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Salon-de-Provence.

Fait à Marseille, le 17 octobre 2024

La juge des référés,

signé

I. Hogedez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

P/la greffière en chef,

Le greffier.

5

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