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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409624

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409624

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL HENRY TIERNY AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le n° 2409518, par une requête et des mémoires enregistrés les 20 et 23 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Henry, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assignée à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de produire l'intégralité de son dossier administratif ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi qu'il a été pris par une autorité habilitée ;

- à titre principal, l'arrêté en litige est entaché d'un défaut de base légale, faute de notification de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Var sur lequel il est fondé ;

- à titre subsidiaire, l'arrêté en litige est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement prise par le préfet du Var le 15 septembre 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

II. Par une ordonnance du 23 septembre 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Toulon a renvoyé au tribunal la requête présentée le 20 septembre 2024 par Mme B A sous le n° 2403118.

Par cette requête et des mémoires enregistrés sous le n° 2409624 les 23 et 24 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Henry, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligée à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité habilitée ;

- elle est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur de droit, en ce qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 251-2, L. 234-1 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

- elle est entachée de défaut de motivation et d'absence d'examen sérieux et méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de la décision d'éloignement ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ollivaux pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Merienne, substituant Me Henry, pour Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante roumaine née le 31 décembre 1995 à Zalau, a été interpellée le 15 septembre 2024 dans le département du Var, et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai le 15 septembre 2024, prise par le préfet du Var. Par sa requête, elle demande d'une part au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a prononcé une interdiction de circulation d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination, et d'autre part d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné son assignation à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2409518 et 2409624 sont présentées par la même requérante, contestent des arrêtés pris à son encontre et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de Mme A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet des Bouches-du-Rhône, des dossiers :

4. Les affaires sont en état d'être jugées et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication des entiers dossiers détenus par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

5. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

6. En application des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que pour faire obligation à Mme A de quitter le territoire français, le préfet du Var s'est principalement fondé sur la circonstance que son comportement personnel constituerait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a fait l'objet d'interpellations et de signalements au fichier automatisé des empreintes digitales les 21 mars 2014, 24 octobre 2014, 1 er avril 2015, 21 mai 2015, 24 juin 2015, 20 novembre 2015, 17 mars 2018, 24 mars 2018, 6 juin 2018, 9 mars 2021, 18 février 2023, 2 mai 2024 et 14 septembre 2024 pour des faits de vol en réunion sans violence, vol à l'étalage et vol simple. Ces faits, dont la récurrence n'est pas contestée, et pour regrettables qu'ils soient, n'ont toutefois donné lieu à aucune condamnation pénale, ni à des poursuites judiciaires. Par ailleurs, il n'est pas contesté que Mme A réside en France depuis quatorze ans, qu'elle est arrivée à l'âge de 15 ans sur le territoire français où elle réside avec son mari, compatriote titulaire d'une carte de séjour, ainsi que ses cinq enfants. La requérante établit en outre également avoir fait l'objet d'hospitalisations régulières entre 2010 et 2023 à l'hôpital Nord de Marseille, et a fait état lors de sa garde à vue du 14 septembre 2024 de problèmes de reins, d'une ablation de la vésicule et d'un pancréas abîmé. Dans ces conditions, les faits précités ne peuvent être considérés, pour l'application du 2° de l'article L. 251-1, comme constituant du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que le préfet ne pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre, pour ce motif, une obligation de quitter le territoire français.

8. Il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an, prises par le préfet du Var le 15 septembre 2024, et d'assignation à résidence dans le département des Bouches-du-Rhône prise par le préfet des Bouches-du-Rhône à la même date, doivent, par voie de conséquence, être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. En vertu des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation des arrêtés attaqués implique que la requérante soit munie d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas, dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

11. Mme A ayant été provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Henry, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Henry de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 15 septembre 2024 par lequel le préfet du Var a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulé.

Article 3 : L'arrêté du 15 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a assigné à résidence Mme A pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 4 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Henry renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, cette dernière versera à Me Henry, avocate de Mme A, une somme de 1 200 (mille deux-cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée par l'Etat à Mme A.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet des Bouches-du-Rhône, au préfet du Var et à Me Henry.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La magistrate désignée

Signé

J. Ollivaux

La greffière

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

N°s 2409518, 2409624

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