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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409668

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409668

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAURENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 24 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Badenes, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas exécutoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation quant au lieu de résidence ;

- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 8 octobre 2024 à 10h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fayard, conseillère,

- les observations de Me Badenes, représentant M. B, présent, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête, en insistant sur le fait que le requérant habite à plus de 300 km du lieu de pointage et qu'il est assigné à résidence dans un département où il ne réside pas.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 9 décembre 1991, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assignée à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

6. Il ressort de la décision attaquée que le préfet des Bouches-du-Rhône a assigné à résidence M. B dans le département des Bouches-du-Rhône et lui a fait obligation de se présenter tous les jours entre 9h et 12h au centre de rétention administrative du Canet à Marseille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B réside dans le département de la Loire. S'il indique dans sa requête vivre avec sa compagne et produit pour cela une attestation d'hébergement, il ressort de ses propres déclarations à la police que celui-ci ne réside chez elle que récemment et qu'il vit habituellement chez sa sœur à Saint-Etienne. Dans ces deux cas et alors qu'il ne ressort nullement des pièces du dossier que le requérant disposerait d'une adresse de résidence dans les Bouches-du-Rhône, son lieu de vacances ne pouvant être pris en compte, sa résidence doit être regardée comme étant fixée dans le département de la Loire. Eu égard à ces éléments, le périmètre dans lequel il a été assigné à résidence ainsi que la fréquence du pointage sont inappropriés par les contraintes excessives que cela implique. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence dans le département des Bouches-du-Rhône est entachée d'une erreur de fait.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence dans le département des Bouches-du-Rhône.

Sur les frais du litige :

8. M. B a été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, Me Badenes, avocat de M. B, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Badenes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Badenes de la somme de 1 200 euros hors taxes.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 22 septembre 2024 portant assignation à résidence est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Badenes, avocat de M. B, une somme de 1 200 (mille-deux cent) euros hors taxes au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Joël Badenes et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. Fayard

Le greffier,

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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