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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409683

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409683

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Colas, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 27 février 2024 par laquelle le préfet des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de regroupement familial, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Hautes-Alpes d'autoriser le regroupement familial demandé dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance, ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Colas au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige dès lors que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- sa demande n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- le maire n'a pas été saisi pour avis ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation de la stabilité de ses ressources dès lors qu'il bénéficie d'un contrat d'apprentissage depuis le mois de novembre 2021 ;

- les revenus de son épouse n'ont pas été pris en compte, en méconnaissance de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie familiale ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2409682 tendant à l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gonneau, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024 tenue en présence de Mme Martinez, greffière d'audience, M. Gonneau a lu son rapport et a entendu les observations de Me Atger, substituant Me Colas pour M. A qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité guinéenne, titulaire d'une carte de résident, a formé le 12 mai 2023 une demande de regroupement familial, enregistrée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 22 août 2023, au bénéfice de son fils, né en 2016 et résidant au Sénégal. Il demande la suspension de l'exécution de la décision du 27 février 2024 par laquelle le préfet des Hautes-Alpes a rejeté cette demande au seul motif que les ressources de M. A ne présenteraient pas un caractère stable.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". Aux termes de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période () ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

4. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que le préfet des Hautes-Alpes a commis une erreur d'appréciation de la stabilité des ressources de M. A, tant au cours de la période de référence qu'à la date de la décision, n'a pas tenu compte des ressources de son épouse et n'a pas pris en compte l'intérêt supérieur de leur enfant sont propres à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

5. Il n'est pas contesté par le préfet des Hautes-Alpes que le fils de M. A, âgé de huit ans est élevé au Sénégal par sa seule grand-mère âgée et que la famille est séparée depuis l'année 2019. Dans ces conditions M. A justifie d'une urgence à ce que la décision en litige soit suspendue.

6. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hautes-Alpes a rejeté la demande de regroupement familial de M. A doit être suspendue.

7. Le juge des référés ne pouvant ordonner une mesure ayant le même effet que celle que l'administration serait tenue de prendre en cas d'annulation de la décision en litige, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hautes-Alpes d'autoriser le regroupement familial demandé doivent être rejetées. En application de l'article L. 911-2, la présente décision implique que le préfet des Hautes-Alpes réexamine la demande de M. A et prenne une nouvelle décision dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une astreinte.

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Colas, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement de la somme de 800 euros à Me Colas.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hautes-Alpes a rejeté la demande de regroupement familial de M. A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes de réexaminer la demande de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve que Me Colas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 800 euros à Me Sandrine Colas, avocate de M. A, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Sandrine Colas et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Alpes.

Le juge des référés,

Signé

P-Y. GONNEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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