jeudi 20 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2409758 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | IBRAHIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024, M. A D, représenté par Me Ibrahim, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas de délai pour quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- sa durée est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 31 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 janvier 2025.
Par une décision du 6 décembre 2024, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant gambien né le 30 décembre 2005, déclare être entré en France en 2020 dans des conditions indéterminées. Après avoir été interpellé par les services de police, il a fait l'objet d'un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 9 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 9 septembre 2024 a été signé par Mme C B, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation, accordée par arrêté du préfet n°13-2024-03-22-00005 du 22 mars 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 13-2024-075 du même jour, à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire, les décisions fixant le pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, il résulte des termes de l'arrêté contesté que le préfet a notamment estimé que M. D ne remplissait pas les conditions pour voir régulariser sa situation administrative par la délivrance d'un titre de séjour de plein droit notamment sur le fondement des articles L. 423-21 à L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant fait valoir que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de son dossier en s'abstenant de tenir compte de la demande de titre de séjour qu'il aurait adressée le 24 juin 2024 à la préfecture des Bouches-du-Rhône, il ne démontre pas en tout état de cause avoir formé une telle demande en se bornant à produire à l'appui de sa requête la copie d'un accusé de réception postal comportant un cachet d'arrivée à la préfecture du 24 juin 2024 sans produire le courrier qui aurait été envoyé à cette date ni même préciser sur quel fondement il aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour, alors que le préfet indique en défense que l'intéressé ne s'est jamais manifesté à cet égard auprès de l'administration. Dans ces conditions le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. D par le préfet doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui soutient sans en justifier être entré en France en octobre 2020, a été confié à l'aide sociale à l'enfance par un jugement de placement en assistance éducative du 24 janvier 2022 renouvelé ultérieurement, qu'il a ensuite fait l'objet d'une ordonnance du juge des enfants du 31 janvier 2024 le faisant bénéficier de la protection " jeune majeur " pour une durée de six mois avec placement en foyer, et qu'il a été inscrit en stage à une formation professionnelle dans les métiers de la cuisine depuis le 28 novembre 2023. Il ne démontre toutefois pas de ce seul fait remplir les conditions de délivrance d'un titre de plein droit sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors notamment qu'il n'établit pas avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans et que le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation ne ressort pas des seules attestations qu'il produit établies par des éducatrices de la protection judiciaire de la jeunesse le 11 septembre 2024. Le requérant n'est dès lors, en toute hypothèse, pas fondé à soutenir qu'il remplissait à la date de l'arrêté en litige les conditions de délivrance d'un titre de séjour prévues par l'article L. 423-22 et ne pouvait pour ce motif faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
6. Par ailleurs, si M. D fait également valoir qu'il devait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale, il n'établit pas l'ancienneté de son séjour en France depuis 2020 et ne conteste pas les éléments relevés par le préfet selon lesquels il est célibataire, sans enfant et ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales en Gambie où réside encore sa famille. L'inscription de l'intéressé à une formation dans les conditions indiquées au point 5 ne peut en outre suffire à démontrer une insertion particulière dans la société française, alors par ailleurs que M. D ne conteste aucunement les éléments produits par le préfet en défense, résultant de constatations opérées par les services de police et de la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales, concernant son implication dans plusieurs faits délictuels de vol en réunion et cession de stupéfiants de 2022 à 2024. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ou une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'il ne remplissait pas les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour " vie privée et familiale " et en édictant à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
8. Pour refuser à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé risquait de se soustraire à la mesure d'éloignement édictée à son encontre, eu égard notamment à ses déclarations hostiles à un retour dans son pays d'origine et à l'absence de garanties de représentation suffisantes alors en particulier qu'il est dépourvu de domicile personnel. Si le requérant produit dans l'instance la copie d'un extrait d'un passeport gambien valable du 17 février 2022 au 17 février 2027, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur les autres éléments indiqués dans l'arrêté, dont le requérant ne démontre pas qu'ils seraient entachés d'erreur de fait. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait, en ne lui accordant aucun délai pour quitter le territoire français, méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que, pour interdire à M. D de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans, le préfet a retenu notamment que l'intéressé ne démontrait pas avoir habituellement résidé en France depuis son entrée alléguée en 2020, qu'il ne justifiait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il était célibataire, sans enfant et enfin qu'il ne justifiait pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. La seule circonstance que le préfet n'ait pas en outre relevé expressément que l'intéressé avait été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance et qu'il était inscrit à une formation professionnelle dans le domaine de la cuisine ne saurait démontrer qu'il a entaché la décision d'interdiction de retour d'un défaut d'examen de la situation du requérant.
11. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il n'a jamais fait l'objet précédemment d'une mesure d'éloignement et qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public, M. D ne démontre ni que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans serait disproportionnée, ni que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou entaché sa décision d'erreur d'appréciation eu égard à l'ensemble des circonstances caractérisant la durée et les conditions de son séjour en France.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris en ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Sophie Ibrahim et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Hameline, présidente,
- Mme Le Mestric, première conseillère,
- Mme Fabre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
F. Le MestricLa présidente-rapporteure,
signé
M-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026