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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409801

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409801

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 septembre et 10 et 14 octobre 2024, la Ligue des droits de l'Homme, représentée par Me Ogier et Me Crusoé, demande au tribunal :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 septembre 2024 par laquelle le conseil d'administration de l'association " Arles associations " a refusé le prêt d'une salle pour la diffusion du film " Béziers ; l'envers du décor ", ainsi que la reproduction de prospectus ;

2°) de mettre à la charge de l'association " maison de la vie associative " d'Arles la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente ;

- la condition d'urgence est établie dès lors que le refus de mettre à disposition une salle conforme à ses attentes constitue une atteinte à la liberté de réunion ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, du fait en particulier de l'illégalité du règlement de la Maison de la vie associative d'Arles, sur lequel elle est fondée, ou, à titre subsidiaire, du fait de l'insuffisance de motivation de la décision contestée et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le conseil d'administration de la maison de la vie associative en considérant que la section locale de la Ligue des droits de l'Homme était une association politique, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit dans le refus de mise à disposition d'une salle pour l'organisation d'un ciné-débat et de la rupture d'égalité entre les usagers du service public ; le conseil d'administration de l'association " Arles associations " était irrégulièrement composé lors de la séance du 9 septembre 2024 et la décision est entachée d'incompétence de son auteur et a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7, 11 et 14 octobre 2024, la commune d'Arles, représentée par Me Pontier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la Ligue des droits de l'Homme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente, dès lors que la décision a été prise par une association, personne de droit privé, qui n'est pas gestionnaire d'un service public et concernant un immeuble du domaine privé communal ;

- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas satisfaite, alors d'une part qu'elle ne résulte que de l'action de la requérante et d'autre part et en particulier qu'elle a accepté de mettre à la disposition de la Ligue des droits de l'Homme les salles Jean et Pons Dedieu ou Saint Césaire le vendredi 25 octobre 2024 de 18h à 21h30 afin d'y organiser la projection du film envisagé ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 et 10 octobre 2024, l'association " Arles associations ", représentée par Me Dat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la Ligue des droits de l'Homme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur une demande de reprographie chez un acteur privé ;

- elle n'est pas en charge de la gestion d'un service public administratif ni de biens du domaine public ;

- il n'est pas établi qu'une requête au fond aurait été enregistrée ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 26 septembre 2024 sous le n° 2409800 par laquelle la Ligue des droits de l'Homme demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

La Ligue des droits des l'Homme et l'association " Arles associations " ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Romelli, greffière d'audience, le 11 octobre 2024, à 11 heures, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Ogier pour la Ligue des droits de l'Homme, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens et redirige ses conclusions contre l'association " Arles associations " ;

- celles de Me Ndiaye, substituant Me Dat pour l'association " Arles associations " ;

- et celles de Me Durand pour la commune d'Arles.

La clôture de l'instruction a été différée, lors de l'audience, au lundi 14 octobre 2024 à 12 heures, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, puis au 14 octobre 2024 à 14h00 par un courrier du même jour.

Considérant ce qui suit :

1. La Ligue des droits de l'Homme a sollicité, par courriel du 16 juillet 2024 auprès de l'association " Arles associations ", gestionnaire de la " maison de la vie associative " d'Arles, la mise à disposition de salles destinées à l'accueil du public pour l'organisation de deux " ciné-débats " les 10 et 25 octobre 2024 et deux " rencontres-débats " les 8 et 29 novembre 2024, ainsi que la reprographie du programme des activités de l'automne 2024. Par un courriel du 9 septembre 2024, l'association " Arles Associations " a informé la Ligue des droits de l'Homme de ce que " le conseil d'administration du lundi 9 septembre 2024 s'est prononcé à la majorité contre l'impression et contre la tenue dans nos locaux de l'activité prévue dans son programme de l'automne 2024 ". La Ligue des droits de l'Homme demande la suspension des décisions de l'association " Arles associations " du 9 septembre 2024 refusant de lui mettre à disposition l'auditorium de la maison de la vie associative pour le ciné-débat prévu pour la diffusion du film " Béziers ; l'envers du décor " le 25 octobre suivant, ainsi que la reproduction de prospectus de présentation du programme de l'automne 2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative () fait l'objet d'une requête en annulation (), le juge des référés () peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision () lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

Sur les conclusions à fin de suspension des décisions en litige :

3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés est appelé à se prononcer.

4. D'une part, le refus opposé par l'association " Arles associations " à la demande de la Ligue des droits de l'Homme du 16 juillet 2024 tendant à la réalisation de travaux de reprographie de prospectus détaillant la programmation des projections et conférences pour l'automne 2024 ne présente pas, compte tenu de la possibilité pour la requérante de solliciter des entreprises de reprographie dans l'intervalle, même à titre onéreux, un caractère d'urgence de nature à justifier la suspension de la décision en litige.

5. D'autre part, il est constant que le refus de l'association " Arles associations " de mettre l'auditorium de la maison de la vie associative à la disposition de la Ligue des droits de l'Homme ne porte que sur la date du 25 octobre 2024 correspondant à la projection du documentaire " Béziers ; l'envers du décor ", suivie d'un débat. Pour soutenir que l'urgence est caractérisée au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la Ligue des droits de l'Homme expose que la salle Jean et Pons Dedieu et la salle 3 de l'espace Saint Césaire, que la commune d'Arles a proposé de lui mettre à disposition pour la projection du film envisagé et pour la date convenue, et qu'elle avait initialement accepté pour la première, ne sont pas adaptées à la projection d'un film. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces salles ont une capacité suffisante au regard de la fréquentation attendue entre 35 et 80 personnes, qu'un agent technique de la commune peut également être mobilisé pour assister l'association dans la mise en place de la salle et qu'un micro filaire, une sonorisation et un écran sont à disposition dans la salle Jean et Pons Dedieu. Par ailleurs, si la commune d'Arles expose effectivement qu'aucun vidéoprojecteur n'est fourni lors du prêt de salle, il ne résulte pas de l'instruction que la Ligue des droits de l'Homme ne pourrait pas se procurer le matériel nécessaire d'ici la projection du film le 25 octobre 2024. En outre, les critiques formulées par la Ligue des droits de l'Homme relatives aux salles proposées, tenant à l'inaccessibilité aux personnes à mobilité réduite, à l'absence d'obscurité complète, aux bruits de la voie publique jouxtant les salles, ne sont pas de nature à regarder les salles proposées par la commune d'Arles comme étant inadaptées à l'organisation du ciné-débat programmé, et ce alors même que les précédents évènements qui y ont été organisés par la Ligue des droits de l'Homme étaient exclusivement des débats. Dans ces conditions, la Ligue des droits de l'Homme ne justifie pas que l'organisation du ciné-débat programmé le 25 octobre 2024 ne pourrait se tenir dans de bonnes conditions dans les salles proposées par la commune d'Arles, en particulier dans la salle Jean et Pons Dedieu dont elle avait accepté le prêt en signant une convention de mise à disposition ponctuelle le 9 octobre 2024 pour le 25 octobre suivant, et dont il n'est pas contesté que la commune d'Arles continue de la mettre à la disposition de la requérante pour cette même date. La condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut ainsi être regardée comme satisfaite à la date de la présente ordonnance.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative et sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la Ligue des droits de l'Homme n'est pas fondée à demander la suspension des décisions de l'association " Arles associations " du 9 septembre 2024 portant refus de lui accorder la mise à disposition d'une salle pour la projection d'un film suivi d'un débat le 25 octobre 2024 et de procéder à la reprographie de son programme d'actions de l'automne 2024.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre l'association " Arles associations ", qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la commune d'Arles et l'association " Arles associations " présentent au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la Ligue des droits de l'Homme est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'association " Arles associations " et par la commune d'Arles en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la Ligue des droits de l'Homme, à la commune d'Arles et à l'association " Arles associations ".

Fait à Marseille, 16 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

A. A

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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