vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2409906 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | VINCENSINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Vincensini, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre les décisions contestées ;
3°) d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français du 28 septembre 2024 par laquelle le préfet de Vaucluse, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination ;
4°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour adressée le 20 septembre 2024 ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, son conseil s'engageant, dans ce cas, à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;
6°) d'être assisté d'un avocat commis d'office ainsi que d'un interprète en langue arabe.
Il soutient que :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation, notamment eu égard à plusieurs erreurs sur la matérialité des faits sur sa situation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne se prononce pas sur sa demande d'admission au séjour ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Sur la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, le préfet de
Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Marseille a désigné M. Secchi pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 octobre 2024 :
- le rapport de M. Secchi, qui, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, a informé les parties de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision implicite de refus de séjour dès lors qu'une telle décision n'est pas encore née au moment où le juge statue ;
- les observations de Me Vincensini, avocat commis d'office de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui fait valoir ses observations relatives au moyen d'ordre public soulevé par le tribunal ;
- les observations de M. C, assisté de Mme B en qualité d'interprète en langue arabe ;
- le préfet de Vaucluse n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant marocain né le 2 janvier 1973, a fait l'objet le 28 septembre 2024 d'un arrêté par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de l'éloignement. M. C sollicite, par sa demande, l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la communication par l'administration de l'ensemble des pièces sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre les décisions contestées :
4. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondé le préfet de Vaucluse pour prendre les décisions contestées.
Sur la recevabilité :
5. Aux termes d'une part de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". D'autre part, aux termes de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".
6. Même à supposer que M. C aurait déposé une demande de titre de séjour en préfecture de Vaucluse le 20 septembre 2024, ce que le préfet conteste en défense puisqu'il fait valoir qu'après vérification il n'a jamais reçu une telle demande, aucune décision implicite de rejet n'a en tout état de cause pu naître, ni à la date de l'obligation de quitter le territoire en litige, ni au jour de la présente audience. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour sont sans objet et doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
7. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé pour le préfet de Vaucluse par Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture, qui disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral du 4 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer tout arrêté relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la mesure d'éloignement en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de son auteur manque en fait et doit, par suite, être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
9. L'arrêté du 28 septembre 2024 vise la réglementation applicable à la situation de M. C, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la circonstance que bien que le requérant ait bénéficié de plusieurs titres de séjour entre les années 1998 et 2020, ce dernier ne justifie pas disposer depuis l'année 2020 d'un titre de séjour en cours de validité, qu'il est célibataire et sans enfant. Dans ces conditions, toutes les décisions que comportent l'arrêté en litige sont suffisamment motivées au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En dernier lieu, contrairement à ce que soutient M. C, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté litigieux, que le préfet de
Vaucluse, qui n'est pas tenu de faire figurer l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles il a fondé sa décision, aurait omis de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle. La décision en litige ne comportant ainsi aucune erreur sur la matérialité des faits.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
11. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
12. Ainsi qu'il a été dit au point 6, le requérant ne démontre pas avoir déposé une demande de titre de séjour par la seule production d'une attestation d'envoi d'un courrier en recommandé, dont il ne produit pas de copie au dossier, adressé à la préfecture de Vaucluse, et alors que le préfet conteste avoir reçu une telle demande. Au demeurant, le requérant se maintient en situation irrégulière depuis l'expiration de son précédent titre de séjour le 29 avril 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est inopérant et doit être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
14. Si M. C soutient qu'il est entré en France dès l'année 1988 et qu'il s'y maintient depuis, il ne produit aucun élément au soutient de ses affirmations, hormis la copie d'une carte de résident expirée depuis plus de quatre ans et ne revendique aucune famille, aucun emploi ni lien social. Il n'est dans ses conditions, pas fondé à soutenir que le préfet de Vaucluse aurait méconnu les dispositions précitées ou qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
16. M. C, âgé de 51 ans à la date de la décision en litige, ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ :
17. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 du même code prévoit : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 3° L'étranger, s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () notamment parce qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ()".
18. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à M. C un délai de départ volontaire, le préfet de Vaucluse a notamment retenu que l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire depuis de nombreuses années, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes et que son comportement représente une menace pour l'ordre public. Si le requérant soutient pourtant que sa vie se situe en France depuis plusieurs années, il ne l'établit pas, alors que les pièces du dossier démontrent au contraire qu'il est célibataire, sans enfant, qu'il ne justifie d'aucun domicile permanent, l'élection de domicile auprès de l'association RHESO étant à cet égard insuffisante, et qu'il se maintient en situation irrégulière depuis plus de quatre années sur le territoire national. Dès lors, entrant notamment dans le champ des dispositions du 3° de l'article L. 612-3 précité, le risque de fuite de M. C est établi. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A C et au préfet de Vaucluse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
L. Secchi
La greffière,
Signé
S. Boislard
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour une expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026