jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2409943 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL ANDREANI-HUMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er et 17 octobre 2024, la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des effets de l'arrêté du 16 août 2024 par lequel le maire de la commune d'Aix-en-Provence s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 13 001 24J0449 en vue de l'installation d'équipements de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé Centre commercial Aix Casino, 210 avenue de Bredasque ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au maire de cette commune de lui délivrer une décision de non-opposition dans le délai d'un mois courant à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard,
3°) à titre subsidiaire, de réinstruire la demande et d'y statuer dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est caractérisée car elles participent à une mission d'intérêt général et doivent, pour assurer la continuité du service public auquel elles participent, maintenir, adapter et développer les installations du réseau ;
- la décision de la commune porte atteinte aux obligations imposées par l'autorisation dont elles bénéficient et à la continuité du service public des télécommunications ;
- en l'espèce, la société Bouygues Télécom se trouve confrontée à une saturation de la couverture sur la zone concernée et à des trous de couverture que les équipements projetés permettront de résoudre ;
- la décision lui cause un préjudice suffisamment grave et immédiat pour que la condition d'urgence soit regardée comma satisfaite.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la décision est insuffisamment motivée en contrariété avec les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la commune soutient à tort que le projet méconnaîtrait l'article UM11 du règlement du plan local d'urbanisme car l'implantation du projet est prévue sur le parking d'un vaste centre commercial, entouré d'un espace densément urbanisé constitué d'immeubles de haute taille et de divers équipements urbains, commerciaux, industriels et sportifs, qui n'est pas caractérisé par une singularité ou une sensibilité qui en serait affectée et qui n'est grevé d'aucune protection patrimoniale particulière, de sorte que la commune a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le parking destiné à accueillir le projet est d'ailleurs déjà équipé de nombreux pylônes d'éclairage de haute taille ;
- elle a prévu des modalités spécifiques d'intégration afin de favoriser la bonne insertion du projet dans son environnement puisqu'elle a fait le choix d'un pylône de type monotube qui permet de dissimuler les antennes, dont elle a limité à la hauteur à 25 mètres, et que la jurisprudence s'accorde à considérer comme constituant un élément de traitement paysager particulier ;
- elle a également entaché son analyse d'une erreur de droit en ne respectant pas la méthode et les prescriptions découlant de l'article UM11, elles-mêmes reprises de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- le motif invoqué par la commune par voie de substitution, tiré de la méconnaissance de l'article UM6 du règlement du plan local d'urbanisme n'est pas fondé, dès lors que l'article 8 des dispositions générales ne requiert pas la justification par le pétitionnaire de la nécessité technique d'une implantation dérogatoire, que les éléments de justifications réclamés a postériori ne figurent pas parmi les pièces limitativement énumérés à l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, que la commune n'a pas sollicité de précisions pendant l'instruction du dossier, que les impératifs techniques d'une implantation dérogatoire des équipements se déduisent des caractéristiques propres de l'ouvrage projeté, l'opérateur devant déterminer un emplacement en fonction de contraintes de couverture.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andreani, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des sociétés requérantes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le moyen invoqué par les requérantes n'est de nature à faire naître un doute sur la légalité de la décision contestée ;
- elle sollicite une substitution de motif en ce que le projet méconnaît l'article UM6 du règlement du plan local d'urbanisme, car l'emplacement projeté est situé à proximité immédiate de la voie publique sans que cette circonstance soit justifiée et rendue nécessaire par les caractéristiques techniques de l'antenne-relais.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la requête en annulation enregistrée sous le n° 2409530.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus lors de l'audience publique du 17 octobre 2024, qui s'est tenue en présence de M. Brémond greffier d'audience :
- le rapport de Mme Hogedez ;
- les observations de Me Hamri, représentant la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France ;
- et celles de Me Tosi représentant la commune d'Aix-en-Provence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il résulte de l'instruction que le 12 avril 2024, la société Cellnex France a déposé, auprès des services de la commune d'Aix-en-Provence et pour le compte de la société Bouygues Télécom, une déclaration préalable en vue de l'installation d'équipements de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé Centre commercial casino, 210 avenue de Bredasque. Par un arrêté du 16 août 2024 dont les sociétés requérantes demandent la suspension de l'exécution des effets, la commune s'est opposée au projet déclaré au motif qu'il n'est pas conforme à l'article UM 11 du plan local d'urbanisme communal dès lors qu'il ne s'intègre pas harmonieusement dans les perspectives de l'urbanisation existante, de par la hauteur émergente du pylône et son positionnement dans le prolongement d'une ligne droite construite de part et d'autre d'immeubles à usage de logements.
Sur l'urgence :
4. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Les sociétés requérantes établissent, par la production de cartes de couverture réseau, que la partie de territoire sur laquelle l'installation contestée doit être implantée n'est couverte par les réseaux de la société requérante que de manière imparfaite. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et à l'objet même de la décision attaquée qui fait obstacle à la réalisation de travaux destinés au renforcement du réseau, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie, sans que puisse utilement y faire obstacle la circonstance que la présente requête en référé a été présentée trois mois après la notification de l'arrêté en litige.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en cause :
6. En l'espèce, le moyen tiré de l'illégalité du motif opposé par la commune d'Aix-en-Provence, résumé au point 3 et tiré de la méconnaissance de l'article UM11 du plan local d'urbanisme, est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté.
Sur la demande de substitution de motif :
7. L'administration peut faire valoir, devant le juge des référés, que la décision dont il est demandé la suspension de l'exécution, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge des référés, après avoir mis à même l'auteur de la requête, dans des conditions adaptées à l'urgence qui caractérise la procédure de référé, de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher s'il ressort à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif est susceptible de fonder légalement la décision et que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative et à condition que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge des référés peut procéder à cette substitution pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension qui lui est demandée.
8. En l'espèce, la commune d'Aix-en-Provence fait valoir qu'elle aurait pu légalement s'opposer à la déclaration préalable des société requérantes au motif tiré de la méconnaissance de l'article UM6 du règlement de son plan local d'urbanisme, lequel commande l'implantation des constructions par rapport aux emprises publiques et aux voies ouvertes à la circulation publique et prescrit que la distance comptée horizontalement de tout point de cette construction au point de la limite existante ou future de ces voies ou emprises publiques doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans être inférieure à cinq mètres. Ces dispositions, qui en l'état de l'instruction apparaissent opérantes pour le cas d'espèce, s'accompagnent d'une possible dérogation pour les constructions et installations nécessaires aux services publics et dont les conditions sont précisées à l'article 8 des dispositions générales du règlement du plan. Il y est ainsi précisé que la dérogation pourra être accordée en raison des caractéristiques techniques ou des besoins en fonctionnement dus à leur nature, leur usage ou leur fonctionnement.
9. En l'état de l'instruction, les sociétés requérantes n'apparaissent pas fondées à soutenir que le motif dont la substitution est demandée par la commune ne peut constituer le fondement juridique de la décision qu'elles contestent. Il y a donc lieu d'accueillir la substitution de motif demandée par la commune.
10. Il y a ainsi lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension, et par suite aux fins d'injonction, présentées par les sociétés requérantes.
Sur les frais d'instance :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge de chacune des parties les frais engagés par elles pour les besoins de l'instance et, donc, de rejeter leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Bouygues Télécom et de la société Cellnex France est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Aix-en-Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France et à la commune d'Aix-en-Provence.
Fait à Marseille, le 24 octobre 2024
La présidente de la 2ème chambre,
juge des référés,
signé
I. Hogedez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026