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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2410165

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2410165

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2410165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOULAHBAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 17 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Candon, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 27 septembre 2024 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son transfert aux autorités bulgares et l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991.

Il soutient que :

- les arrêtés contestés viole l'article L. 122-1 du code des relations entre l'administration et le public ;

- la décision portant remise aux autorités bulgares viole les articles 4.2 et 5 du règlement UE n°604-2013 du 26 juin 2013 ainsi que l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les article 21 et 22 du même règlement ;

- elle viole l'article 12.4 du même règlement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole l'article L. 572-3 du même code et l'article 3-2 alinéa 2 du même règlement ;

- elle viole l'article 3 de la même convention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Candon et de M. A, assistée de Mme C, interprète en langue turque.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A ressortissant turc né le 1er janvier 2001, entré irrégulièrement en France le 23 août 2024, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 27 septembre 2024 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son transfert aux autorités bulgares et l'a assigné à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas

d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 que, par dérogation au principe posé à l'article 3 du même règlement, " chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". Le point 17 du préambule du même règlement indique que : " Il importe que tout État membre puisse déroger aux critères de responsabilité, notamment pour des motifs humanitaires et de compassion, afin de permettre le rapprochement de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent et examiner une demande de protection internationale introduite sur son territoire ou sur le territoire d'un autre État membre, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères obligatoires fixés dans le présent règlement". La faculté de faire application de la clause dérogatoire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 constitue donc un pouvoir discrétionnaire de l'administration et est par suite soumis à un contrôle restreint du juge administratif.

5. M. A soutient que l'autorité administrative doit prendre en considération sa situation personnelle, dès lors qu'il a retrouvé en France des membres de sa famille, en particulier sa sœur, cinq oncles et une tante, se trouvant en situation régulière sur le territoire français au titre de l'asile. Lors de l'audience devant le tribunal administratif, il a également fait valoir oralement l'existence de ses liens avec les personnes présentées comme des membres de sa famille, présents à l'audience. Il verse au dossier un document d'état-civil de nature à corroborer le contenu des attestations produites par les membres de sa famille. Dans ces conditions, M. A qui indique, sans être contesté, n'être jamais passé par la Bulgarie où il n'a aucune attache familiale ou amicale, est fondé à soutenir, compte tenu notamment de son très jeune âge, que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en édictant la mesure de transfert contestée.

6. Il résulte de tout ce qui précède sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de transfert aux autorités bulgares. L'annulation de cette décision implique nécessairement l'annulation de la décision portant assignation à résidence du même jour.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros qui sera versée à Me Candon, conseil de M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour lui de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros sera versée à ce dernier.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 27 septembre 2024 sont annulés.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Candon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'État versera à Me Candon, avocat de M. A, une somme de 1000 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros sera versée à ce dernier.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

F. D

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef

Le greffier

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