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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2410177

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2410177

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2410177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAPDEFOSSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2024, M. A B, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer refusant son admission sur le territoire français au titre de l'asile ;

3°) d'enjoindre en application du dernier alinéa de l'article L.352-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers la fin des mesures de privation de liberté et la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une atteinte à la confidentialité des éléments d'une demande d'asile ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure au regard des conditions matérielles inappropriées pour la réalisation de l'entretien ;

- la décision est viciée au motif de l'impossibilité d'exercer son droit à la présence d'un tiers ;

- la décision est viciée au motif du recours à une visioconférence portant atteinte aux droits de la défense ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa demande d'asile ne pouvait être rejetée en examinant le caractère " manifestement infondée " de cette même demande au regard de sa crédibilité ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, les faits rapportés par M. B n'étant ni incohérents, ni inconsistants, ni trop généraux ;

- la décision est entachée d'une méconnaissance de l'article L.352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers faute de prise en compte de sa vulnérabilité alors qu'il est demandeur d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée qui fixe le pays de renvoi a été prise en violation de l'article 33 de la Convention de Genève de 1951 en méconnaissance du principe de non-refoulement et de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle fixe la Grèce comme pays de renvoi alors qu'il ne dispose pas d'un droit au séjour dans ce pays, et que cet Etat ne manquera pas de le renvoyer vers la Syrie, ce qui aura donc pour conséquence une violation de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, voire de l'article 2.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le ministre de l'intérieur et des Outre-Mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Capdefosse pour M. B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans sa requête, et fait valoir en outre que son client n'a pas pu être examiné par un médecin en dépit de ses demandes ; que la durée de l'entretien, ainsi que ses conditions matérielles, n'ont pas permis de retranscrire la réalité de la situation de M. B en Syrie dès lors qu'il ne pouvait que répondre à des questions très cadrées ; que son client ne pouvait fournir les justificatifs nécessaires dès lors qu'il se trouvait retenu en zone d'attente ; que le ministre a interprété la transcription de l'entretien de manière erronée dès lors que ce dernier ne révèle aucune incohérence ; qu'il n'est pas contradictoire que M. B ait été étudiant tout en aidant ponctuellement ses parents dans les champs ou à l'atelier de son père ; qu'il précise les menaces dont il a été victime ; qu'il décrit précisément les départs successifs pour fuir la Syrie ainsi que la situation de sa famille, qu'il justifie des risques encourus en décrivant son arrestation, et les mauvais traitements subis à la suite de son arrestation, lors d'une sortie un jour de prière ; que sa région d'origine est encore une zone de conflit ; que ses propos ne sont ni évasifs, ni convenus, ainsi qu'en attestent les éléments d'explications rapportés à l'audience ; que seule une procédure normale d'examen de sa demande d'asile, avec un entretien en présentiel, qui lui laisserait le temps de s'expliquer, permettra d'établir la véracité de son récit ;

- et celles de M. B qui retrace son parcours d'exil pour arriver en France, qui souligne que sa vie est en danger car il a peur d'être contraint à rejoindre les rangs de Daech, et enfin qu'il a une sœur régulièrement installée aux Pays-Bas, et une sœur régulièrement installée en Allemagne ;

- le ministre n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant syrien, est arrivé le 25 septembre 2024 à l'aéroport Marseille-Provence, en provenance de Grèce. Le service de la police aux frontières a refusé son entrée sur le territoire français le 25 septembre 2024 au motif qu'il avait présenté une carte nationale d'identité française falsifiée. Placé en zone d'attente il a sollicité l'asile le 27 septembre 2024. L'office français pour les réfugiés et apatrides a émis un avis de non-admission le 1er octobre 2024 consécutivement à l'audition de l'intéressé. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le ministre de l'Intérieur a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile et fixé le pays de renvoi.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. B que le requérant craint pour sa vie en cas de retour en Syrie, en raison de son refus de s'engager dans l'armée syrienne, ou aux cotés de l'Etat islamique.

6. Si le récit de M. B n'est pas exempte d'imprécision, les débats menés à l'audience, et les observations de l'avocate de M. B, font apparaître un récit cohérent, notamment sur les risques encourus en cas de désertion, et la crainte d'un enrôlement forcé dans l'armée syrienne. Par suite, contrairement à ce que fait valoir le ministre de l'intérieur et des outre-mer, les déclarations de M. B ne sont pas dépourvues de toute crédibilité. Par suite, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en considérant que la demande d'asile présentée par M. B est manifestement infondée, a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 1er octobre 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Le présent jugement, qui annule la décision querellée du ministre de l'intérieur et des outre-mer, implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une autorisation provisoire au titre de l'asile dans un délai d'un mois à compter de sa notification.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement, qui annule la décision querellée du ministre de l'intérieur, implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une autorisation provisoire au titre de l'asile dans un délai d'un mois à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, de mettre à la charge de l'État, dans les circonstances de l'espèce, le versement de la somme de 1 200 euros à Me Capdefosse, avocat de M. B, sous réserve que Me Capdefosse confirme renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 1er octobre 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer refusant l'admission de M. B sur le territoire français au titre de l'asile est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une autorisation provisoire au titre de l'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Capdefosse la somme de 1 200 euros sous réserve que cette dernière confirme renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Capdefosse et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré le 10 octobre 2024 et lu en audience publique le même jour.

La magistrate désignée

Signé

S. C La greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2410177

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