mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2410217 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ATGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, Mme A C, représentée par Me Atger, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 juillet 2024, notifié le 5 juillet suivant, du préfet des Bouches-du-Rhône portant refus de renouvellement de son titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Atger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour et que l'arrêté litigieux, en la plaçant en situation irrégulière, l'empêche de justifier de la régularité de son séjour alors qu'elle est mère de trois enfants en bas âge, dont deux sont malades, et que démunie de son autorisation de travail, elle ne peut ni poursuivre son insertion professionnelle ni percevoir les aides sociales ;
- la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté est également satisfaite, dès lors que :
* il est insuffisamment motivé ;
* le refus de renouvellement de titre de séjour est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France, en l'état d'une procédure pénale en cours, et d'une erreur manifeste d'appréciation à ce titre ;
* il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code et d'une erreur manifeste d'appréciation à cet autre titre ;
* il viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
* il contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à cet autre titre ;
* la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et que la requérante ne fait état d'aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2410215 tendant à l'annulation de l'arrêté en litige.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers en France ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné Mme D, vice-présidente, pour statuer en tant que juge des référés.
Au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 tenue en présence de Mme Boyé, greffière d'audience, Mme D a lu son rapport et a entendu les observations de Me Clerc, substituant Me Atger, représentant Mme C, qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, et celles de Mme B pour le préfet des Bouches-du-Rhône, qui a repris les termes du mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice
administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans les cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, de nationalité nigériane, née le 5 avril 1996, s'est vue délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 15 février 2021 au 14 février 2022 en qualité d'étranger victime de la traite des êtres humains, dont elle a demandé le renouvellement. S'agissant d'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour, alors que la requérante se trouve depuis la notification de l'arrêté contesté en situation irrégulière, et que le préfet des Bouches-du-Rhône ne fait état d'aucune circonstance susceptible de faire échec à la présomption mentionnée au point précédent, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :
4. Un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.
5. L'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ".
6. Il résulte de ces dispositions que pendant toute la durée de la procédure pénale, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an est, sous réserve que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, délivrée de plein droit au ressortissant étranger qui a déposé plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre l'infraction de traite des êtres humains visée à l'article 225-4-1 du code pénal.
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a déposé plainte le 15 avril 2019 pour des faits de traite des êtres humains et de proxénétisme. Si le préfet indique que cette plainte a été classée sans suite, ce n'est que le 9 juillet 2024 que le conseil de la requérante a reçu via la messagerie sécurisée " RPVA-PLEX " un avis de classement sans suite, classement que Mme C a au demeurant contesté devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence le 4 octobre 2024. Par suite, la procédure pénale ne peut être regardée comme étant achevée le 2 juillet 2024, date à laquelle la mesure de refus de renouvellement de titre de séjour et d'éloignement a été prise.
8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré par Mme C de l'erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.
9. Il résulte de ce qui précède que, les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, Mme C est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 2 juillet 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. La présente décision implique seulement que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à la requérante, dans l'attente du jugement de l'affaire au fond, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans le délai de sept jours suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme à Me Atger en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 2 juillet 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône est suspendue jusqu'au jugement de l'affaire au fond.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de munir Mme C, jusqu'au jugement de l'affaire au fond, d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, au ministre de l'intérieur et à Me Atger.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille.
Fait à Marseille, le 23 octobre 2024.
La juge des référés,
signé
K. D
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026