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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2410227

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2410227

vendredi 28 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2410227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 3 octobre 2024 et le 14 janvier 2025, Mme B A épouse C, représentée par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivée ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation conduisant à une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lopa Dufrénot.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C, ressortissante nigériane née le 31 juillet 1969, a sollicité le 2 janvier 2024 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Cette demande a fait l'objet d'un arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Mme A épouse C demande l'annulation de cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces à la fois nombreuses et diversifiées versées au dossier, constituées de pièces médicales et de documents administratifs, que Mme A épouse C, entrée en France au cours du mois de janvier 2020, y réside depuis lors et présente ainsi une durée de résidence habituelle de près de cinq ans à la date de l'arrêté contesté. Si elle dispose de fortes attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses trois enfants majeurs, la requérante peut toutefois se prévaloir de la présence régulière en France de son époux, M. E, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 16 février 2027 en sa qualité d'étranger malade. Contrairement à ce que fait valoir le préfet, la communauté de vie des époux C ressort des pièces produites, tels que les éléments de la procédure d'asile de la requérante dans laquelle elle a toujours fait état de son union avec M. C, les déclarations d'impôt 2022, 2023 et 2024, aux noms des deux conjoints ou séparément mais à la même adresse de domiciliation, les autorisations accordées par les hôpitaux universitaires permettant à la requérante de rendre visite à son époux hospitalisé et, enfin, l'attestation du 2 octobre 2024 par laquelle la directrice de l'association Groupe Sos Solidarités certifie que la requérante et son époux sont hébergés depuis le 30 mars 2021 dans l'appartement de coordination thérapeutique géré par l'association. En outre, alors que M. C souffre d'un diabète insulino-dépendant, la requérante produit plusieurs certificats médicaux attestant de sa qualité de principale aidante aux côtés de son époux et de la nécessité de sa présence quotidienne. Ainsi, dans un certificat médical du 1er décembre 2022, un médecin de l'hôpital de la Conception à Marseille certifie que M. C " présente un diabète insulinodépendant et justifie d'un besoin permanent d'insuline dans le cadre de son traitement. Son épouse, Madame B A épouse C est sa principale aidante. Elle l'aide pour les actes de la vie quotidienne dans le cadre de son alimentation ainsi que pour son traitement par insuline. Sa présence auprès de M. C D est donc très importante pour ce monsieur ". Dans un autre certificat du 27 septembre 2023, un médecin généraliste précise que M. C " vient obligatoirement accompagné de Mme C B A pour l'aider dans les actes de la vie quotidienne ". Enfin, par un certificat médical du 8 novembre 2023, un médecin de l'hôpital Européen atteste que l'état de santé de M. C " nécessite une rééducation et une surveillance post-opératoire importante dans le cadre de sa chirurgie ALD 100% non stabilisée nécessitant la présence de son épouse Madame B A épouse C à ses côtés ". Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la communauté de vie des intéressés, dont la réalité, la consistance et l'ancienneté sont établies, la décision par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'admettre la requérante au séjour a porté au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs pour lesquels elle a été prise.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A épouse C est fondée à demander l'annulation de la décision du 27 août 2024 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, de celles prises à la même date lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu et par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à Mme A épouse C une carte de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A épouse C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gilbert, avocate de Mme A épouse C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 200 euros au titre des dispositions susvisées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 27 août 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à Mme A épouse C une carte de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Gilbert la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gilbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Gilbert.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2025.

La présidente-rapporteure,

signé

M. LOPA DUFRENOT L'assesseure la plus ancienne,

signé

A. NIQUET

Le greffier,

signé

P. GIRAUD

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

Le greffier

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