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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2410479

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2410479

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2410479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantROGLIANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 21 octobre 2024, M. B C, représenté par Me Rogliano, demande au tribunal :

1°) avant dire droit, que son dossier soit mis à disposition par la préfecture ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler la décision du 12 octobre 2024 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de deux ans et l'a inscrit au fichier d'information Schengen (SIS) pour la durée de cette interdiction ;

4°) d'annuler son inscription au fichier SIS ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision attaquée était incompétent ;

- la décision lui interdisant de retourner sur le territoire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne prend pas en compte les critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors que son inscription dans le fichier SIS l'empêche de regagner l'Espagne où il a effectué des démarches en vue de régulariser sa situation administrative ;

Par un mémoire en défense, enregistrés le 19 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delzangles pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delzangles, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Rogliano, représentant M. C :

. Me Rogliano ajoute à la requête des conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire et soutient que celle-ci serait entachée d'une erreur d'appréciation eu égard, d'une part, aux garanties d'hébergement dont se prévaut le requérant et, d'autre part, à l'état de santé de celui-ci ;

. Me Rogliano indique abandonner le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant interdiction de retourner sur le territoire pour une durée de deux ans ;

- en présence de M. C, assisté de Mme A, interprète en langue arabe.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, demande au tribunal d'annuler les décisions du 12 octobre 2024 par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de deux ans.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner à l'administration la communication de l'entier dossier de M. C. De telles conclusions doivent, par suite, être rejetées.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique () ". Aux termes de l'article 20 de cette même loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

6. Pour prendre la décision attaquée, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur les circonstances selon lesquelles le requérant ne dispose pas de titre de séjour en cours de validité et qu'il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, muni du visa normalement requis conformément à l'accord Franco-Algérien du 27 décembre 1968. Si durant l'audience publique, le requérant soutient d'une part, qu'il présente des garanties d'hébergement à sa sortie du centre de rétention et, d'autre part, qu'il souffre de douleurs épigastriques intenses ayant entrainé une consultation aux urgences de l'hôpital de la Timone le 7 septembre 2024, ces éléments ne sont pas de nature à entacher la décision attaquée d'une erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet des Bouches-du-Rhône a bien examiné les différents critères de l'article L. 612-10, et mentionne notamment, l'entrée récente sur le territoire du requérant, l'absence d'intensité de ses liens avec la France et l'absence d'attaches familiales en France sur laquelle il se fonde. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français, et a, par suite, respecté les exigences des textes précités.

11. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées au point 8 que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. L'intéressé ne se prévaut d'aucune circonstance présentant un caractère humanitaire et faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le préfet a légalement assorti la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressé d'une telle interdiction. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de M. C, le préfet s'est prononcé sur les critères exigés par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 612-10 du code doit donc être écarté.

13. En troisième lieu, le requérant, qui allègue être en France depuis octobre 2023, ne justifie pas d'attaches, familiales ou autres, qui lui donneraient vocation à y revenir. Compte tenu de ce qui précède, et même si l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu légalement prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation.

14. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour en litige " [l]'empêche de regagner l'Espagne et poursuivre [ses] démarches aux fins d'obtention d'un éventuel droit au séjour " en ce que cette décision, qui emporte une inscription automatique dans le système d'information Schengen et l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour, constitue une mesure d'expulsion automatique dans l'ensemble de l'espace Schengen, une telle assertion relève d'une conséquence de l'interdiction de retour en litige mais n'emporte aucune incidence quant à la légalité de cette mesure.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions du requérant à fin d'annulation de l'inscription au fichier SIS, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2024 présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

B. DelzanglesLa greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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