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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2410505

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2410505

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2410505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantROGLIANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Rogliano, demande au tribunal :

1°) avant dire droit, que son dossier soit mis à disposition par la préfecture ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de cinq ans et l'a inscrit au fichier d'information Schengen (SIS) pour la durée de cette interdiction ;

4°) d'annuler son inscription au fichier SIS ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il s'agit de la première mesure d'éloignement prononcée à son encontre et eu égard à sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire durant cinq ans :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle a des conséquences directes et graves sur son droit au séjour dans un autre État membre de l'espace Schengen dès lors que l'inscription dans le fichier SIS entraine l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour dans l'espace Schengen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delzangles pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delzangles, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Rogliano, représentant M. A, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête ;

- les observations de M. A, assisté par Mme B, interprète en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction ;

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 27 août 2006, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Marseille, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner à l'administration la communication de l'entier dossier de M. A. De telles conclusions doivent, par suite, être rejetées.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique () ". Aux termes de l'article 20 de cette même loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

6. La décision attaquée mentionne les éléments de droit applicables à la situation de M. A, en particulier les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle indique par ailleurs les circonstances de fait principales relatives à la situation personnelle et familiale du requérant, notamment que l'intéressé n'est titulaire d'aucun titre de séjour valide, qu'il a été condamné à six mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence et qu'il était, à la date de l'arrêté contesté, détenu au centre pénitentiaire d'Aix-Luynes. La décision attaquée, qui n'avait pas à comporter l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, comporte ainsi de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui permettent à l'intéressé d'en comprendre le sens et la portée à leur seule lecture et ainsi de les contester utilement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

8. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur les circonstances selon lesquelles l'intéressé n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et ne présentait pas de garantie de représentation suffisante. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui a indiqué durant l'audience publique être arrivé en France en mai 2023 muni d'un visa Schengen délivré par les autorités espagnoles, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ne justifie pas d'une adresse stable à la date de la décision attaquée et est dépourvu de passeport, alors que les éléments dont il se prévaut à l'audience tenant à la présence de sa conjointe et de son enfant en Espagne sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. M. A ne présentant pas des garanties de représentation suffisantes, le préfet pouvait, pour ce seul motif, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

10. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

11. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. L'intéressé ne se prévaut d'aucune circonstance présentant un caractère humanitaire et faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le préfet a légalement assorti la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressé d'une telle interdiction. D'autre part, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans à l'encontre de M. A, le préfet s'est fondé sur les circonstances selon lesquelles celui-ci était entré en France à une date et dans des conditions indéterminées, ne disposait pas de lien ancien avec la France, était dépourvu d'attaches personnelles et familiales sur le territoire et que son comportement représentait une menace à l'ordre public. Le préfet s'est ainsi prononcé sur l'ensemble des critères exigés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Le moyen tiré d'une méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.

12. Le requérant, qui allègue durant l'audience publique être entré sur en France en mai 2023, ne verse aucun élément susceptible de démontrer l'existence de liens d'une particulière intensité sur le territoire, alors qu'il indique que sa conjointe et sa fille seraient en Espagne. Il ressort également des pièces du dossier que M. A n'a pas tenté de régulariser sa situation depuis son arrivée en France et qu'il a été condamné, le 3 juillet 2024, par le tribunal correctionnel de Marseille à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence. Compte tenu de ce qui précède, de la durée et des conditions de séjour en France de M. A et du caractère récent de l'infraction commise par ce dernier, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fixant à cinq ans la durée de cette interdiction.

13. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour en litige " produit des effets sur un éventuel droit au séjour dans un autre Etat membre de l'espace Schengen " en ce que cette décision, qui emporte une inscription automatique dans le système d'information Schengen et l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour, constitue une mesure d'expulsion automatique dans l'ensemble de l'espace Schengen, une telle assertion relève d'une conséquence de l'interdiction de retour en litige mais n'emporte aucune incidence quant à la légalité de cette mesure.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'inscription au fichier SIS, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par conséquent, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

B. DelzanglesLa greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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