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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2410676

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2410676

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2410676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWAHED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2024, M. B A, placé au centre de rétention administrative du Canet à Marseille, représenté par Me Wahed, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a maintenu en rétention ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 754-3 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Devictor pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devictor, magistrate désignée,

- les observations de Me Wahed, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, a fait l'objet d'une mesure d'interdiction de territoire français d'une durée de deux ans le 17 janvier 2022 par la cour d'appel d'Aix-en-Provence. Il a été placé en rétention administrative à compter du 7 octobre 2024. Le 12 octobre 2024, il a présenté une demande d'asile enregistrée au greffe du centre de rétention. Par un arrêté du 13 octobre 2024 dont M. A demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a maintenu son placement en rétention au motif que sa demande d'asile n'avait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement le concernant.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de transfert :

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. A n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit donc être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " () si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ () ". ". Aux termes de l'article L. 754-4 du même code : " L'étranger peut, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2, demander l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. ()"

5. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré en France le 30 juin 2017, a vu sa demande d'asile rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 novembre 2017 confirmé par la Cour nationale du droit d'asile dans sa décision du 16 mai 2018 et n'a présenté une demande de réexamen que le 12 octobre 2024 soit après son placement en centre de rétention administrative. Or il apparaît également que M. A n'a pas fait état de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine dans le cadre de la procédure contradictoire menée préalablement à la décision fixant le pays de destination en vue de l'exécution de l'interdiction de territoire français notifiée le 4 octobre 2024. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées en estimant que la demande de réexamen de la demande d'asile de M. A avait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent par suite être écartés.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. La décision en litige n'ayant ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel il pourra être reconduit, M. A ne peut utilement se prévaloir, du risque d'être exposé à des traitements contraires aux stipulations précitées en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

+

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

E. Devictor

Le greffier,

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier,

N°2410676

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