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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2410898

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2410898

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2410898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ADDEN MEDITERRANEE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 22 octobre 2024 et le 5 novembre 2024, la société par actions simplifiées de service d'aide à la personne (SAP) Clara Schumann, représentée par Me Giudicelli, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de l'arrêté du 9 octobre 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a prononcé la cessation d'activité de la société SAP Clara Schumann et a procédé à l'abrogation de l'autorisation de gérer un service autonomie-aide délivrée, à compter du 1er novembre 2024 ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre les effets de l'arrêté du 9 octobre 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a prononcé la cessation d'activité de la société SAP Clara Schumann et a procédé à l'abrogation de l'autorisation de gérer un service autonomie-aide délivrée, en tant que l'arrêté prend effet à compter du 1er novembre 2024 ;

3°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de reporter la date d'effet de l'arrêté au plus tôt au 1er janvier 2025 ;

4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

Sur l'urgence :

- le département a porté une atteinte grave à l'intérêt public s'attachant à la protection des populations dépendantes, en décidant d'une prise d'effet de son arrêt de cessation totale d'activité au 1er novembre 2024 ;

- elle ne dispose que d'un délai extrêmement court de 15 jours, de surcroît en période de vacances scolaires pour s'organiser face à la décision de cessation totale de son activité ;

- la décision attaquée porte atteinte à sa situation économique et à ses intérêts financiers, dès lors qu'elle exerce l'intégralité de son activité dans le secteur des services d'autonomie à domicile pour personnes âgées et personnes handicapées.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que la preuve, que les agents départementaux qui ont effectué le contrôle avaient été désignés conformément à l'article L. 133-2 du code de l'action sociale et des familles, n'est pas rapportée ;

- en communiquant la désignation des agents, leur nom et l'étendue de leurs missions postérieurement aux inspections, le département a entaché l'arrêté d'un vice de procédure ;

- en ne fixant pas de délai aux injonctions dans le rapport du 12 juillet 2024, ou dans le courrier du 8 juillet 2024, le département a méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles et a entaché l'arrêté d'un vice de procédure ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article L. 313-16 du code de l'action sociale et des familles, dès lors que d'une part, les trois injonctions ordonnées par le département des Bouches-du-Rhône ont été réalisées, et d'autre part, aucune atteinte à la santé, à la sécurité au bien-être physique ou moral des personnes n'est démontrée ou avérée ;

- en fixant la cessation de l'activité et l'abrogation de l'autorisation au 1er novembre 2024, en ne laissant de ce fait qu'un délai de quinze jours pour assurer la continuité des prises en charges d'accompagnement des personnes, le département a méconnu les dispositions de l'article L. 313-17 de l'action sociale et des familles ;

- l'entrée en vigueur des décisions implique un délai trop bref pour permettre à la société SAP Clara Schumann de procéder au transfert des personnes bénéficiaires de l'accompagnement dispensé par la société.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2024, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Woimant conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société SAP Clara Schumann la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- il n'y a plus lieu de statuer dès lors que l'arrêté du 9 octobre 2024 a été entièrement exécuté, depuis le 1er novembre 2024 ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une intervention enregistrée le 4 novembre 2024, la SELARL De Saint-Rapt et Bertholet, représentée par Me Giudicelli, vient au soutien des conclusions de la requête n° 2410898.

Elle se réfère aux moyens exposés dans la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2410897.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gilles Fédi, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 novembre 2024 à 11 heures, en présence de Mme Ibram, greffière d'audience :

- le rapport de M. Gilles Fédi, vice-président ;

- les observations de Me Giudicelli, représentant la société requérante, qui, en reprenant ses écritures, soutient que la décision n'est pas fondée, les injonctions faites à la société étaient abusives et ont été, en tout état de cause, réalisées ;

- les observations de Me Woimant, représentant le département, qui conclut au non-lieu à statuer à titre principal, et à titre subsidiaire, soutient que la requérante n'établit nullement avoir réalisé les injonctions imposées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société SAP Clara Schumann, société intervenant dans le secteur sanitaire et social, bénéficie depuis le 14 avril 2015 d'un agrément délivré par le préfet des Bouches-du-Rhône pour procéder d'une part, à l'assistance et à l'accompagnement de personnes âgées de soixante ans et plus ayant besoin d'une aide personnelle à leur domicile, à l'exception d'actes de soins relevant d'actes médicaux d'autre part, à l'assistance de personnes handicapées enfin pour effectuer des gardes de malades à l'exclusion des soins. Par la présente requête, elle demande la suspension de l'arrêté du 9 octobre 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a prononcé la cessation totale définitive de son activité et a procédé à l'abrogation de l'autorisation de gérer le service autonomie-aide, à compter du 1er novembre 2024.

Sur l'intervention de la société De Saint-Rapt et Bertholet :

2. La société De Saint-Rapt et Bertholet, en qualité d'administrateur judiciaire de la société requérante, justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par la société SAP Clara Schumann est recevable.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. Si la société SAP Clara Schumann, à la date de la présente ordonnance ne bénéficie plus de l'autorisation de gérer un service autonomie à domicile-aide, toutefois, alors que la décision en litige a été entièrement exécutée à compter du 1er novembre 2024, elle continue de produire des effets, tant matériels que juridiques à l'égard de la société requérante. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer, opposée par le département et tirée de l'entière exécution de la décision contestée, ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des décisions attaquées doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de la société SAP Clara Schumann le versement au département des Bouches-du-Rhône de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de ce même article font obstacle à ce que le département des Bouches-du-Rhône soit condamné sur ce fondement au frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : L'intervention de la société De Saint-Rapt et Bertholet est admise.

Article 2 : La requête de la société SAP Clara Schumann est rejetée.

Article 3 : La société SAP Clara Schumann versera au département des Bouches-du-Rhône la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SAP Clara Schumann et au département des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée à la société De Saint-Rapt et Bertholet.

Fait à Marseille, le 7 novembre 2024.

Le juge des référés,

signé

G. FÉDI

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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