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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411067

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411067

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAURENS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 27 octobre 2024 sous le n° 2411067, M. E D, représenté par Me Laurens, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, dès lors qu'en l'absence d'obligation de quitter le territoire français exécutoire, aucune interdiction de retour sur le territoire ne pouvait lui être opposée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 novembre 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024 sous le n° 2411257, M. D, représenté par Me Laurens, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a prolongé l'assignation à résidence dont il fait l'objet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- elle résulte d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ;

- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 novembre 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Laurens pour M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et présente en outre une attestation de la compagne de M. D, Mme A C, ressortissante française dont la carte nationale d'identité est également présentée, Mme C étant également présente à l'audience ;

- et celles de M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant portugais né le 20 septembre 2001, M. D s'est vu opposer, par arrêté du 22 juin 2023, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire pour une durée de deux ans, arrêté devenu définitif à la suite du rejet, pour tardiveté, de la requête en contestation de cette décision par le tribunal administratif de Nîmes par une ordonnance du 8 novembre 2023. M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, ainsi que l'arrêté du 29 octobre suivant par lequel le préfet des Hautes-Alpes a prolongé l'assignation à résidence initialement prononcée par décision du 16 septembre 2024.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire :

3. Aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : / 1° Des citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-2 () ". Aux termes de l'article L. 200-2 du même code : " Est citoyen de l'Union européenne toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. / Les citoyens de l'Union européenne exercent le droit de circuler et de séjourner librement en France qui leur est reconnu par les articles 20 et 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, dans les conditions et limites définies par ce traité et les dispositions prises pour son application ". Et aux termes de l'article L. 251-4 du même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

4. L'arrêté du 22 juin 2023 du préfet des Hautes-Alpes refusant d'admettre M. D au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français a été pris sur le fondement du 2° de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. D est un ressortissant portugais disposant d'un passeport portugais dont la copie a été produite à l'instance et l'original présenté à l'audience, ce dont le préfet des Hautes-Alpes était informé dès lors qu'il mentionne en particulier que l'intéressé détient un passeport portugais en cours de validité dans l'arrêté de placement en rétention du 26 octobre 2023. Par suite, le préfet des Hautes-Alpes ne pouvait se fonder sur les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter l'arrêté en litige, et M. D est fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 octobre 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

En ce qui concerne l'arrêté portant prolongation d'assignation à résidence :

6. M. D a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans par arrêté du 22 juin 2023. Contrairement à ce que fait valoir le requérant, la décision contestée du 29 octobre 2024 prolonge l'assignation à résidence qui a été édictée à l'encontre de l'intéressée le 16 septembre précédent, à la suite de la mainlevée de son placement en rétention par le juge des libertés et de la détention. Il ressort toutefois des pièces du dossier que par un courriel du 26 septembre 2024, la mère de la compagne de M. D a informé les services de la préfecture des Hautes-Alpes du souhait de l'intéressé de s'installer en Suisse avec sa compagne pour rejoindre ses parents et frère et sœur, et ainsi exécuter l'arrêté d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de circulation sur le territoire dont il fait l'objet. En se bornant à indiquer, dans l'arrêté en litige, que " les délais d'obtention des autorisations de son pays d'origine () nécessaires à l'organisation matérielle de la reconduite de l'intéressé justifient la prolongation de son assignation à résidence " alors que le requérant, de nationalité portugaise, peut s'y rendre sans difficulté, et a par ailleurs émis le souhait de se rendre en Suisse, le préfet des Hautes-Alpes ne peut être regardé comme ayant procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Dans ces conditions, M. D est fondé à demander l'annulation, pour ce motif, de la décision en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a prolongé l'assignation à résidence de M. D doit être annulé.

Sur l'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision d'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 est annulée, il est immédiatement mis fin à cette mesure et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français ".

9. D'une part, en application de ces dispositions, il est mis fin à la mesure d'assignation à résidence de M. D.

10. D'autre part, il est constant que M. D est en situation irrégulière sur le territoire français. Par suite, il lui est rappelé l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire.

Sur les frais liés au litige :

11. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Laurens, avocate de M. D, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 26 octobre 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans est annulé.

Article 3 : L'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 29 octobre 2024 portant prolongation d'assignation à résidence est annulé.

Article 4 : Il est mis fin à l'assignation à résidence de M. D.

Article 5 : Il est rappelé à M. D l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet par arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 22 juin 2023.

Article 6 : L'Etat versera à Me Laurens, avocate de M. D, une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Laurens et au préfet des Hautes-Alpes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La magistrate désignée

Signé

A. B

Le greffier

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

2 - 2411257

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