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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411116

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411116

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantXOUAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré-suspension, enregistré le 28 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 554-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le maire de la commune de Gréasque a délivré à la société Groupe Perottino un permis de construire deux maisons individuelles en zone UB du plan local d'urbanisme.

Il soutient que le projet méconnaît l'article 8 de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que les deux maisons projetées sont distantes de seulement 1,40 mètre et que l'élément architectural qui les relie ne permet pas de regarder les constructions comme contiguës.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2024, la société Groupe Perottino, représentée par Me Xoual, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer jusqu'à ce que l'autorité compétente se prononce sur la demande de permis de construire modificatif ;

- à titre infiniment subsidiaire, au prononcé de la suspension partielle de l'exécution de l'arrêté du 27 avril 2024 en tant seulement qu'il autorise la maison n° 3 ;

- en tout état de cause, à la mise à la charge de l'Etat de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en application de l'article R. 600-1 du code de justice administrative ;

- l'article 8 du règlement de la zone UB est respecté, compte tenu de la réalisation entre les deux maisons d'éléments de superstructure ;

- par ailleurs, une demande de permis de construire modificatif a été déposée le 14 novembre 2024, tendant à la création d'un toit terrasse reliant les deux maisons ;

- la suspension du permis de construire pourrait, le cas échéant, se limiter à la maison n° 3.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Arniaud pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 18 novembre 2024 à 11 heures 15, en présence du greffier d'audience, M. A :

- le rapport de Mme Arniaud ;

- les observations de Mme B, représentant le préfet des Bouches-du-Rhône, qui a indiqué transmettre les éléments tendant à démontrer la notification régulière du déféré annulation et du déféré suspension et n'être pas informée de l'existence d'un permis de construire modificatif ;

- et les observations de Me Xoual, représentant la SA Groupe Perottino, qui a fait valoir l'existence d'un permis de construire modificatif de nature à régulariser un éventuel vice et de la possibilité de surseoir à statuer dans l'attente d'une décision à venir sur cette demande.

La clôture de l'instruction a été différée au 19 novembre 2024 à 12 heures.

Les pièces enregistrées pour le préfet des Bouches-du-Rhône le 18 novembre 2024 à 11 heures 45 ont été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet des Bouches du Rhône demande la suspension de l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le maire de la commune de Gréasque a délivré à la société SA Groupe Perottino un permis de construire deux maisons individuelles en zone UB du plan local d'urbanisme.

Sur la recevabilité du déféré et la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou un permis de construire, d'aménager ou de démolir. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 30 octobre 2024 envoyé avec accusé de réception et pris en charge par La Poste le 4 novembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a informé la commune de Gréasque et la SA Groupe Perottino de l'exercice d'un déféré et d'une demande de suspension de l'arrêté du 16 avril 2024. Par suite, il ressort des pièces du dossier que le déféré suspension enregistré le 28 octobre 2024 est recevable et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions du préfet des Bouches-du-Rhône formées sur le fondement de l'article L. 554-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3ème alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales ci-après reproduit : / " Art. L.2131-6, alinéa 3.- Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois ".

5. Selon l'article 8.1 UB du plan local d'urbanisme de la commune, relatif à l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur une même propriété, les constructions non-contiguës doivent être éloignées les unes des autres d'au moins 6 mètres. Selon l'article 6 des dispositions générales de ce plan, le principe selon lequel " dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur un même terrain, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, les règles édictées par le plan local d'urbanisme sont appréciées au regard de l'ensemble du projet ", s'applique notamment à la zone UB.

6. Il résulte de l'instruction que le projet en litige porte sur la construction de deux maisons d'habitation, sur un même terrain cadastré AR n° 23, distantes de 1,40 mètre, reliées entre elles par une " liaison architecturale " constituée d'un alignement de poteau, de type pergola. Si le pétitionnaire fait valoir un permis de construire modificatif portant sur la construction d'un local vélo et d'une terrasse reliant les deux habitations, ce permis a été déposé le 14 novembre 2024 et, n'ayant pas été délivré, est sans incidence sur la légalité du permis de construire initial.

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8.1 UB du plan local d'urbanisme de la commune est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué et à justifier la suspension de l'exécution de ses effets.

8. Par ailleurs, même dans l'hypothèse où le moyen de nature à créer un doute sérieux est relatif à une illégalité qui serait susceptible d'être régularisée par un permis modificatif dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, il ne peut être fait application de ces dispositions dans le cadre d'une procédure de référé, eu égard à la nature d'une telle procédure et à l'office du juge des référés.

9. En outre, si le pétitionnaire fait valoir que le permis de construire en litige est divisible s'agissant de deux maisons d'habitation distinctes, il résulte du dossier de permis de construire initial, comme de celui du permis de construire modificatif, que le projet prévoit sur un même terrain, devant faire l'objet d'une division, la création de deux maisons contiguës, dont la régularité nécessite dès lors une appréciation globale.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée par la SA Groupe Perottino au titre des frais non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des effets de l'arrêté du 16 avril 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SA Groupe Perottino sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet des Bouches-du-Rhône, à la SA Groupe Perottino, et à la commune de Gréasque.

Fait à Marseille, le 21 novembre 2024.

La juge des référés,

signé

C. Arniaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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