mercredi 16 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2411228 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SEMERIVA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 31 octobre 2024 et 5 et 13 mars 2025, un mémoire enregistré le 8 avril 2025 et non communiqué, ainsi qu'un mémoire récapitulatif, produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 9 avril 2025, Mme A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 octobre 2024 par laquelle la métropole Aix-Marseille-Provence a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle en cours de stage ;
2°) d'enjoindre à la métropole Aix-Marseille-Provence de la réintégrer au sein de la collectivité ;
3°) de condamner la métropole Aix-Marseille-Provence à lui verser 100 000 euros en réparation des préjudices financier et moral occasionnés par ce licenciement ainsi qu'une indemnisation pour la mise en danger de sa santé et de sa sécurité et le harcèlement moral qui lui ont été infligés par la métropole Aix-Marseille-Provence ;
4°) d'exclure du dossier la main courante déposée à son encontre par sa supérieure hiérarchique.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été convoquée par la commission administrative paritaire en méconnaissance des dispositions de l'article 46 de la loi du 11 janvier 1984 et qu'il s'agit là d'une irrégularité grave ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a toujours travaillé avec sérieux et disponibilité ainsi qu'en atteste le versement à son profit du complément indemnitaire annuel, qu'aucune difficulté n'est mentionnée dans son dossier administratif et que ses retards de badgeages résultaient d'un arrangement informel avec sa supérieure hiérarchique ;
- elle a été victime de harcèlement moral et de pratiques discriminatoires ;
- elle n'a pas bénéficié du matériel de sécurité adéquat ;
- la main courante déposée par sa supérieure hiérarchique à son encontre est mensongère.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 mars et 4 avril 2025, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Semeriva, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés par Mme B à l'appui de ses conclusions en annulation ne sont pas fondés ;
- les conclusions en indemnisation sont irrecevables dès lors que Mme B ne lui a pas adressé une demande indemnitaire préalable ;
- Mme B n'a pas effectué d'heures supplémentaires non payées ni n'a été en situation de travailleur isolé ;
- les agents du crématorium sont pourvus d'équipements de protection individuels ;
- la déclaration d'accident de service de Mme B n'a pas été prise en compte car elle n'a pas été adressée à l'administration dans les délais impartis ;
- si la supérieure de Mme B l'a dispensée du port de la cravate, l'intéressée a pris l'initiative de ne pas porter le reste de la tenue, préférant opter pour des vêtements personnels ;
- Mme B ne justifie d'aucun élément permettant de présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 89-229 du 17 avril 1989 ;
- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Forest,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- les observations de Mme B, et celles de Me Semeriva, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été nommée par la métropole Aix-Marseille-Provence à compter du 1er février 2023 en qualité de stagiaire au grade d'adjoint technique territorial pour occuper un emploi d'agent de crémation-maître de cérémonie et a été affectée au service crématoriums-division crématorium de Martigues. Son stage n'ayant pas été suffisamment probant, il a été prorogé à compter du 1er février 2024 pour une durée d'un an. En septembre 2024, la métropole Aix-Marseille-Provence a souhaité qu'il soit mis fin à sa période probatoire en cours de stage par un licenciement. Après avis de la commission administrative paritaire réunie le 19 septembre 2024, la métropole Aix-Marseille-Provence a prononcé, par arrêté du 24 octobre 2024, le licenciement pour insuffisance professionnelle de Mme B à compter du 4 décembre 2024. Mme B demande au tribunal l'annulation de la décision de licenciement, à ce qu'il soit enjoint à la métropole Aix-Marseille-Provence de la réintégrer dans ses fonctions et la condamnation de celle-ci à lui verser 100 000 euros en réparation de ses préjudices liés à ce licenciement. Elle demande également la condamnation de la métropole Aix-Marseille-Provence à lui verser une indemnisation en raison, d'une part, de la mise en danger de sa santé et de sa sécurité et, d'autre part, du harcèlement moral qu'elle estime avoir subi. Enfin, la requérante demande l'exclusion du dossier de la main courante déposée à son encontre par sa supérieure hiérarchique.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la métropole Aix-Marseille-Provence aux conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.
3. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B ait adressé à la métropole une demande indemnitaire préalable, laquelle est seule propre à lier le contentieux devant le juge administratif conformément aux dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. La fin de non-recevoir opposée en défense à ce titre doit donc être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de licenciement :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique : " Les personnes recrutées au sein de la fonction publique à la suite de l'une des procédures de recrutement par concours, de recrutement sans concours ou de changement de corps ou de cadres d'emplois accomplissent une période probatoire dénommée stage comprenant, le cas échéant, une période de formation lorsque le statut particulier du corps ou du cadre d'emplois le prévoit ". Aux termes de l'article L. 327-4 du même code : " Le stagiaire peut être licencié au cours de la période de stage après avis de la commission administrative paritaire compétente : 1° Pour insuffisance professionnelle () ". Et aux termes de l'article 37-1 du décret du 17 avril 1989 relatif aux commissions administratives paritaires des collectivités territoriales et de leurs établissements publics, alors en vigueur : " I. - Les commissions administratives paritaires connaissent : / 1° En matière de recrutement, des refus de titularisation et des licenciements en cours de stage en cas d'insuffisance professionnelle ou de faute disciplinaire () ".
5. Si, en application des dispositions précitées, la commission administrative paritaire doit être consultée avant que ne soit prononcé un licenciement en cours de stage, aucune disposition législative ou réglementaire applicable à la date de la décision contestée n'exigeait que Mme B soit convoquée préalablement devant celle-ci. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement soutenir qu'elle aurait été privée d'une garantie sur ce point. Par suite, le moyen tiré de l'absence de convocation de l'intéressée à la réunion de la commission administrative paritaire du 19 septembre 2024 doit être écarté comme inopérant.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du décret du 4 novembre 1992 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire territorial stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage () ". Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur l'appréciation faite par l'autorité administrative des aptitudes d'un agent stagiaire lorsqu'elle décide de le licencier en cours de stage pour insuffisance professionnelle.
7. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé, s'agissant d'un agent contractuel, ou correspondant à son grade, s'agissant d'un fonctionnaire, et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions.
8. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour prononcer le licenciement de Mme B, la présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence s'est fondée sur son insuffisance professionnelle, son comportement ne s'étant pas amélioré malgré la prolongation antérieure de son stage mais ayant au contraire nui gravement au bon fonctionnement du service et impacté la prise en charge des convois funéraires. Mme B ne conteste pas certains éléments d'inaptitude évoqués dans la décision litigieuse, à savoir le fait de ne pas avoir répondu au téléphone lors d'une astreinte, de ne pas avoir respecté des horaires de rendez-vous avec des familles, d'avoir laissé un diacre seul lors d'un hommage pour aller fumer et d'avoir refusé d'appliquer certaines consignes. S'agissant du fait de ne pas porter la tenue réglementaire, si elle a été dispensée du port de la cravate par sa hiérarchie, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne portait pas les autres éléments de la tenue bien que la règle ait été rappelée aux agents concernés. S'agissant de l'urne qu'elle n'a pas remise à la personne titulaire d'une procuration, si elle explique avoir fait confiance à sa collègue chargée de l'accueil pour vérifier le pouvoir de la personne se présentant au crématorium, elle aurait dû néanmoins procéder elle-même à cette vérification. S'agissant du fait de fumer dans le crématorium malgré l'interdiction, elle ne le conteste pas sérieusement en se bornant à indiquer que ses collègues fument également. Enfin, elle ne conteste pas utilement les multiples retards qui lui sont reprochés ainsi que les oublis de badgeage en faisant état d'un arrangement avec sa supérieure hiérarchique qui n'est pas établi par les pièces du dossier, et alors qu'il ressort par ailleurs de celles-ci qu'il lui est arrivé de badger sans se présenter de façon effective au travail. Ainsi, aucun des manquements observés n'est sérieusement remis en cause par Mme B qui se borne principalement à faire état à son encontre d'agissements de harcèlement moral et de discrimination sans étayer ses allégations par le moindre élément. Si la requérante se prévaut, par ailleurs, du fait de s'être vu octroyer le complément indemnitaire annuel en reconnaissance de la qualité de son travail, il ressort des fiches de paie produites à l'instance que le montant de celui-ci a diminué la concernant de 420 euros à 250 euros entre juin 2023 et juin 2024. Par suite, en dépit de la production de plusieurs attestations de proches, de familles endeuillées et d'établissements de pompes funèbres exposant notamment les grandes qualités humaines de Mme B, qualités qui ne lui sont pas contestées, la métropole Aix-Marseille-Provence a pu, sans commettre d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation, se fonder sur les éléments évoqués pour retenir l'inaptitude de l'agente à exercer normalement les fonctions pour lesquelles elle avait été engagée et prononcer son licenciement.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, sans qu'il soit besoin d'écarter des débats la main courante déposée à son encontre par sa supérieure hiérarchique.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme que réclame la métropole Aix-Marseille-Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la métropole Aix-Marseille-Provence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la métropole Aix-Marseille-Provence.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère,
Assistées par Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2025.
La rapporteure,
Signé
H. Forest
La présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026