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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411272

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411272

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantIBRAHIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Ibrahim, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 29 octobre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de l'admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ibrahim renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

M. B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas respecté la procédure prévue à l'article R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 21 et 22 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- sa situation de vulnérabilité n'a pas été prise en compte, alors qu'il souffre de détresse psychologique liée à son parcours migratoire et d'une situation économique particulièrement compromise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens développés par le requérant n'est fondé.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale (refonte) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lourtet pour statuer sur les litiges relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lourtet, magistrate désignée.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée, après appel de leur affaire à l'audience publique, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de nationalité arménienne né le 9 avril 1995 à Yeghegnadzor, a déposé une demande d'asile, enregistrée le 13 juin 2023. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par décision du 25 mars 2024 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 9 septembre suivant. Par décision du 29 octobre 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé d'accorder au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à un examen sérieux, particulier et approfondi de la situation du requérant avant de prendre à son encontre la décision litigieuse.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 551-10 de ce code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Enfin, aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

6. Dès lors que l'OFII n'a fait aucune offre de prise en charge à M. B à la suite du dépôt de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, le requérant ne peut utilement soutenir que l'Office ne lui a pas précisé les modalités de refus des conditions matérielles d'accueil lors d'une telle offre de prise en charge, en méconnaissance des dispositions citées au point précédent. Par suite et en tout état de cause, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du CESEDA : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Selon l'article D. 551-17 de ce code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, () les personnes en situation de handicap, () les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, () les personnes souffrant () d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

8. D'une part, il ressort de la décision attaquée et des pièces du dossier que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été refusé à M. B au motif qu'il avait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. La situation de l'intéressé entrant dans les conditions prévues au 3° de l'article L. 551-15 du CESEDA, c'est donc sans commettre d'erreur de droit que la directrice territoriale de l'OFII a édicté la décision attaquée.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B est pris en charge, depuis le 29 octobre 2024, par le service de premier accueil situé à Marseille et l'intéressé n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier des dispositifs d'accueil d'urgence existants, le cas échéant. Par ailleurs, si M. B fait état de problèmes de santé et notamment d'un état de stress post-traumatique, il n'établit pas, par la seule production à l'instance d'une attestation rédigée le 1er juillet 2024 par un psychologue clinicien, que cet état de stress post-traumatique caractériserait, à lui seul, un état de vulnérabilité au sens et pour l'application de l'article L. 522-3 du CESEDA. Par suite, c'est sans entacher la décision attaquée d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation que l'OFII a pu refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au requérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 29 octobre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ibrahim et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La magistrate désignée

Signé

A. Lourtet

La greffière

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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