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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411355

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411355

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGREBAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2024, M. C B, représenté par Me Grebaut, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2024 par lequel la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de communiquer le dossier sur lequel il s'est fondé pour prendre sa décision ;

4°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de l'admettre au bénéfice de conditions matérielles d'accueil dans un délai de 24 heures et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ; et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la situation du requérant dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a déposé une demande d'asile en France dans le délai de 90 jours à compter de son entrée sur le territoire en application de l'article L. 531-27 de ce code ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Marseille a désigné Mme Fabre pour statuer sur les litiges relatifs aux conditions matérielles d'accueil en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique:

- le rapport de Mme Fabre, première conseillère,

- les observations de Me Grebaut, représentant M. B, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui confirme et développe les conclusions et moyens exposés dans la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant palestinien né le 22 novembre 1961, demande au tribunal d'annuler la décision du 30 octobre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas sollicité l'asile dans un délai de 90 jours suivant son arrivée en France.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Et aux termes de l'article L. 531-27 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".

4. Pour refuser à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur le fait que, sans motif légitime, la demande d'asile de l'intéressé avait été enregistrée en préfecture le 30 octobre 2023, soit plus de 90 jours après la date de son entrée en France, qu'il estime être celle de la date de délivrance de son visa par les autorités françaises le 17 juillet 2023 et qui a expiré le 16 juillet 2024. M. B soutient être entré régulièrement en France le 10 avril 2024 afin de se rendre en Suisse le 12 avril suivant, qu'il y a demandé l'asile et que la date de sa dernière entrée en France est le 22 octobre 2024 à laquelle il a été transféré en France par les autorités suisses. Si le requérant ne démontre pas, par la seule production de documents non traduits, qu'il aurait présenté une demande d'asile en Suisse et aurait fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités françaises considérées par les autorités suisses comme responsables de sa demande d'asile, exécuté le 22 octobre 2024, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de son passeport, qu'il est entré en France le 10 avril 2024, que les autorités suisses ont consulté le fichier Eurodac le 15 avril 2024 et qu'il a été notifié par la police aux frontières d'Annemasse le 22 octobre 2024 d'un courrier l'invitant à se présenter en préfecture de l'Isère dans le délai d'un mois à compter de cette date afin de déposer une demande d'asile. En outre, le préfet des Bouches-du-Rhône a enregistré sa demande d'asile au titre de la procédure normale le 30 octobre 2024 et non au titre de la procédure accélérée et n'a donc pas estimé que sa demande était tardive au regard du délai de quatre-vingt-dix jours prévus par les dispositions précitées. Dans ces circonstances, M. B, qui doit être regardé comme étant entré en France, pour la dernière fois, le 22 octobre 2024, a sollicité l'asile dans le délai prévu par les dispositions de l'article L. 531-27 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen soulevé par M. B tiré de ce que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvait, sans entacher sa décision d'erreur de droit au regard des dispositions précitées du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que sa demande d'asile n'a pas été introduite dans le délai de quatre-vingt-dix jours, doit être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 30 octobre 2024 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 553-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article D. 553-1 du même code : " Sont admis au bénéfice de l'allocation prévue au présent chapitre, les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 551-9 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 521-7 () ".

7. En application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, la présente décision implique seulement que l'Office français de l'immigration et de l'intégration propose à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 30 octobre 2024, dans le délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement, sous réserve qu'il en remplisse les conditions. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Grebaut à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Grebaut la somme de 1 100 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 30 octobre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de proposer à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 30 octobre 2024, dans le délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement, sous réserve qu'il en remplisse les conditions.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Sous réserve que Me Grebaut renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 1 100 euros à Me Grebaut, avocate de M. B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Grebaut et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Fabre

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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