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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411400

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411400

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411400
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAZIN-CLAUZADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Bazin Clauzade, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 31 octobre 2024 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui délivrer les conditions matérielles d'accueil dans un délai de 3 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser au profit de son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle est entrée sur le territoire français le 25 septembre 2024 ;

- elle est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation de vulnérabilité et du délai dans lequel a été déposé sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2024, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Arniaud pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 novembre 2024 :

- le rapport de Mme Arniaud,

- et les observations de Me Bazin Clauzade, qui s'en est remis à ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante mauritanienne née en 1995, a présenté une demande d'asile le 31 octobre 2024. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision du 31 octobre 2024 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à laquelle le directeur général de cet office a délégué sa signature par une décision du 1er janvier 2020, régulièrement publiée sur le site internet de l'Office, à l'effet de signer toutes décisions relatives aux missions dévolues à cette direction territoriale par la décision du 31 décembre 2013, au nombre desquelles figurent les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 531-27 mentionne, dans son point 3, la situation du demandeur d'asile qui, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours.

5. La décision attaquée a été prise au motif que l'intéressée n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France. Si l'intéressée transmet un billet de bus du 25 septembre 2024 au départ de l'Espagne et à destination de Marseille, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) transmet en défense une fiche d'évaluation de vulnérabilité reconstituant l'entretien du 31 octobre 2024 et selon lequel elle est entrée en France le 1er avril 2024, a été reconduite en Espagne et est revenue sur le territoire français le 25 septembre 2024. Mme B, qui ne conteste pas ces faits, n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'erreur de fait concernant sa date d'entrée sur le territoire.

6. En dernier lieu, si Mme B fait valoir sa situation de vulnérabilité en tant que femme et sa date d'entrée sur le territoire français, il ressort de son entretien de vulnérabilité qu'elle est hébergée chez ses frères et qu'elle est entrée sur le territoire français le 1er avril 2024, soit plus de 90 jours avant le dépôt de sa demande d'asile le 31 octobre 2024. Dans ces conditions, et en l'absence d'autres éléments concernant sa vulnérabilité, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation ou d'erreur de droit.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B à l'encontre de la décision portant refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

8. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par B à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que, en tout état de cause, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. ArniaudLa greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur ministre et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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