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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411529

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411529

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHAIAHELOUDJOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 9 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Chaiaheloudjou, retenu au centre de rétention administrative de Marseille, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de dix ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui communiquer l'ensemble des pièces sur la base desquelles les décisions attaquées ont été prises ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chaiaheloudjou renonce à percevoir la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

M. B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation ; elles méconnaissent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ; il n'a plus aucune attache privée et familiale dans son pays d'origine et vit en France depuis 1981 ; ses enfants et sa fratrie sont de nationalité française ; il n'a pas perdu sa qualité de réfugié ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il dispose de garanties de représentation, d'une adresse stable et d'une promesse d'embauche ;

- cette décision méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'interdiction de retour méconnait les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est disproportionnée et entachée d'erreur d'appréciation,

- la décision de signalement de non-admission Schengen est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il est arrivé en France il y a plus de quarante ans et le préfet ne peut pas lui interdire de revenir dans l'espace Schengen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens développés par le requérant n'est fondé.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lourtet pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lourtet, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

- et les observations de Me Chaiaheloudjou, représentant M. B, présent. Me Chaiaheloudjou conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de nationalité cambodgienne né le 6 novembre 1966 à Kompong Speu, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2024, dont il a reçu notification le 8 novembre, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de dix ans et l'a inscrit aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS).

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la production par l'administration de l'entier dossier de M. B :

4. Aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée. Le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

5. En premier lieu, il résulte des dispositions du livre VI du CESEDA que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour. Par suite et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

6. En second lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à un examen sérieux, particulier et approfondi de la situation du requérant avant de prendre à son encontre les décisions contestées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du CESEDA : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

8. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 7 novembre 2024 mentionne les éléments de droit applicables à la situation de M. B, en particulier les articles L. 611-1-1°, L. 611-3, L. 612-2 et L. 612-3 du CESEDA et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH). Il indique par ailleurs les circonstances de fait principales relatives à la situation personnelle et familiale du requérant, alors même que le préfet n'est astreint à aucune obligation d'exhaustivité dans sa motivation. Ces considérations permettent à l'intéressé d'en comprendre le sens et la portée à leur seule lecture et ainsi de les contester utilement, comme au juge d'en contrôler les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la CEDH : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. M. B soutient qu'il est arrivé en France en juillet 1981, qu'il y réside sans discontinuer depuis lors ainsi que l'ensemble de sa fratrie et ses six enfants, de sorte que le centre de ses intérêts privés se situe aujourd'hui sur le territoire national. Toutefois, il est de jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l'homme que la seule durée de présence d'un ressortissant étranger sur le territoire ne justifie pas l'existence d'une vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la CEDH (13 mai 2003, Chandra c. Pays Bas, n°53102/99 ; 6 juillet 2006, Yash Priya c. Danemark, n°13594/03). Par ailleurs, la seule production de copie de pièces d'identité ou de titres de séjour ne justifie pas, à elle-seule, la filiation et les relations entre ces personnes et l'intéressé et l'attestation d'hébergement établie par la sœur de M. B, qui est versée au dossier, ne supporte aucune date, ne permettant pas d'en établir l'actualité. Il ressort également du rapport socio-éducatif du service d'insertion et de probation que les deux enfants mineurs du requérant, âgés de dix et cinq ans, ont été placés en foyer, qu'il est incarcéré depuis 2018 et qu'il n'a reçu aucune visite en prison. En outre, le requérant, qui a été condamné, le 7 février 2018, par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône à une peine de douze ans d'emprisonnement pour des faits de viol incestueux commis sur l'une des filles de son ancienne compagne, a passé six ans en incarcération. Enfin, M. B a déclaré clairement à l'audience qu'il souhaitait retourner au Cambodge où il a des cousins, ne désirant plus rester en France ni honorer la promesse d'embauche dont il se prévalait antérieurement, en raison de sa situation personnelle, de son âge et de son état de santé. Dès lors, le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas méconnu l'article 8 de la CEDH, n'a entaché la décision attaquée d'aucune erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle, familiale et socio-professionnelle du requérant en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du CESEDA : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

12. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que M. B s'est vu retirer le statut de réfugié qu'il détenait, par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 22 septembre 2023 et qu'il n'a présenté aucune demande de renouvellement de sa carte de résident. Il est également mentionné que le requérant, dont le comportement a constitué une menace pour l'ordre public en raison de sa condamnation le 7 février 2018 par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône à douze ans d'emprisonnement, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, dès lors qu'il n'est pas en mesure de présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité et, enfin, qu'il ne justifie d'aucune résidence effective et permanente. Ainsi, la décision attaquée, qui se réfère aux hypothèses légales prévues aux 1° et 3° de l'article L. 612-2 et au 8° de l'article L. 612-3 du CESEDA, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision refusant à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire, qui manque en fait, doit être écarté.

13. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu retirer le statut de réfugié par décision de l'OFPRA du 22 septembre 2023, sur le fondement de la menace pour l'ordre public prévu à l'article L. 511-7 du CESEDA, eu égard à sa lourde condamnation pénale pour viols commis sur mineur par personne ayant autorité et agressions sexuelles sur mineur de plus de quinze ans. Par ailleurs, M. B, qui a confirmé à l'audience ne posséder aucun passeport ou titre de voyage pour réfugié et n'a pas renouvelé sa carte de résident dont la validité a expiré le 7 octobre 2016, ne justifie d'aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité. Enfin, l'intéressé ne saurait utilement se prévaloir de la promesse d'hébergement établie par sa sœur, qui n'est pas datée. Dans ces conditions, sa situation entrait dans le champ d'application des dispositions des 1° et 3° de l'article L. 612-2 et du 8° de l'article L. 612-3 du CESEDA. Le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas commis d'erreur de droit au regard de ces dispositions et de l'article 8 de la CEDH, n'a pas davantage entaché la décision refusant à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du CESEDA : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ".

15. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du CESEDA, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

16. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de l'interdiction de retour d'une durée de dix ans. Elle mentionne que le requérant, dont le statut de réfugié a été retiré par l'OFPRA par une décision du 22 septembre 2023, a été condamné le 7 février 2018 par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône à une peine de douze années d'emprisonnement, qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il ne justifie pas de la nature et de l'intensité de ses liens avec la France où il déclare être entré en 1981 sans autres précisions. Dans ces conditions, la motivation de la décision contestée atteste de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône a pris en compte, au vu de la situation de M. B, l'ensemble des critères prévus par la loi. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit donc être écarté.

17. En second lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que M. B ne dispose d'aucun titre de séjour en cours de validité, ne justifie d'aucune démarche pour régulariser sa situation administrative alors que le statut de réfugié lui a été retiré par l'OFPRA le 22 septembre 2023, sur le fondement de l'article L. 511-7 du CESEDA au motif que son comportement constituait une menace grave pour la société française. Il ne conteste pas être célibataire et sans enfant à charge et la seule production d'une promesse d'embauche n'est pas de nature à établir son insertion sociale ou professionnelle sur le territoire où il déclare résider depuis 1981 et qu'il est incarcéré depuis six ans. Enfin, M. B a spontanément déclaré à l'audience qu'il souhaitait rapidement quitter la France pour retourner au Cambodge où il a des cousins, n'ayant plus de perspective en France selon ses propres déclarations. Dans ces conditions et en l'état des pièces versées à l'instance, la durée de l'interdiction fixée à dix ans n'apparaît ni excessive ni disproportionnée au regard de la situation de l'intéressé. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent donc être écartés.

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

18. Aux termes de l'article L. 613-5 du CESEDA : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n°2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n°1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". En vertu de l'article R. 613-7 du même code, les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour prise en application de l'article L. 613-5 sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n°2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription au fichier des personnes recherchées.

19. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou prolonge l'interdiction de retour dont cet étranger fait l'objet, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet, en tant que telle, d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 7 novembre 2024 portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et l'interdisant de retour sur le territoire pendant une durée de dix ans et, par suite, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Chaiaheloudjou et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La magistrate désignée

Signé

A. Lourtet

La greffière

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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