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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411742

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411742

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 et 28 novembre 2024, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des effets de la décision du 16 août 2024 par laquelle le 3ème adjoint au maire de la commune d'Aix-en-Provence s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 26 juillet 2024 pour l'implantation d'antennes de téléphonie mobile camouflées dans de faux arbustes implantés en toiture d'un bâtiment sis avenue de l'Arc de Meyran ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de la commune de lui délivrer une décision de non-opposition dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réinstruire sa déclaration préalable dans ce même délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'urgence :

- cette station est nécessaire au déploiement de son réseau de téléphonie mobile ;

- ce caractère nécessaire est considéré comme acquis par la jurisprudence lorsque l'opérateur peut démontrer que la partie de territoire communal sur laquelle la station relais en question doit être implantée n'est pas couverte pas ses réseaux 3 G et 4 G et au moyen de ses propres installations, ce qui est le cas en l'espèce, compte tenu des engagements pris à l'égard de l'Etat, en termes de taux de couverture et de délais de réalisation, notamment pour les réseaux 4G, 5G et THD ;

- elle produit des cartes de couverture réseau qui montrent que la partie du territoire sur laquelle la station relais en cause doit être implantée n'est pas couverte par ses réseaux.

- il s'ensuit que la décision en litige cause un préjudice suffisamment grave et immédiat aux intérêts en termes d'objectifs de couverture ;

S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les antennes de radiotéléphonie mobile font l'objet de dispositions particulières, que l'on retrouve au 4ème alinéa du 7 de l'article UM 11 du règlement du PLU, l'auteur s'étant référé à tort à des dispositions générales ;

- les conditions d'application des dispositions générales de l'article UM 11, mises en avant par l'auteur de la décision entreprise, ne sont pas au cas d'espèce remplies ;

- le bâtiment devant servir d'assiette au projet ne présente aucun intérêt architectural à raison de son ancienneté, des matériaux et colorations mises en œuvre, de la composition de sa façade ou de son ordonnancement ;

- le terrain d'assiette du projet est déjà le siège d'une station relais, laquelle n'a fait l'objet d'aucune intégration paysagère, et jouxte un bâtiment comportant de nombreuses cheminées de taille respectable ;

- la décision est aussi entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que non seulement les antennes ne sont, pas visibles depuis l'espace public, étant camouflées dans de faux arbustes, mais également il convient de relever que ces arbustes s'intègrent parfaitement dans la composition architecturale du bâtiment d'assiette et le milieu qui l'environne ;

- aucune substitution de motif ne saurait être accueilli.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2024, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andreani, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucuns des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision, dès lors que :

- le signataire de la décision était habilité en vertu d'une délégation régulièrement publiée ;

- l'installation d'antennes-relais sur un immeuble existant constitue une intervention sur une construction existante, et est soumise, à ce titre, aux dispositions de l'article UM 11- 3 du règlement du PLU, ces dispositions n'excluant pas les travaux relatifs à l'installation de ces ouvrages ;

- les dispositions de l'article UM 11-7, qui s'appliquent spécifiquement aux antennes-relais, s'appliquent de manière cumulative avec l'ensemble des dispositions de cet article ;

- le bâtiment existant présente une architecture marquée par la simplicité de ses volumes, ainsi que par une toiture terrasse non aménagée et végétalisée ;

- le choix de dissimulation des antennes, qui ne correspond pas à la nature de la construction initiale, renforce la visibilité de ces ouvrages ;

- de plus, la hauteur de ces faux arbres, 3,20 mètres, correspond à 25,29 % de la hauteur de la construction initiale ;

- l'adjonction de plusieurs ouvrages d'une telle hauteur sur la partie la plus élevée de l'immeuble, non centrés, aura pour effet de déséquilibrer les volumes initiaux, et de porter atteinte à l'identité architecturale de l'immeuble support ;

- elle sollicite, à titre subsidiaire, une substitution de motifs, fondée sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article UM 11-1 et UM 11-7 du règlement du PLU ;

- l'adjonction de tels ouvrages sur la toiture terrasse, sans cohérence avec la composition architecturale de l'immeuble support ne répond pas aux attentes des dispositions précitées de l'article UM 11-7 du règlement du PLU, concernant spécifiquement les antennes-relais.

- par ailleurs, l'installation de ces ouvrages sur la partie la plus haute de la toiture ne peut que renforcer son impact sur son environnement, et implique une visibilité accrue sur ces ouvrages depuis la voie publique ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2410487.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 novembre 2024 à 9 heures, en présence de Mme Zerari, greffière d'audience :

- le rapport de M. Pecchioli, juge des référés ;

- les observations de Me Mirabel, pour la société Free Mobile, qui a renouvelé les moyens de la requête ;

- les observations de Me Tosi qui a repris ses écritures pour la commune d'Aix-en-Provence.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

2. Il résulte de l'instruction que la société Free Mobile est attributaire par l'ARCEP de plusieurs autorisations d'utiliser diverses fréquences pour établir et exploiter des réseaux radioélectriques de 3 et 4G. Le 12 novembre 2020, la société s'est vue octroyer l'autorisation de déploiement du réseau 5G. Cette société a déposé auprès de la commune d'Aix-en-Provence, le 26 juillet 2024, une déclaration préalable de travaux afin d'installer, sur un immeuble situé avenue l'Arc de Meyran, des antennes de téléphonie mobile camouflées dans de faux arbustes à implantés en toiture du bâtiment. Par arrêté du 16 août 2024, dont la société Free Mobile demande au juge des référés de suspendre l'exécution des effets, le 3ème adjoint au maire de la commune s'est opposé à la réalisation des travaux ainsi déclarés.

3. L'arrêté d'opposition à déclaration préalable de travaux en litige, signé par une personne habilitée en vertu d'une délégation régulièrement publiée, est fondé sur les dispositions des articles UM 11-7 et UM 11-3 du règlement du PLU. Il mentionne également que " le fait de proposer des arbres en kit, des faux arbres à poser sur la couverture plate en habillage des équipements est une solution non satisfaisante " dès lors qu'elle " n'assure par l'intégration architecturale du bâti existant ". Il précise que le projet vise à créer plusieurs excroissances en toiture culminant à, environ 2,81 mètres du dernier acrotère, ajoutant dans ses conclusions que la hauteur de ces faux arbres, 3,20 mètres, correspond à 25,29 % de la hauteur de la construction initiale. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par la société Free Mobile, tels que formulés dans les visas, ne sont pas propres à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des motifs retenus.

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par la société Free Mobile et énoncés dans les visas de la présente ordonnance n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Il y a donc lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence ni d'examiner la demande de substitution de motif présentée par la commune, de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par la société Free Mobile, de même, par suite, que ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

6. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune d'Aix-en-Provence, qui n'est pas la partie perdante, le paiement de la somme demandée par la société Free Mobile. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la société Free Mobile une somme de 1 500 euros à verser à la commune d'Aix-en-Provence sur le fondement de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Free Mobile est rejetée.

Article 2 : La société Free Mobile versera à la commune d'Aix-en-Provence la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune d'Aix-en-Provence.

Fait à Marseille, le 2 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

J.-L. Pecchioli

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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