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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411753

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411753

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMHATELI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Mhateli, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 5 ans ;

3°) d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la durée d'interdiction de retour de cinq ans est disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il ne fait état d'aucune menace à l'ordre public ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention des Nations-Unies sur les droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Marseille a désigné Mme Fabre, première conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, première conseillère,

- les observations de Me Mhateli, représentant M. C, assisté de M. A interprète en langue anglaise, qui confirme et développe les conclusions et moyens exposés dans la requête, et ajoute que l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le préfet des Hautes-Alpes n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 13 novembre 2024, le préfet des Hautes-Alpes a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dès lors que M. C, placé en rétention administrative à la date d'introduction de sa requête, bénéficie à l'audience d'un avocat commis d'office, conformément à sa demande et ainsi qu'il est prévu à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement prétendre au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Les conclusions en ce sens de sa requête doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet des Hautes-Alpes, du dossier :

3. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public." Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français /()/ ".

5. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui vise les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que le requérant s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement édictées les 20 juillet 2021 et 24 août 2023 par le préfet des Hautes-Alpes, et qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce qui est soutenu, eu égard à sa motivation circonstanciée, l'arrêté attaqué repose sur un examen particulier de la situation de l'intéressé.

6. En deuxième lieu, lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui a été accordé, il appartient au préfet d'édicter une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où l'étranger fait état de circonstances humanitaires qui y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet, à la suite du rejet de sa demande d'asile par une décision de l'Office français de protection de réfugiés et apatrides du 10 avril 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 26 février 2021, de deux obligations de quitter le territoire français dans un délai de trente jours édictées par arrêtés du 20 juillet 2021 et du 24 août 2023 du préfet des Hautes-Alpes qui n'ont pas été exécutées par l'intéressé. Le requérant, s'il soutient demeurer en France depuis plus de six ans et où il vit avec son épouse et ses deux enfants nés en France en 2019 et 2022 dont la première née est scolarisée en classe maternelle, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisant obstacle à ce qu'une telle mesure soit prise à en encontre. D'autre part, il n'établit pas être marié ni la réalité de sa vie commune à la date de l'arrêté attaqué avec la mère de ses enfants de même nationalité et dont il ressort des pièces du dossier qu'elle est en situation irrégulière, et ses deux enfants mineurs. En outre, il n'est pas contesté que l'intéressé a été condamné à six mois d'emprisonnement le 9 juillet 2020 pour acquisition et détention de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants et usage illicite de stupéfiants. Dans ces conditions, en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte par ailleurs de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des articles et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent être qu'écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. C soutient résider en France depuis environ six ans avec son épouse et leurs deux enfants dont l'une est scolarisée en classe de maternelle, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il s'est maintenu illégalement sur le territoire en s'abstenant d'exécuter les précédentes obligations de quitter le territoire dont il a fait l'objet les 20 juillet 2021 et 24 août 2023. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale, composée du couple et de leurs deux enfants, âgés de deux et cinq ans à la date de la décision attaquée, ne puisse être reconstituée au Nigéria, pays dont les deux parents possèdent la nationalité. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Compte tenu des éléments décrits au point 9, notamment à l'absence d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine de M. C, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses enfants et, par suite, des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.

12. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points précédents, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel l'intéressé pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l'a informé de son signalement dans le système d'information Schengen. Par suite, sa requête ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Hautes-Alpes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Fabre

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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